‹ Mémoires. 4Chapitre 48 sur 133 · COLLECTIONS LUDOVISI A ROME · texte numérisé non relu

COLLECTIONS LUDOVISI A ROME

(XYII® SliCLS).

Par M. L.-G. Pélissier, associé correspondant national. Lu dans la séance du 8 novembre 1893.

c J'ai été à la vigne Ludovisi, » écrit Seignelay le 4 avril 1 671 , c où j'ai vu une grande quanc tité de statues anciennes, entre autres un Merc cure en une galerie en entrant à droite» un < Apollon, une Vénus, la Concorde; deux figures c appuyées l'une sur l'autre ; une figure d'homme c qui se tue et qui tient de son autre main une

c femme qui se meurt ; un Enlèvement de

€ Proserpine par le Bernin, quelques tableaux du c reste de ce qu'il y avait en cette vigne, les c plus beaux ayant été enlevés et estant à Naples c depuis longtemps^. »

Lors de la visite de Seignelay, la villa Ludovisi n'avait plus tout entier le trésor artistique qu'y

1. Cf. la relation du voyage de Seignelay en Italie publiée par P. Clément, Gazette des beaux-^irts, t. XVIII, et Seigne^ tey et l'Italie, un vol. in.l2. Paris, Didier.

474 Uff IRVENTAIEE IlfJDIT

avait réuni le magnifique cardinal. Les héritiers du prince Niccolô, son frère, avaient à reconstituer une fortune à demi compromise par les folles prodigalités de leur père ; leurs besoins d'argent, les nécessités d'une succession les forçaient à disperser les collections de leur oncle. Quelques mois après la visite de Seignelay, le 20 octobre 1 671 , le directeur de l'Académie de France à Rome, Evrard, transmettait à Colbert les propositions qu'on lui faisait pour l'achat de la vigne. On demandait 748,000 livres romaines du palais, du jardin, des restes des collections^. Ces ofires ne furent pas accueillies par le ministre, et les ventes partielles continuèrent.

La lente liquidation des collections Ludovisi se faisait d'après un inventaire dressé probablement dans les dernières années de la vie du prince Niccolô, alors qu'il commença à se défaire lui-même de ses objets d'art. Cet inventaire contenait la liste sommaire des objets mis en vente, une description suffisante pour les reconnaître et les prix d'estimation. Je le publie ci-dessous, d'après une copie insérée dans un manuscrit où elle est à peu près oubliée, un recueil de Mélanges historiques de la bibliothèque dei Lincei (già Corsini), le manuscrit coté 851 (33 À 18).

Ce document est bien un inventaire de vente,

i . Cf. Lecoy de la Marche, l* Académie de France à Rome, p. 59.

DBS COLLECTIONS LUDOYISI A ROME. 175

et non pas ud catalogue de collection analogue à celui que les Ludovisi firent rédiger en 1633. Il n'est ni complet ni méthodique. Bien des marbres encore vus par Seignelay dans les jardins de la villa n'y figurent pas, du moins n'y sont pas nettement désignés. Or, leur importance ne permet pas d'en attribuer l'oubli à la négligence du rédacteur, alors surtout qu'il y a soigneusement inséré des pièces presque sans intérêt. Aucun ordre logique n'a été apporté à sa composition. Sauf les trois grandes divisions, marbres, tableaux et bronzes, tout est à peu près confondu. Les descriptions du catalogue n'ont rien d'artistique. L'auteur avait peu de goût et encore moins de connaissances d'art et d'archéologie ; il a mis peu de soin et de patience à son travail. C'est à peine si l'on peut reconnaître les marbres qu'il mentionne; souvent abrégées, parfois comiquement rédigées, ses indications n'auraient pu convenir dans un catalogue d'amateur.

A divers traits, l'on peut au contraire reconnaître que c'est un répertoire pour la vente, un relevé des objets d'art sacrifiés par la famille. On peut remarquer à ce propos que seuls, avec quelques tableaux ou statues religieuses, les portraits de famille, — de Grégoire XV, du cardinal Ludovisi, du prince Pompeo, — ne sont pas évalués : n'est-ce pas parce que le prince Niccolô ne voulait ou n'osait pas encore s'en défaire? De même, il y a peu de statues de grande valeur dans ce catalogue ;

476 DIf INTEirrAIBE IlfJDIT

le prince s'en réservait encore probablement plusieurs. Les objets encombrants, sans importance, absolument inutiles, y sont au contraire fort nombreux : blocs depeperino servant de sièges, boules de marbre ornant les murs, statues et bas^reliefs antiques médiocres, statues modernes, bronzes de peu de prix, tableaux de second ordre et dont plusieurs ne sont pas signés, tout cela était destiné d'abord à la vente. Enfin la rédaction de ce document est tou^ pratique, presque commerciale : les c numéros » sont désignés par leurs places dans les allées et les esplanades du jardin, les salles et les galeries du palais ; on en a noté plus souvent les dimensions que les sujets; on n'a jamais oublié pour les tableaux d'indiquer la qualité et les dimensions de la toile et le genre des cadres : ce document est visiblement l'œuvre d'un expert de ventes.

Il est difficile de fixer avec précision la date de la rédaction de ce catalogue. On peut, il me semble, le dater des dernières années de la vie du prince Niccolô Ludovisi : son oncle et son frère étaient certainement morts, puisque leurs noms sont toujours accompagnés des formules gloriosœ ou felicis memoriœ. Lui-même est au contraire simplement désigné sous le titre de S. E. il principe Ludovisi. — Ce nom s'applique à lui et non à son fils, connu sous le titre de prince de Piombino. — Aucun portrait du prince Niccolô ne figure sur cet inventaire, où son fils les aurait sans doute laissé

DES GOLLBGTIO.XS LUDOVISI A ROMB. 477

inscrire, comme il y laissait lui-même mettre ceux du pape soD oocle et de son oncle le cardinal. On peut donc croire que le prince Niccolô vivait encore quand ce catalogue fut rédigé.

Tel qu'il est, ce document a donc un réel intérêt et ne fait pas double emploi avec ceux que M. Théodore Schreiber a publiés en tête de son étude : Die antiken bildwerke der villa Ludovisi in Rom^. L'inventaire du 318 janvier 1633 qu'il a tiré des archives Boncompagni Ludovisi, mieux ordonné que celui-ci pour la description des antiques, ne dit rien des bronzes, des tableaux, des pierres ou marbres disposés dans les jardins, et ne donne aucun prix d'estimation^. En nous donnant ces prix, en indiquant le détail de l'aménagement artistique d'une villa princière au xvn"" siècle, le présent inventaire ne laisse pas que d'être un document d'histoire sociale autant que d'archéologie. Peut-être un intérêt d'actualité s'ajoute-t-il à la publication d'un tel document, par la disparition récente de cette belle villa Ludovisi, contemporaine de tant de magnificences et qui fut si chère

à Stendhal.

Léon-G. PÉLISSIER.

1. Leipzig, W. Engelmann, 1880. L'auteur donne la description de tous les antiques qui forment la collection Ludovisi actuelle et un assez bon plan de la villa.

2. Archivio Boncompagni Ludovisi, arm. IX, port. 325, I, fol. 30-35. Inventario délie massaritie, quadriy statue ed altre ehi sono alla vigna deW excellentissimo signor principe di Venosa a Porta Pindana,

un 42

STIMÂ BELLE STATUE

DEL GURDINO DELL' EGGELLENTISSIMO SIGNOR

Prencipe LUDOVISI

IN ROliA 8TIMATE DA ME 80TT0SGRITT0<.

E prima sopra la facciata delpalazzo verso porta Salara,

sopra la balauslrata.

Dodici statue ^ 4000

Nella faciata di detto casino nelle nieckie.

Quattro statue^. 500

Sei teste con busti grandi *. 250

Nel ripiano di detto avanti la porta e sopra

la balaustrata.

Sei statue ^ 390

Nelle cantonale di detto repiano.

Quattro terminl. 30

Sopra li parapetti délie scale e délia Pallaeorda

fino aJV uecélliera,

Yenti statue. '1 600

1. La Bignature annoncée manque dans le texte. L'évaluation est faite en écus romains.

Page 1