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CARRELAGES AU MOYEN AGE

Par H. L. Maxb-Wbrlt, associé correspondant national.

Lu dans la séance do 19 avril 1893.

Dans Tétude des carreaux vernissés employés pour le pavage des châteaux, des églises, des abbayes et des riches demeures édifiées au moyen âge, on a cherché à classer ces débris antiques par époques en répartissant les spécimens les plus rudimentaires aux xn^ et xm^ siècles, puis en attribuant aux siècles suivants ceux dont les dessins sont plus perfectionnés. C'est en prenant pour guide l'indication de leur provenance, les renseignements archéologiques fournis par les dessins dont ils sont ornés, la paléographie de leurs inscriptions, les armoiries qui parfois y sont représentées et surtout la date de la construction de Tédifice où ils ont été recueillis, que l'on a tenté de classer, par ordre de succession, les nombreux spécimens conservés dans les musées et les collections particulières.

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Cependant, la connaissance de la date précise de la construction d'un édifice ne saurait être toujours une indication certaine, car les carreaux du pavé peuvent avoir été mis en place à une époque postérieure. De plus, il faut bien remarquer que les griffes, timbres ou estampilles d'un tuilier, demeurés la propriété de ses successeurs, peuvent avoir été utilisés pendant des périodes de temps relativement considérables *■ .

Ces observations faites, je vais rechercher si, avant l'invention du mode de pavage en carreaux présentant une forme régulière de 1 S à 1 4 centimètres de côtés, attribué aux Cisterciens, qui en auraient, croit-on, conservé le monopole pendant quelques années, il n'a pas existé antérieurement à l'établissement de cet ordre célèbre par ses constructions monastiques, c'est-à-dire avant les premières années du xn* siècle, un genre de pavement employé en dehors de la mosaïque, mode de décoration très coûteux qui, à cette époque, commençait à être abandonné.

Si je ne puis, avec M. Auguste Digot, classer au xf siècle les carreaux vernissés rencontrés par cet érudit dans l'église romane de Mousson, bâtie

i . On peut admettre également que ces estampilles, empruntées ou emportées par des ouvriers nomades, ont servi à reproduire au loin des carreaux dont on a lieu de s'étonner de faire la rencontre. Ainsi nous avons vu au Musée de Gaen des carreaux aux deux barbeaux semblables à ceux de l'abbaye de Lisle-en-Barrois.

irUDB SUE LBS GARIBLIGES AU MOTEN AGB. 259

vers 1 080 par Sophie de Bar, femme du comte Louis de Montbélisûrd, — ils me paraissent appartenir à des temps postérieurs, — je suis convaincu qu'avant l'apparition des pavés en terre cuite de forme carrée, aux ornements incrustés, dont la fabrication avait fait de si grands progrès dès le milieu du xm^ siècle S il a existé une industrie intermédiaire, procédant de Fart du mosaïste, mais substituant aux pierres de taille et de couleurs différentes la terre vernissée et de teintes diverses.

Pendant cette période de transformation, qui fut de courte durée, les matériaux employés consistent en pavés aux formes multiples, aux couleurs variées, sans dessins incrustés ni reliefs, destinés à figurer des ornements sur le pavement des édifices ou à former des bordures. Chaque pièce avait une configuration particulière, une teinte uniforme, et si, prise isolément, elle ne présentait aucune valeur apparente, aucun effet décoratif, mise en place, elle contribuait à l'ensemble harmonieux recherché par l'auteur du dessin adopté.

C'est en s'inspirant du mode de décoration en usage tant à l'extérieur qu'à l'intérieur des édifices, dans les tympans, les archivoltes, les mou-

i. M. A. de Barthélémy a fait connaître un curieux carreau du Musée de Verdun sur lequel est inscrite la date : ANNO : DOMINI : M : GC : LXX : PRIMO {Bulletin monumental, 1890).

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lures et les verrières, qu'il était venu à l'idée d'un tuilier de fabriquer, pour le pavage de ces mêmes édifices, des pièces en terre cuite destinées à reproduire les mêmes motifs d'ornementation. Alors il s'ingénia à créer des carreaux de formes géométriques variées dont l'assemblage permettait d'obtenir des dessins nattés, imbriqués, losanges, à tête de clous, en chevrons, en étoiles, des rosaces, des fleurs crucifères, des bordures à olives, à dents de loups, enfin des entrelacs qui caractérisent tout particulièrement l'ère romane secondaire, c'est-à-dire l'architecture et la décoration dès le xi"* siècle.

Appartiennent à cette période de transition, à ce mode de pavage exceptionnel, les spécimens recueillis, en 1869, par M. Antoine de l'Escale, au lieu dit le Terrairurde-V Église ^ sur l'emplacement de l'ancienne abbaye de Lisle-en-Barrois, fondée, vers 1140, par Ulric de Lisle et Mathilde sa femme*.

i. Donation, vers 1130-1140, par Ulric de Lisle à Eustache, premier abbé de Montiers-en- Argonne, de la censé des Ângle^ courts, pour y construire une abbaye qui, quelques années plus tard, reprise par les religieux de Gîteaux, fut reconstruite au territoire de Melche, dont la presque totalité leur fut cédée par Dudon, chevalier, de Dommartin, Boson, évéque de Ghàlons, Albert, abbé de Beaulieu, Yarin de Leymont, Falco de Belrain, Vautier de Bussy et Philippe, châtelain de Bar.

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Coudés, à angles vifs ou courbés suivant des arcs différents, taillés en olives, en fractions ovoïdes, en triangles, en rectangles de formes variées, ces pièces de terre cuite, dont les dimensions exiguës rendaient la fabrication très compliquée, étaient d'une production relativement coûteuse. Leur fragilité qui devait en restreindre Tusage, jointe à l'inconvénient de la multiplicité des joints, les fît bientôt abandonner et amena dans l'industrie du tuilier l'heureuse transformation qui s'opéra peu après et devint générale dès la seconde moitié du xn® siècle.

 dater de cette époque, les pavés cessent d'être des pièces à formes variées pour devenir le plus généralement des carreaux ayant 12 à 14 centimètres de côté; chaque pavé présente dès lors, non une teinte uniforme, mais un dessin complet ou celui d'un fragment appartenant à un plus vaste ensemble.

C'est à l'apparition de ces carreaux réguliers, dont la fabrication facile permettait de produire sans grands frais les motifs de décoration les plus heureux, que prend fin l'emploi des pavés aux formes multiples dont j'ai entrepris l'étude. Ceux de ces pavés qui nous viennent de M. Antoine de l'Escale proviennent de la dislocation d'une grande marqueterie dont les éléments, remis à leurs places respectives, constituaient dans le principe soit des ornements géométriques, fort en usage à

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l'époque romane, soit des dessios d'entrelacs présumés caroliogiens.

Quoique recueillis sur le Terrain-de- l'Église, lieu dit Contigu-aux-Bâtiments de l'abbaye de Lisle-en-Barrois , les débris intéressants d(»it je

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viens de signaler l'existence au Musée de Bar ne proviennent point du pavé de Téglise commencée en 1162 et dédiée seulement en 1S02; ils sont de beaucoup antérieurs à sa construction et ne sauraient être confondus avec les carreaux vernissés rencontrés sur son emplacement et dont les Musées de Bar et de Verdun possèdent un certain nombre. Ceux-ci, de forme carrée, aux ornements reproduits en creux, offrent les sujets les plus variés : feuillages, rosaces, animaux fantastiques, oiseaux affrontés, scènes de chasse, sangliers et chiens courants, écussons armoriés aux quatre chàtels, aux bars adossés du Barrois, puis un rare spécimen donnant le nom d'un briquetiertuilier, Mangin^^ dont le lieu de domicile n'est pas encore déterminé. Ils appartiennent, on le voit, à des époques très distinctes. Ceux à légendes, par exemple, sont évidemment du ^iv^ siècle, ceux au châtel peuvent être classés au xni^, et c'est entre ces deux périodes que doivent être répartis tous les spécimens de forme carrée recueillis sur le sol de l'église de l'abbaye. Quant aux pavés découverts par M. Â. de l'Escale, ils remontent à des temps antérieurs et proviennent d'un édifice ancien, rasé vers 1162 et remplacé par le cloître attenant aux bâtiments de l'abbaye.

Dans le récit de sa découverte, l'auteur s'exprimait ainsi : < Cette mosaïque se trouvait sous un

i. A. de Barthélémy, Carreaux historiés et vernissés {Bul^ letin monumental, 1887).

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