‹ Mémoires. 4Chapitre 88 sur 133 · DES ASSOCIÉS CORRESPONDANTS NATIONAUX · texte numérisé non relu

DES ASSOCIÉS CORRESPONDANTS NATIONAUX

Au 1" Juin 1892.

MM

Allard (Paul), Seine-Inférieure.

Allmer (Auguste), Rhône.

Arbaumont (Jules d'), Gôte-d^Or.

AuBBR (l'abbé), Vienne.

AuBERToi (Charles), Côte-d*Or.

AuDOLLENT (Auguste), Youne.

AuRÈs, Gard.

Babeau (Albert), Aube.

Baras (A.), Vienne.

Babrière-Flavy, Ariège.

Batiffol (l'abbé), Seine.

Batet (Charles), Nord.

Beaugorps (le baron A. de), Charente-Inférieure.

Beaudouin (Jules), Côte-d'Or.

Bbaurepaîre (Eugène de Robillard de), Calvados.

Beaurepaire (Charles de Robillard de), Seine-Inférieure.

Beauvois (E.), Côte-d'Or.

Bernard (l'abbé E.), Morbihan.

Berthblé (J.), Hérault.

Berthelet (Charles), Jura.

Bertrand de Broussillon (Arthur), Sarthe.

Beurlier (l'abbé), Seine,

MM

BioAiNE (Charles), Gôte-d*Or.

Blamc (Edouard), Tunis.

Blancard (Louis), Bouches-du-Rh6ne.

Blanchèbe (René de la), Alger.

Blanchbt (Adrien), Basses-Pyrénées.

Bloch (G.), Seine.

BoissB (Ad.), Aveyron.

Bordeaux (Seine).

Bordes (Fabbé), Seine-et-Marne.

Boucher de Molakdon, Loiret.

BouoARD (le docteur), Haute-Marne.

BouooT, (jôte-d'Or.

Bouillet (l'abbé A.), Seine.

BouTRouE (Alex.-Ant.), Cher.

BoYÉ (Marins), Aude.

Brassart (E.), Loire.

Brémont d'Abs (le comte Anatole de), Finistère.

Brocard (Henry), Haute-Marne.

Brui» (l'abbé P.), Jura.

BuHOT de Kersbrs, Cher.

BuLLiOT (G.), Saône-et-Loire.

Gaffiaux (Henry), Nord.

Gaont (l'abbé Paul de), Somme.

Gaix de Saint-Aymour (Amédée de), Oise.

Gardevagque (Adolphe de), Pas-de-Galais.

Garon (£.), Seine-et-Oise.

Garsalade du Pont (l'abbé de), Gers.

Gasati (Charles), Seine.

Castan (Auguste), Donbs.

Gazalis de Fondoucb, Hérault.

Cessag (le comte P. de). Creuse.

Chard» (Paul) y Seine-et-Oise.

Charitasbe (Anatole de), Sa6ne-et-Loire.

Ghatel (Eugène), Seine.

Ghatellier (P. du), Finistère.

Ghauvet, Charente.

Cheyalier (le chanoine Ulysse), Drôme.

MM

GoLLEViLLE (le Yicomte de), Alpes-Maritiines.

CioifBBS (G.), Vienne.

GoNDAMiN (le chanoine), Rhône.

GoBNEADZ (l'abbé), Aisne.

GouRBT (Alphonse), Loiret.

GouRNAULT (Gharles), Meurthe-et-Moselle.

Gbèvegœur (R. de), Seine-et-Marne.

Dangoisne, Pas-de-Galais.

Damoibbaud, Gharente-Inférieure.

Dbhaisnes (le chanoine), Nord.

Dblahaut, Ardennes.

Delamain (Ph.), Gharente.

Delayille Le Roulx (J.), Indre-et-Loire.

Delote (Auguste), Yaucluse.

Demaison, Marne.

Desbilligny (J. PiEBBOT-), Saône-ct-Loiro.

Desnoters (l'abbé), Loiret.

Des Robert, Mearthe-et-Moseile.

Douais (l'abbé), Haute-Garonne.

Drouyn (Léo), Gironde.

Du Dreneug (P. de Lisle), Loire-Inférieure.

Du Fresne de Beaugourt (le marquis G.), Galvados.

Duhamel-Dégéjean, Somme.

Duhamel (L.), Yaucluse.

Du Lag (Jules), Oise.

DuMÔYs (Loiret).

Durand (Vincent), Loire.

Durand de Distroff (Anatole), Meurthe-et-Moselle.

Durand-Greville (Emile- Alix), Maine-et^-Loire.

DuRUFLÉ (Gustave), Orne.

DuYAL (Louis), Orne.

DuYERNOY (G.), Doubs.

Enoel (Arthur), Suisse.

Enlart (Gamille), Pas«de-C<alais.

EspÉRANDiEU, Gorse.

EsTAiNTOT (le comte Robert d'), Seine-Inférieure.

ËSTOURBEH^LON (lo comto Régis DE l'), Lolro-Inférieure.

MM

Fabre (Marc), fiasses-Alpes.

Faoe (René), Haute- Vienne.

Fargy (Louis DE), Maine-et-Loire.

Fargy (Paul de), Mayenne.

Fayollé (le marquis de), Dordogne.

FiNOT (Jules), Nord.

Flbury (le comte de), Russie.

Fourdrionier (Edouard), Seine-et-Oise.

FouROT (l'abbé), Haute-Marne.

Frossard, Hautes-Pyrénées.

Gauthier (Jules), Doubs.

Germain (L.), Meurtbe-et-Moselle.

Germer-Durand (François), Lozère.

GiLLET (Horace), Haute-Marne.

Girard (Paul), Seine.

GiRAUD (J.-B.), Rhône.

GiVELET (Charles), Marne.

Godard-Faultrier, Maine-et-Loire.

Godet (l'abbé), Orne.

Gonnard, Loire.

Gosset, Marne.

Gouverneur (Aristide), Eure-et-Loir.

GoY (Pierre de), Cher.

Granges de Suroères (le marquis de), Loire-Inférieure.

Gréau (Julien), Seine-et-Marne.

Grellbt-Balouerie (Charles), Londres.

Guère (le comte Alphonse de la), Cher.

Guighard (l'abbé), Jura.

GuERLiN (Robert), Somme.

GuYENcouRT (Robort de), Somme.

Habert (Théophile), Aube.

Hardy (Michel), Dordogne.

Heiss (Aloïss), Seine.

Hennebert, Seine-et-Oise.

Jagob (Alfred), Meuse.

J AD ART (Henry), Marne.

Janssens (le comte Gaston de), Eure-et-Loir.

MM

Janvier (Auguste), Somme.

Jeanmbz (Edouard), Loire.

JoûON DES LoNORAis, Ille-et-Vilaine.

JoussBT (le docteur), Orne.

Jdlien-Laferrière (le chanoine), Charente-Inférieure.

JuLLiOT (G.), Yonne.

Kermainoant (de), Seine-Inférieure.

Kerviler (René Pogard-), Loire-Inférieure.

La Bodllaye (ë. Jullibn de), Hante-Marne.

Lagaye La Plaqne-Barris (Prosper), Gers.

La Croix (le R. P. C. de), Vienne.

Lafayb (Georges), Seine.

Laïque (Louis de), Cadix.

LALLBifAND (l'abbé), Alsace-Lorraine.

Lebègue, Haute-Garonne.

Le Breton (Gaston), Seine-Inférieure.

Le Cerf (René), Côtes-du-Nord.

Leglerg (Lucien), Vosges.

Le Clert (Louis), Aube.

Ledain (Béiisaire), Vienne.

Lefobt (Louis), Seine.

Leoendre, Loire-Inférieure.

Lejay (l'abbé), Gôte-d'Or.

Leprœur (Paul), Seine.

Lbspinasse (René Leblanc de), Nièvre.

Letaille (Joseph), Seine-et-Oise.

LiâvRB, Vienne.

Loisbleur (Jules), Loiret.

Louis-Lucas,' Côte-d'Or.

LousTAU (G.), Oise.

Luqay (le comte de), Oise.

LucoT (l'abbé), Marne.

Maobn (Adolphe), Lot-et-Garonne.

Mallay (Emile), Puy-de-Dôme.

Mannier (E.), Nord.

Marchand (l'abbé Frédéric), Ain.

Marionan (Albert), (rard.

MM

Marsaux (l'abbé), Oise.

Marsy (le comte de), Oise.

Martin-Sabon, Seine-et-Oise.

Martinière (de la), Seine.

Maxe-Wbrly, Meuse.

Mazerolle (Eemand), Sa6ne-et-Loire.

MéLOizES (Albert des), Gber.

Meyer (Henri), Seine.

MiGHON (Etienne), Loiret.

Millard (Pabbé), Marne.

MiLLON, Gôte-d'Or.

MoNNEGovE (Félix LE SBROEAifT db), Pas-de-Galals. MoNTéeuT (de), Charente. MoNTiLLB (L. db), Gôte-d'Or.

MoREAu (Frédéric), Aisne.

MoREL (Léon), Marne.

MoRiLLOT (l'abbé L.), Côte-d'Or.

MoRiN-PoNS (Henry), Rhône.

MossMANN, Belfort.

^MouQENOT (Léon), Meurthe-et-Moselle.

MûLLER (l'abbé Eugène), Oise.

Musset, Charente-Inférieure.

NiGAiSE (Auguste), Marne.

NiGOLLiàRE (S. DE la), Loirc-Liférieure.

NoouÈs (Fabbé), Charente-Inférieure.

NoouiER (Louis), Hérault.

Paoart d'Hermansart, Pas-de-Calais.

Palustre (Léon), Indre-et-Loire.

Parrogel (E.), Bouches-du-Rhône.

Pasquier, Ariège.

Payard (Emile), Meurthe-eIrMoselle.

PâcHEUR (l'abbé), Aisne.

Pégoul (Auguste), Seine-et-Oise.

Pelissier (Léon-G.), Hérault.

Penon (C), Bouches-du-Rhône.

Petit (Ernest), Yonne.

Piet-Lataudrib, Deux-Sèvres.

MM

PiBTTE (Edouard), Ardennes.

PiOBOTTE (Léon), Aube.

PiLLOY, Aisne.

Pligqub (le docteur), Puy-de-Dôme.

PoBéB (l'abbé), Eure.

Port (Gélestin), Maine-et-Loire.

PoTBY (Georges), Gôte-d'Or.

PoTHTER (le général), Tarn.

PoujOL DE Fbéghengourt, Sommo.

Prévost (Gustave), Seine-Liférieure.

Prunièrbs (le docteur), Lozère.

PuncAiaRB (le comte de), Meurthe-et-Moselle.

Quarbé-Reybourbon, Nord.

Rainaud (Armand), Rhône.

Raymond (Marcel), Isère.

Régaiuer (Etienne), Seine.

Reqnier (L.), Eure.

RévoiL (Henry), Gard.

Rhône (Arthur), Gôtes-du-Nord.

Ricard (Adolphe), Hérault.

RiOAUX (Henry), Nord.

RiPERT-MoNGLAR (le marquis de), Basses- Alpes.

RrvoLi (le duc de), Alpes-Maritimes.

RoBiou (Félix), lUe-et- Vilaine.

Roman (Joseph), Hantes-Alpes.

RosGHAGH (Ernest), Haute-Garonne.

RosBROT (Alphonse), Haute-Marne.

RoussBT (Louis), Gard.

Rouyer (Jules), Meurthe-et-Moselle.

Roy (Maurice), Yonne.

RoYER (Charles), Haute-Marne.

Ruelle (Emile), Seine.

Rupin (Ernest), Gorrèze.

Saiqe (G.), Monaco.

Sahït-Paul (Anthyme), Haute-Garonne.

Sainte-Marie (E. Prigot de), Turquie.

Salmon (Philippe), Yonne.

ANT. bulletin.

MM

Sauvage (Pabbé E.), Seine-Inférieure.

Septenville (le baron de), Seine-Inférieure.

SîZERANNE (le comte Monnier de la), Drôme.

SoRLiN-DoRioNY (Albert), Cionstantinople.

SouGHON (J.), Aisne.

Storelli (André), Loir-et-Gher.

TAUiLEBOis (Emile), Liandes.

Tamizey de Laraoque, Lot-et-Garonne.

Tabtièrb (Henry), Landes.

Taus&erat (Alexandre), Marne.

TnéLiEa (Ernest), Seine-et-Oise.

Thiollier (F.), Loire.

Tholin (Greorges), Lot-et-Garonne.

TouTAiN, Rome.

Travers (Emile), Galvados.

Vaghez (A.), Rhône.

VAiLLAiiT, Pas-de-Galais.

Vallentin (Ludovic), Drôme.

Yallentin (Roger), Ardèche.

Vallbtte (René), Vendée.

Valton (Prosper), Oise.

Van Hende, Nord.

Vau VILLE (Octave), Aisne.

ViALBTTES (l'abbé), Aveyron.

Vienne (Maurice de), Meurthe-et-Moselle.

ViLLEFOssE (Etienne Héron de), Seine-et-Marne.

ViLLENOiSY (de), Seino-ot-Olse.

Vincent (le docteur), Ardennes.

VouLOT, Vosges.

Weiss (André), Seine.

EXTRAIT DES PROCÈS-VERBAUX

Séance du 6 Janvier 189SI.

Présidence de MM. E. Corroyer, président sortant, et R. DB Lastbyrib, président élu.

M. Ed. Cîorroyer, président sortant, prononce l'allocution suivante :

ff Messieurs et chers Confrères,

« En remettant entre vos mains la charge qui m'a été con-* fiée par vos suffrages, j'ai le devoir de vous remercier de m'avoir appelé au grand honneur de diriger vos travaux pendant Tannée qui vient de s'écouler. J'acquitte en même temps la dette de reconnaissance que j'ai contractée envers vous pour la sympathie que vous m'avez témoignée, sympathie qui a si puissamment contribué à Taccomplissement de la mission dont vous m'aviez chargé.

c Mais il est un autre devoir, consacré pour ainsi dire par l'usage religieusement suivi, c'est de donner un souvenir à ceux que nous avons perdus et qui ont marqué leur passage dans notre Société par les services qu'ils lui ont rendus. J'ai à vous parler cette année de MM. Pol Nicard et Edouard Flouest, membres résidants; de M. de Gourjault, de M. l'abbé Rabiet, de M. Ghaverondier, associés correspondants nationaux, et du Révérend Samuel Savage Lewis, associé étranger en Angleterre.

« Pol Nicard était connu des savants français et étrangers. Polyglotte distingué, il parlait l'allemand, l'italien, l'anglais, l'arménien, l'hébreu. Vers 1840, il publiait une traduction française du Manuel d'archéologie d'Ottfried MuUer, dans la

collection Roret. Cette traduction fut alors un véritable événement, signalé dans la Revue archéologique; eUe établit la réputation de Pol Nicard comme archéologue. Ses travaux sont très nombreux, et il faut citer entre autres les biographies scientifiques et les études principales sur Cwner et Geoffroy de Saînt-Hilaire ; sur Alexandre Hesse^ artiste peintre et membre de l'Institut ; sur M, de BlainviUey dont il continua l'œuvre en publiant VOstéographie des oMÙnauz vertébrés ; puis des notices sur VaUet de ViriviUe et sur l^aUlandier. Son essai sur Thucydide lui valut un prix de l'Institut, et ses recherches archéologiques en Italie et en Allemagne sont connues de tous les antiquaires. Pol Nicard entra en 1851 à la Société nationale des Antiquaires de France; son dévouement absolu à notre Compagnie s'est manifesté et maintenu pendant quarante ans. Il a publié dans nos Mémoires de nombreux travaux, parmi lesquels il faut citer : Dypoenus et ScjfUiSy sculpteurs crétois,' Études sur les vases nommés par les Italiens latiali ou preislorici; une notice sur Thistoire de Port-Royal de Sainte-Beuve et Beuchlin. Dans le Bulleiin de la Société, ses notes sont nombreuses. Il écoutait avec attention toutes les communications, il prenait part aux discussions qu'elles soulevaient et il soutenait son opinion avec une ardeur toute juvénile. Quinze jours avant sa mort, il assistait à la séance du 17 février 1891, et il intervenait dans une discussion sur la polychromie chez les anciens en exposant ses idées avec la conviction profonde qu'il apportait à toutes ses actions. Je dois signaler les services tout particuUers qu'il a rendus comme bibliothécaire-archiviste de la Société; c'est lui qui, le premier, s'est occupé de nos archives. U a classé et fait relier d'importants manuscrits de JoUois et d'autres documents archéologiques fort précieux. Il a constitué une série de volumes réunissant tous les rapports présentés sur l'admission des membres de notre Société, résidants ou correspondants, source unique d'informations pour la biographie de nos confrères et par conséquent pour l'histoire du mouvement historique et archéologique en France. Pol Nicard aimait profondément notre Société, dont il fut le Président en 186c, et, malgré son grand âge, il gravissait courageuse-

ment les longs escaliers du Louvre, donnant ainsi aux jeunes l'exemple de l'exactitude jusqu'au dernier moment, car, à quatre-vingt-cinq ans, il était encore le plus assidu de nos confrères. Il représentait parmi nous la tradition. Ceux qui ont eu l'honneur de passer par la présidence ont su apprécier à leur juste valeur ses bons conseils dictés par la sagesse de sa grande et toujours bienveillante expérience.

0 Edouard Flouest s'est éteint le 4 juin. A la tristesse causée par une mort rapide, est venu s'ajouter le regret de n'avoir pu lui donner publiquement le témoignage d'estime et d'affection que méritait l'homme aussi bien que le savant; mais, la modestie de notre confrère lui ayant fait refuser d'avance les honneurs suprêmes, nous devons nous borner à les lui rendre dans l'intimité de nos séances. Flouest s'était plus exclusivement consacré à l'étude de nos antiquités nationales. Il a publié de nombreux travaux sur divers monuments des régions où ses fonctions l'avaient appelé. A Nimes, dans la Provence, dans l'Orléanais et en Bourgogne, dont il était originaire j son nom était connu de tous les érudits. Dès 1869, il était l'un des collaborateurs les plus zélés de la Cîommission de topographie des Gaules, à laquelle il a fourni des indications précieuses sur le Camp de Chassey^ sur VOppidum de Nages et sur les Tumulus de la Coie^'Or et de la Haute-Marne. Plus tard, il s'est occupé de mythologie gauloise; il a laissé sur cet important sujet et sur les rapports des croyances gauloises avec celles des peuples de l'Orient des notes qui seront sans doute mises en lumière par des plumes amies. Edouard Flouest était l'exemple de l'homme droit et dévoué à ses amis. A plusieurs reprises, il a donné des preuves d'une délicatesse de conscience, toujours rare, qui lui a fait sacrifier une brillante carrière, et, plus tard, une position élevée, aux convictions qui dominèrent toute sa vie. Nommé associé correspondant national le 3 novembre 1869, puis élu membre résidant en 1884, il n'a cessé d'apporter à notre Compagnie le concours le plus éclairé et le plus dévoué, et vous vous rappelez qu'il était un de ses membres les plus exacts, toujours actif, et, avec une bienveillance et une courtoisie parfaites, toujours prêt à mettre

— Jules ressources de son éradition profonde an service de ses confrères et de tous ceux qui s'intéressent à nos travaux.

0 M. le comte Olivier de Grourjault, associé correspondant national, décédé à Mézières en 1891, était un chercheur infa* tigable. Il a publié de bons travaux dans la Reouê de Ckampagne et de Brie^ ainsi que dans les Mémoitee de V Académie de Belgique^ en collaboration avec M. Yooters. On lui doit un recueil des chartes de Saint-Remi de Reims, une édition des Mimoiree du maréchal de Sckulemberg^ les Mémoires du wtaré' chai de Saint'Pol^ ce ligueur célèbre', si longtemps mystérieux, dont il a su, le premier, déterminer exactement la person* nalité et les origines.

c M. l'abbé Rabiet, associé correspondant à JBourberain (Gôte-d'Or), a publié, dans le volume des Mémoires de 1888, un travail intéressant sur les Itucrtpiions romaine» de Code* net. On lui doit aussi une Étude sur le patois goUo-romain de Bourherain {Côte-d^Or)^ et il a inséré dans la Reoue de philo» logie^ en 1888, une note relative à la correction d'un passage de Pline dans laquelle il redresse le nom antique d'une des peuplades de la Narbonnaise.

« M. Ghaverondier, archiviste du département de la Loire, associé correspondant national depuis 1866, décédé au mois d'octobre 1891, a publié un grand nombre d'études relatives au Forez, entre autres l'inventaire de titres dressé en 1532 par Jacques Luillier qu'il a enrichi de notes savantes d'un grand intérêt historique. Il est l'auteur d'une biographie de Jean-Marie de la Mure, historien du Forez; il a édité plusieurs volumes ^^inventaires y et il a fait paraître une notice sur les Testaments enregistrés en la cour du Forer» On lui doit aussi la publication d'un grand nombre de documents concernant la province dont il avait fouillé toutes les archives ; ces documents ne seront pas perdus pour la science.

« M. Samuel Savage Levris, bibliothécaire du collège de Corpus Chrisli à Cambridge (Angleterre), décédé en 1891, avait été admis dans notre Société en 1872, à titre d'associé correspondant étranger. Ses travaux ont paru dans le Journal de philologie de Cambridge, dans les Mémoires de la Société royale archéologique de Londres et dans les Actes de la

Société royale d'archéologie. Ils sont trop nombreux pour les rappeler tous, mais je puis citer une Étude sur une figurine de guerrier ^ trouvée près de Cambridge, une Notice sur un grand plat d'étain romain , découvert dans la môme région, et une autre Notice sur un bélier en bronze de travail grec, conservé au Musée de Palerme.

« Après avoir fait l'éloge de nos membres défunts, il faut parler de nos confrères vivants et de nos travaux. MM. le vicomte François Delaborde, Martha et Prou, succédant à MM. Guérin, Perrot et Pol Nicard, ont été élus, en 1891, membres résidants de notre Société. MM. Barrière-Flavy, le prince Roland Bonaparte, Boisse, Delamain, Gosset, Le Cerf, Leclert, Marignan, H. Meyer, Pélissier, Potier, Récamier, Rousset, Roy, Souchon, Toutain, Tabbé Yialettes et de Villenoisy ont été nommés associés correspondants nationaux. Vous avez décerné à M.^* la comtesse Ouvaroff, à MM. John Evans, Ferrero et au général Pitt-Rivers le titre d'associé correspondant étranger.

a L'activité de la Société ne s'est pas ralentie pendant l'exerdce qui vient de finir avec l'année 1891. Nos séances ont été très suivies par les membres résidants et les associés correspondants. Notre Bulletin a conservé son importance grâce aux patients et persévérants efforts de notre Commission des impressions et en particulier de notre cher confrère l'abbé Thédenat. La table qui doit terminer le Bulletin de 1890 s'imprime en ce moment; on met en pages la dernière feuille du second fascicule de 1891, et, dans la première quinzaine de janvier, le dernier fascicule de 1890 et le second de 1891 seront en distribution.

« Le tome LE de nos Mémoires paraîtra vers la fin du mois de janvier. Il contiendra les articles suivants : Les poids anciens en plomb du Musée du Louvre^ par M. Etienne Mighon; Les baS'relie/s antiques de la place Lenche à Marseille ^ par M. Ed. Flouest; La fuite de Dédale; note sur la stèle étrusque à sujets mythologiques trouvée à Bologne^ par M. Jules Marthâ; Étude sur les figurines en terre cuite de la Gaule romaincy par M. Adr. Blanchbt ; Le plus ancien manuscrit de la NotUia dignitatum, par M. H. Omont; Saint -Etienne et

révêque Pierre de Hans^ vUraU de la cathédrale de Chàlonsiur-Mame^ par M. le chanoine Lugot ; Aix-la-ChapeUe^ étnde sur le nom de cette ville, par M. Aug. Prost; La bijouterie des Goihs en Russie ^ par M. le baron de Bâte, et enfin un mémoire sur le Livre de la propriété des choses ^ de Barthélémy de Glanmlle, par M. Janvier.

c Nos finances sont toujours dans un état très prospère, que nous devons à la vigilante régularité de notre excellent trésorier M. Edmond Guillaume.

< Notre cher confrère, mon honorable prédécesseur, nous indiquait Tannée dernière les mesures qu'il avait prises au nom de la Société pour assurer la conservation de la bibliothèque tout en maintenant la liberté du prêt des livres. M. Mowat, avec l'esprit d'ordre et de méthode qui le distingue, s'est appliqué à faire rentrer les ouvrages prêtés depuis longtemps ; quelques-uns étaient sortis de la bibliothèque depuis plus de vingt ans. Il a classé et fait relier les archives de la Société, de 1885 à 1890, continuant et améliorant le grand travail commencé par M. Pol Nicard. Je suis bien certainement l'interprète de vos sentiments en adressant à M. Mowat nos remerciements qu'il mérite à tous égards.

« Nous devons remercier également MM. Prou et Bapst qui ont si obligeamment remplacé, pendant les six derniers mois, l'archiviste et le secrétaire adjoint décédés, fonctions que vos suffrages leur ont confirmées pour l'année 1892.

c L'élection du successeur de M. Edouard Flouest, membre résidant, avait été fixée au 2 décembre 1891 ; elle n'a pas donné de résultat. Après une lutte très courtoise, mais très vive, qui prouve la valeur des candidats en présence, cette élection a dû être ajournée, conformément au règlement, à la séance d'aujourd'hui 6 janvier 1892, et je laisse à mon successeur l'honneur de présider le scrutin.

c J'ai terminé le compte-rendu de notre existence, administrative pour ainsi dire, mais il me reste à vous signaler un fait sur lequel je désire attirer votre attention : c'est le mouvement d'opinion qui s'est produit dans ces derniers temps en faveur de la conservation de nos monuments bis-

toriques, mouvement que notre Société a préparé depuis longtemps et qui semble devoir être enfin l'objet de la sollicitude des pouvoirs publics.

c II n'est pas besoin d'insister sur les services rendus par notre Compagnie, sous diverses épithètes, nécessitées par les fluctuations politiques, royale, impériale ou nationale ; la Société des Antiquaires de France, qui a compté, compte et comptera toujours parmi ses membres une éUte de savants dont le zèle éclairé et le désintéressement absolu ne se sont jamais démentis, a contribué puissamment à généraliser Fétude de l'archéologie. Ces savants ont fait connaître les œuvres du passé et, en attirant le respect sur les monuments de l'antiquité et du moyen âge, ils ont fait naître le goût des études archéologiques; ils ont démontré la nécessité de sauvegarder nos archives lapidaires qui méritent d'être conservées intactes au même titre que les autres richesses d'art de notre pays. Mais ces superbes exemples de Tart monumental n'ont pas toujours été respectés; amoindris par des suppressions regrettables, dénaturés par des restaurations imprudentes et, ce qui est plus grave encore, complétés par des constructions nouvelles, ces monuments ont ainsi perdu leur valeur au point de vue documentaire; leur authenticité devient suspecte après une restauration, aussi ingénieuse qu'elle puisse être.

« Il est permis d'espérer que les archéologues obtiendront bientôt la situation qu'ils doivent avoir dans les commissions chargées de veiller à la conservation de nos monuments historiques. Ils apporteront aux architectes un concours qu'il ne convient plus de dédaigner ; loin d'être un obstacle, ils seront un conseil en même temps qu'un frein salutaire, et, s'ils parviennent à sauver ce qui nous reste encore de nos chefs-d'œuvre de l'architecture du moyen âge, ils auront atteint le but généreux qu'ils se sont proposé et mérité la reconnaissance des générations futures en conservant intacts d'incontestables documents archéologiques.

0 Enfin, Messieurs et chers confrères, permettez-moi de vous soumettre deux idées : l'une agréable et l'autre utile. Je veux d'abord vous proposer la fondation d'un dîner, men-

Buel, trimestriel ou même annuel, le dîner des Antiquaires de France, qui aurait pour effet certain, à mon avis, de resserrer très agréablement les liens affectueux qui nous unissent. Je voudrais aussi que nous puissions créer un prix, le prix de la Société nationale des Antiquaires de France, à décerner tous les ans à celui de nos associés correspondants qui aurait fait le meilleur travail sur Farchéologie nationale.

a Si la Société apjprouvait le projet que j'ai l'honneur de lui soumettre, et dont elle réglerait les conditions avec la haute sagesse qui caractérise tous ses actes, si elle jugeait à propos d'organiser une souscription pour réunir les fonds nécessaires, dont les arrérages annuels formeraient la valeur du prix, je demanderais à être inscrit au nombre des souscripteurs, trop heureux de voir accepter une proposition qui n*a pas d'autre objet que celui d'offrir à notre Compagnie le témoignage de mes sentiments dévoués et de ma respectueuse sympathie.

ff En vous remerciant de nouveau, Messieurs et chers confrères, de la confiance dont vous m'avez honoré, j'invite M. le comte de Lasteyrie à occuper le fauteuil de la présidence, et je prie M. Bapst de prendre place au bureau en qualité de secrétaire. »

Le comte de Lasteyrie, en adressant, au nom de la Société, des remerciements au Bureau sortant, propose de renvoyer à la Commission des impressions le discours de M. Corroyer. Cette décision est accueillie à l'unanimité.

Ouvrages offerts :

Arehivio storico Lomhardo, série II, fasc. XXXII. Bulletin critique^ 1892, n» i.

— de V Académie du Var, nouv. série, t. XVI, {•'fasc., 1891.

— de la Société industrielle de Mulhouse^ déc. 1891.

— d'histoire ecclésiastique et darchéologie religieuse des dio^ cèses de Valence^ Gap, Grenoble et Viviers, 69-75 liv., 1891.

'^ de la Société des Antiquaires de VOuest, 3* trim. 1891. The statutory ninth international congress of orientalists kdd in London, 1891, in-8*.

Âonès (Â.). Étude de la formation des mesures itinéraires et

des mesures agraires dans le système wiétrique assyrien,

Chalon-sur-Saône, 1891, in-4o.

Bazaine (P.-D.). Les premières voies ferrées en Alsace; cAe-

min de fer de Strasbourg à BâU. Paris, 1892, in-8o. Bellew (H.-W.). An inquiry into the elhnography of Afghan

nistan. — Introductory remarks to an inquiry into the

etknography oj Afghanistan. Londres, 1891, in-8*. Destrée (Joseph). Le psautier de Guy de Dampierre, Gand,

1891, in-8o.

DoLLFus (Auguste). TMe des matières des sujets traités aux

Comités d'utilité publique, de commerce ^ etc. Mulhouse,

1891, in.8*.

GoLLANEZ (Hermann). The dignity of labour eu taught in the

Talmud, Londres, 1891, in-8<>.

GuiRAUDON (Th. G. DE). Report of the progress mode in the

study ofafrican languages in the lack few years, Londres,

1891, in-8o.

Letiher (G.-W.). Muhammadanisur eing the report of an

extempore address. 1890, in-8*.

-^ On the sciences of language and of ethnography, Londres,

1890, in-8o.

JElivoLi (Le duc de). Bibliographie des livres à figures vénitieris,

Paris, 1892, in-8o.

Vascongellos-Abren (G. de). Summerio dos investigaçoes em

samscriiolosgia dasde 1886 ate 1891. Lisbonne, 1891, in-8<>.

M. Durrieu, membre résidant, présente en hommage, de la part de Tauteur, une étude de M. J. Destrée, conservateur aux Musées royaux des arts décoratifs de Belgique, intitulée : Le psautier de Guy de Dampierre. Ce manuscrit, de petit for* mat, mais d'une ornementation extrêmement brillante et soignée, est conservé sous le n» 10607 à la bibliothèque de Bourgogne, à Bruxelles. On lui a jadis assigné comme date le deuxième tiers du xm« siècle. M. Destrée, qui en donne une description très soignée, établit qu'il est un peu plus récent et qu'on peut placer exactement Tépoque de son exécution entre 1280 et 1297. Quant à Tauteur des enluminures,

il doit, suivant toute vraisemblance, appartenir au nord de la France, à la contrée comprise entre Saint-Omer et Douai. M. Destrée a fait en outre un rapprochement très intéressant. Il a eu la sagacité de reconnaître un feuillet détaché anciennement du Psautier de Guy de Dampierre dans une miniature isolée, ayant fait partie de la collection Firmin-Didot et appartenant actuellement à M. Gélis-Didot. Cette miniature a figuré en 1889 dans les galeries de l'histoire du travail à J'Exposition universelle.

Travaux,

L'ordre du jour appelle le scrutin pour Télection d'un membre résidant en remplacement de M. Flouest, décédé.

M. Héron de Villefosse, au nom du colonel G. de la Noê, fait connaître que celui-ci retire sa candidature pour cette fois.

M. Martha lit un rapport sur la candidature de M. R. Gagnât.

On passe ensuite au scrutin, et M. Gagnât, ayant réuni le nombre de suffrages exigé par le règlement, est proclamé membre résidant de la Société nationale des Antiquaires de France.

Au nom des commissions nommées à cet effet, M. l'abbé Thédenat lit un rapport favorable sur la candidature de M. Paul Leprieur au titre d'associé correspondant national, et M. A. de Barthélémy sur les candidatures de M. le docteur Vincent au titre d'associé correspondant national et du chanoine Antonio Vera au titre d'associé correspondant étranger. On procède au vote, et, les candidats ayant obtenu le nombre de suffrages réglementaire, le Président proclame MM. Paul Leprieur et le docteur Vincent associés correspondants nationaux, le premier à Paris, le second à Vouziers (Ardennes), et M. le chanoine Vera associé correspondant étranger à Cadix (Espagne).

La Société décide qu'elle autorise l'échange de ses publications avec celles de la Société archéologique de Finlande, de la Société d'émulation d'Abbeville et de la Société des sciences et lettres de Bordeaux.

Séance du 1 3 Janvier.

Présidence de M. le comte db Lasteyrib, président.

Ouvrages offerts :

Alti dàla reale accademia dei Lineei^ 1891, t. VII, fasc. 2,

2* semestre.

Bibliographie des trawtux de M. de MontaigUm. Paris, 1891,

in.8\ Bulletin de la Société des Antiquaires de la Morinie^ nouy. série,

t. VIU, 159- Uvr.

PublictUion de la section historique de VInstitut R.»G.'D. du

Luxembourg, vol. XXXIX, XU et XLU, 1890-1891. BecueU de la Commission des arts et monuments historiques de

la Charente-Inférieure et Société archéologique de Saintes,

4» série, 1. 1, 5» livr. , 1892.

Corroyer (Edmond). Varchitecture romane. Paris, 1891, in-8*. — L'architecture gothique, Paris, 1891, in-8*. Duramd-Grêville (E.). La couleur du décor des vases grecs,

Paris, 1891, in-8*.

GoBLET d'Alviblla (lo comte). Des méthodes qui permettent

d^atteindre le développement préhistorique des religions.

Bruxelles, 1891, in-8o.

M. le baron de Baye, membre résidant, oS're à la Société une brochure de M. Goblet d'Alviella, professeur à l'Université de Bruxelles, sur le développement préhistorique des religions. En rassemblant, en interprétant les témoignages écrits ainsi que les monuments figurés, de nombreux savants ont reconstitué le développement des systèmes religieux en usage chez les principaux peuples civilisés. M. Goblet remonte la chaîne des siècles et recherche les manifestations de religiosité chez nos ancêtres à l'époque où ils n'avaient pas encore d'histoire. Il s'est adressé à la psychologie, à la linguistique, à l'archéologie préhistorique, au folklore et à Tethnographie. Les documents réunis dans ces quelques pages sont des plus intéressants et nous montrent l'évolution accomplie dans une science toute, moderne.

Correspondance,

M. Durand-Gréville et M. le docteur Carton écrivent pour poser lear candidature au titre d'associé correspondant national, le premier à Angers, le second à Teboursouk (Algérie). Le Président désigne MM. Bouchot, Molinier et Gagnât pour former la commission chargée de présenter un rapport sur les titres du premier candidat, et, pour ceux du second, MM. Gagnât, l'abbé Duchesne, Prou.

TravoMX.

Le Président souhaite la bienvenue à Mgr le prince Pierre de Saxe-Gobourg qui assiste à la séance.

M. Ulysse Robert, membre résidant, fait la communication suivante :

t Dans le mémoire sur les Signes d'infamie a» moyen 6ge^ que j'ai eu Thonneur de lire, il y a trois ans, j'exprimais, timidement, il est vrai, l'avis que la roue des Juifs pouvait être considérée comme la représentation d'une pièce de monnaie, allusion à Pâpreté des Juifs pour le gain ou au prix de trente deniers que Judas reçut pour livrer le Ghrist, ou encore comme la représentation de l'hostie, signification qu'on lui donnait quand on condamnait à la porter les faiseurs d'incantations ou de maléfices au moyen de l'Eucharistie.

« En Italie, le signe des Juifs était appelé O ou était regardé, semble-t-il, comme le chiffre zéro. Dès le xv« siècle, des esprits curieux eurent l'idée de rechercher quelle signi* fication pouvait avoir la marque des Juifs. Je dois à l'obligeance de M. Delisle la connaissance d'une pièce de vers latins adressée à un certain a Gecilianus i sur cette question. Elle a sans doute pour auteur Jean-Baptiste Guarini, fils du célèbre Guarini de Vérone et lui-même philologue distingué, professeur à l'Université de Ferrare, puis ambassadeur en France. En tout cas, elle se trouve dans ses Carmina^ imprimés à Modène en 1496, au fol. 5 du cahier L (Hain, n« 8127). Selon lui, ce signe a pour but de rappeler aux Juifs qu'ils

sont condamnés aux peines étemelles, ou, le zéro n'ayant aucune yaleur, qu'ils ne sont rien parmi les hommes, ou enfin il y voit une allusion à l'usure que pratiquent les Juifs. Voici d'aUleurs le texte de Guarini :

Ad CecUianum cur Jvkdaei ferani liUeram 0.

Car ferat hebraeas vocalem in pectore quartam

A multis qaaeri, Goecillane, solet.

Addictom aelemis at se craciatibas esse

Gogitety haec secom signa doloris iiabet Aut, quia pro nihilo numeris apponimus iUam,

Inter mortales se sciât esse nihil.

Aat quia Judaeis augentor foenore nammi :

Major ab hac numems nam solet esse nota.

ff Je profite de cette communication pour vous informer que, continuant mes recherches sur les signes d'infamie, j'accueillerais avec reconnaissance les renseignements sur les bourreaux qui étaient, dans certains endroits, obligés d'avoir une robe jaune ou une échelle d'étoffe sur l'épaule ; sur les débiteurs insolvables, qui étaient condamnés à porter un bonnet vert; sur les mendiants à qui on prescrivait d'avoir une marque d'étoffe jaune sur l'épaule. »

M. Durrieu, membre résidant, dépose sur le bureau une miniature, représentant le roi Louis XI, qui appartient à M. Vasset et lui a été communiquée par M. Piet-Latauderie. Suivant lui, cette miniature doit être une reproduction, exécutée vraisemblablement au xvi* siècle, d'un portrait de Louis XI peint par Foucquet, aujourd'hui perdu, et tout à fait analogue comme disposition au portrait de Charles VII possédé par le Musée du Louvre.

M. Molinier, membre résidant, communique une plaquette en bronze récemment acquise par le Musée du Louvre. Cet objet est surmonté d'une pierre antique entourée d'une monture d'orfèvrerie aux armes du cardinal Barbo, pape sous le nom de Paul IL ; il a retrouvé et cite le passage de l'inventaire de la collection de ce pape où est décrit cet intéressant monument.

M. Babeton, membre résidant, fait remarquer qu'âne améthyste gravée, toute eemblable à celle tpie porte cette plaquette, fait partie des collections da Cabinet des médailles ; il est permis de croire qne c'est la propre pierre possédée autrefois par Paul II.

H. l'abbé Bearlier, associe correspondant, communique un fragment de poterie rouge sigillée trouvé en jnin der-

Fragmtnt de poterie reprétenfant une tauromackie.

nier à Orange, derrière le tbéàtre. Ce fragment représente une tauromachie. C'est le premier document relatif aux combats (le taureaux qui ait été trouvé en Gaule. Il doit être ajouté à la série des monuments relatifs à ce genre de combats recueillis par M. l'abbé Beurlier dans son mémoire sur Lei eombala dt teaireaux dam rantiqvilé.

Séance du SO Janvier.

Présidence de M. le comte de Lasteyrxe, président.

Ouvrages offerts :

BuUeHn critique, Xni* année, n» 2. Paris, 1892, in-8*.

— de correspondance hellénigue, XY« année, n^ 1-4. Paris, 1891, in-8*.

— de la Société historique et archéologique du Périgordj t. XVn, 2» livr. Périgueux, 1891, in-8*».

Journal des Savants, nov.-déc. 1891, in-4».

Revue de VArt chrétien, 4« série, t. U, 6' livr. Lille, 1891,

in-4».

Saxe-Gobouro (le prince Pierre de). Monnaies grecques inédites

ou peu connues, Paris, 1891, in-8<>.

Correspondance.

M. Bordeau, présenté par MM. Mûntz et Rey, écrit pour poser sa candidature au titre d'associé correspondant national à Méru (Oise); le Président désigne MM. Babelon, Gagnât et Durrieu pour former la commission chargée de présenter un rapport sur les titres scientifiques du candidat.

Il est donné lecture d'une lettre adressée par l'ambassade d'Espagne, invitant les membres de la Société à se faire représenter au quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique.

Trax>aMX,

Le Président se fait l'interprète de la Compagnie pour exprimer les regrets éprouvés par tous nos confrères en apprenant la mort du comte de Niewerkerke, membre honoraire.

M. Héron de Yillefosse demande la permission d'ajouter quelques mots aux paroles que vient de prononcer M. le Président.

€ En 1854, au moment où le directeur général des Musées

ouvrit les portes du Louvre à la Société des Antiquaires et lui accorda, avec autant de libéralité que de bonne grftce, le logement qu'elle occupe aujourd'hui, au centre même du Palais, au milieu des richesses qui font l'objet ordinaire de ses études, la Société était dans une situation très précaire, par suite du mauvais état de ses affaires. Le comte de Niewerkerke a donc été pour elle un véritable bienfaiteur. Grâce à sa haute bienveillance, la Société put échapper au péril qui la menaçait et, délivrée de tout souci, continuer des travaux qui font sa gloire et qui font honneur au pays.

c n n'y a aucun inconvénient à publier aujourd'hui la correspondance échangée à cette époque entre M. le comte de Niewerkerke et Adrien de Longpérier. Ces lettres, conservées aux archives du Musée, font autant d'honneur à l'un qu'à l'autre de nos regrettés confrères ; elles sont devenues pour notre Société de véritables documents historiques, et c'est à ce titre que M. Héron de Villefosse en demande l'insertion dans notre Bulletin.

« Voici la lettre écrite par A. de Longpérier :

Palais du Loavre, le 2 septembre 1854.

Monsieur le Directeur général,

La Société impériale des Antiquaires de France m'a chargé de vous demander une faveur qui pourrait la sauver du péril où elle se trouve. J'ose espérer que vous voudrez bien écouter avec bienveillance la demande que j'ai l'honneur de vous adresser en son nom.

La Société impériale des Antiquaires de France, fondée en 1805, reconnue par plusieurs ordonnances et décrets, et, en dernier lieu, déclarée établissement d'ulilité publique par décret de l'empereur Napoléon III, est composée de quarante-cinq membres titulaires et de dix membres honoraires. Lors de sa fondation , elle avait été autorisée à se réunir dans le Musée des Petits-Augustins, et cette faculté lui fut laissée jusqu'à la dispersion des collections qui composaient ce Musée. Elle dut alors se procurer un local pour tenir ses séances, et elle y réussit malgré la modicité de ses ressources.

Aujourd'hui cependant, elle se voit privée du local qu'elle occupe depuis trente ans par suite d'arrangements particuliers pris par M. LUerbette, ancien député, propriétaire de ce local. La Société a

en Tain cherché nn âotre emplacement où elle pût tenir ses séances. L'enchérissement des loyers est an obstacle considérable; d'un antre côté, M. le ministre de rinstrnction pnbliqae a progressiTement réduit de 1000 francs à 300 francs l'allocation qu'il accordait à la Société, et cela pour en faire profiter des Sociétés départementales. La Société impériale des Antiquaires de France, qui compte dans son sein huit membres de l'Institut, trois conservateurs du Louvre, nn officier d'ordonnance de l'empereur et d'autres personnes recommandables, qui a publié vingtrsept volumes de mémoires et imprimé on mouvement considérable à Fétude de notre histoire nationale, se voit donc sur le point de célébrer le cinquantième anniversaire de sa fondation par une dissolution totale, tandis que les Sociétés départementales sont en pleine prospérité, grAce aux allocations des conseils généraux, des ministères et à la concession des locaux qui ieor est faite par les villes.

Dans cette conjoncture, la Société impériale des Antiquaires a recours à votre bonté, Monsieur le Directeur général ; elle a pensé qne vous voudriez bien lui permettre de se réunir trois fois par mois, de quatre heures un quart à six heures après midi, dans la bibliothèque du Musée.

La Société des Antiquaires est essentiellement studieuse et calme; ses règlements lui interdisent toute discussion de matières politiques et religieuses ; elle ne se compose que d'antiquaires qui ont pour le Musée le plus grand respect. Jamais elle ne tient de séance publique.

Afin que vous ne puissiez rester étranger aux actes d'une réunion qui se tiendrait dans le Musée, la Société vous décernerait le titre de membre honoraire, ce qui est actuellement facile, puisqu'il y a des vacances. Les membres honoraires ont exactement les mêmes droits que les titulaires, sauf qu'ils sont dispensés de la cotisation. La faveur que la Société sollicite de votre bienveillante protection pour la science et les arts n'est pas sans précédents. Outre qu'ellemême a siégé longtemps au Musée des Petits-Augustins, la Société impériale d'agriculture tient ses séances à lHôtel-de- Ville et la Société des amis des arts au Louvre, la Société de l'histoire de France à la Bibliothèque impériale.

J*ose espérer. Monsieur le Directeur général, que vous ne trouverez pas d'inconvénients à accorder Tautorisation, d'ailleurs essentiellement révocable, que je sollicite au nom de mes confrères. Tous rendrez par là un service très réel à une association érudite qui poursuit, depuis bien des années déjà, l'explication des objets composant précisément les collections que vous administrez.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur général, rexpresaion de mes sentiments dévonés et de ma hante considération.

Adrien db LoNOPiniBE.

c La réponse du directeur général des Musées ne se fit pas attendre. Elle est adressée à « M. Adrien de Longpérier, « conservateur des antiques au Musée du Louvre, président « de la Société des Antiquaires de France. •

9 septembre 1854.

Monsieur,

J'offre avec le plus grand plaisir Thospitalité à la Société impériale des Antiquaires de France et je l'autorise à tenir ses séances dans la bibliothèque du Musée du Louvre.

J'accepte aussi avec empressement le titre de membre honoraire que la Société veut bien me décerner.

Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération bien distinguée.

le Directeur général des Muséet impériaux, ifUendaiU des Beaux-Arit de ia maiton de Sa Majesté,

« A la suite de cet échange de lettres, la Société des Antiquaires s'installa au Louvre, où le directeur général mit une salie spéciale à sa disposition; la Société y transporta sa bibliothèque et ses collections. Cette salie, placée entre le cabinet de l'archiviste et le logement de l'agent comptable, fut occupée par la Société jusqu'en 1875. A cette époque, l'Administration des Musées la reprit pour agrandir le local devenu trop exigu de la bibliothèque du Musée; elle donna en échange à ia Société des Antiquaires les trois pièces en possession desquelles elle est encore aujourd'hui.

« Le 29 décembre 1865, le général Greuly, président de ia Société, s'étant adressé de nouveau à M. de Niewerkerke pour obtenir l'autorisation de réunir plus fréquemment les membres de la Société, reçut la réponse suivante :

Paris, le 3 janvier 1866.

Monsieur le Président,

C'est avec empressement que je saisis l'occasion que vous m'offrez dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le

29 décembre, de donner une noayelle preuve de nos sympathies à la Société impériale des Antiquaires de France, ponr laquelle je professe la plus haute estime, en continuant à mettre à sa disposition la salle de ses réunions. Je tous prie d'être bien persuadé de la sincérité des regrets que j'éprouve de ne pouvoir m'assoder à ses travaux à cause de mes trop nombreuses occupations. Agréez, etc.

Le Sénateur^ iurvniendant des BeatiX'Arts,

Nnwn&KBBKB.

« Ces lettres n'ont pas besoin de commentaires. Elles expliquent pourquoi la Société accorda à M. le comte de Niewerkerke le titre de membre honoraire, quoiqu*il n'ait jamais pris part à ses travaux. CTétait pour acquitter une dette de reconnaissance envers le fonctionnaire généreux et bienveillant qui lui avait donné asile au Louvre et qui, en la faisant profiter des avantages matériels de l'administration à la tête de laquelle il était placé, l'avait mise à l'abri des difficultés pécuniaires qui avaient entravé un moment son développement, sa vie et ses études. »

M. G. Bapst, membre résidant, présente la reproduction des bustes et statues du grand Gondé. Toutes ces statues sont l'œuvre de Goyzevox, et l'un des bustes, conservé dans la bibliothèque de Gbantilly, fait d'après nature, reproduit exactement les traits du vainqueur de Hocroi.

M. de Montaiglon, membre résidant, rappelle à cette occasion le ravissant petit portrait de Gondé conservé au Musée d'Anvers.

M. Molinier, membre résidant, présente le moulage d'une améthyste gravée, possédée par le Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale ; c*est l'original de la pierre qui a servi à la fabrication d'une plaquette en bronze, aux armes du pape Paul II, dont il a entretenu la Compagnie à la séance précédente.

Séanoe du 27 Janvier.

Présidence de M. le comte db Lasteybie, président

Ouvrages offerts :

American hiatorical (USocicUion^ annuai report for the y car

4889. Washington, 4890, in-8o.

Bulletin de la Société dunoise^ ïi? 94, janvier 4892. Gbàteau-

dun, in-8'.

— delà Société archéologique d'Eure-et-Loir ^ n» 497. Chartres, 4892, in-8o.

— delà Diana^ t. VI, n- 4. Montbrison, 4892, in-8". Comité d^histoire vosgienne^ par J.-G. Ghapeliier, P. Ghe-

vreux et G. Gley, t. X. Paris, 4894, in-8% V Intermédiaire^ 40 janvier 4892, in-8®.

Viestnik krvatskoga arkeologiikoga Druitva^ t. XIV, 4^' fasc. DuRRiEU (Paul). Un quarante-quatrième fragment des Heures

de maître Etienne Chevalier, Paris, 4894, in-8<^. Geymûller (H. de). Trois albums de dessins de fra Giocondo.

Rome, 4894, in.8*.

— The school of Bramante, Londres, 4894, in-4'. Janssens (comte G. de). Etienne de Cloyes et les croisades

d'enfants au XIII* siècle,

M. Prou, membre résidant, offre, de La part de M. le comte G. de Janssens, un mémoire intitulé : Etienne de Cloyes et les croisades d* enfants au XIII* siècle. L'auteur y distingue nettement les deux croisades d'enfants qui eurent lieu en 4212 : Tune, française, à Tinstigation et sous la conduite d'Etienne de Gloyes; l'autre, allemande, à l'instigation et soils la conduite de Nicolas de Gologne.

MM. de Geymûller, associé correspondant étranger, et P. Durrieu, membre résidant, font hommage de leurs mémoires ci-dessus désignés.

Travaux.

M. Ulysse Robert, membre résidant, fait la communication suivante :

« La bibliothèque de la ville d'Aix possède, sous la cote H. a. 74 (22 du nouveau catalogue), un magnifique manuscrit, connu généralement sous le nom de Livre éP heures de la reine Yolande; il passe pour avoir été écrit pour cette princesse, femme de Louis U, roi de Naples et comte de Provence, qui vivait à la fin du xrv* siècle et au commencement du XV*.* On en a attribué l'exécution à un religieux de Lérins, dénommé le Monge des Iles d'or.

c Mon collaborateur, M. l'abbé Âlbanès, dans la notice qu'il consacre à ce manuscrit, dans son Catalogue d'Aix, en ce moment sous presse, démontre que tout ce que Ton a écrit jusqu'à ce jour sur ce précieux volume est faux. D^abord, les saints particuliers au Midi n'y figurent pas; dans le calendrier, les noms que l'on y remarque appartiennent à la région parisienne, au nord et à l'ouest-centre de la France. C'est une preuve absolument certaine que le manuscrit n'a pas une origine méridionale. De plus, les costumes des personnages représentés, notamment les coiffures à pain de sucre et les grands turbans, n'ont également rien de provençal. Le volume est postérieur à la reine Yolande, puisqu'il est de la deuxième moitié du xv« siècle; enfin, il est maintenant reconnu que le Monge des Iles d'or est un personnage légendaire, qui n'a jamais existé.

« Ce qui fait l'intérêt de ce volume,' c'est son ornementation magnifique. Il renferme douze grandes miniatures; deux autres ont été enlevées; d'autre part, il contient d'assez nombreux petits sujets décoratifs.

c Si nous savons qu'il n'a pas été exécuté pour la reine Yolande, nous ignorons malheureusement qui représente, à la page 309, la dame agenouillée devant la Vierge et lui adressant, suppliante, la prière que l'on peut lire en lettres d'or : c O mater Dei, mémento mei. » Le même portrait se retrouve dans plusieurs des autres miniatures.

« M. l'abbé Albanès a découvert le nom du peintre à qui

l'on doit ce8 miniatures. A la page 309 , dans un coin de gauche, aux pieds de la Vierge, est une inscription en lettres d'or, mais en caractères si fins que jusqu'ici personne n'y avait £ut attention. Cette inscription porte les mots : T. Hugo» met m« p[inxii],

€ Ce livre d'heures a appartenu au commandeur de Panisse, au cardinal Grimaldi, archevêque d'Aix, au grand séminaire d'Aix, au président Fauris de Saint- Vincens et enfin à Mgr Rey, évoque de Dijon, ancien chanoine d'Aix, qui l'a légué, avec d'autres manuscrits, à la bibliothèque Méjanes, dont il est un des joyaux. >

M. Durrieu, membre résidant, fait observer, à propos de la communication de M. Robert, que lui-même a relevé, dès 1888, la présence de la signature du miniaturiste Hugonnet sur le manuscrit d'Aix. Il en a publié la teneur dans une note de son travail sur Alexandre Bening, communiqué à la Société des Antiquaires en juillet 1890 et publié dans la Gaxetie des beauX'<Nrti de 1891.

M. Kirpitchnikov, professeur à l'Université d'Odessa, présenté à la séance par MM. de Barthélémy et le baron de Baye, expose en ces termes le plan d'un ouvrage qu'il prépare sur l'iconographie de la Vierge :

« M. le Président veut bien me donner la parole pour exposer en quelques mots, suivant le bienveillant avis de M. le baron de Baye, le but des recherches que je poursuis depuis quelques mois dans les bibliothèques et musées de Paris. C'est un grand honneur pour moi de parler devant la Société des Antiquaires de France, et j'en suis particulièrement flatté ; mais, comme il n'y a pas longtemps que je suis à Paris, je vous prierai, messieurs, d'excuser ma mauvaise prononciation et mes fautes de langue. Tout ce que je désire c'est d'être compris de vous.

c II y a déjà à peu près dix ans que j'ai entrepris un travail sur la légende de la sainte Vierge dans l'art et dans la poésie. En le commençant, je savais bien que le sujet est inépuisable. Mais, comme je voulais seulement m'occuper de la légende proprement dite et de l'époque où elle a pu se

modifier d'après les lois de la poésie populaire, c'est-à-dire comme j'excluais de mon travail le culte de la sainte Vierge et ne voulais, ni en Occident ni en Orient, dépasser le moyen âge, j'espérais obtenir quelques résultats positifs, après deux ou trois années de travail, en examinant les manuscrits et les collections d'images russes et grecques. Pour les manuscrits et les objets conservés dans les Musées de Paris et des autres grandes villes de l'Europe occidentale, j'espérais trouver les résultats solides et incontestables dans les travaux de mes nombreux prédécesseurs, dont je devais seulement suivre la méthode le plus consciencieusement possible. Mais bientôt je fus convaincu que, quoique ces auteurs n'aient pas épargné leur peine, ils n'ont fait que très peu en comparaison de rimmensité du sujet. Ils ont plutôt effleuré qu'épuisé les diverses questions. Â peine l'un d'eux avait-il recueilli quelques douzaines de faits qu'il se croyait en droit de tirer les conclusions générales. Celui qui venait après, s'il réunissait de son côté quelques faits nouveaux, corrigeait en bonne conscience le premier, sans penser que bientôt viendrait un troisième travailleur avec d'autres faits incontestables, dont les conséquences seraient tout à fait différentes. C'était le labeur de Sisyphe, avec cette différence que la pierre resterait chaque fois plus près du pied de la montagne. En tout cas, le sommet de la montagne restait toujours inaccessible. Ainsi, pour parvenir à quelques conclusions plus certaines, il me fallait commencer par des recherches dans les bibliothèques de l'Occident, c'est ce que j'ai fait à Vienne, à Venise et ici même à Paris. Je n'ose espérer être plus heureux que mes prédécesseurs, beaucoup plus savants que moi ; mais, en ma qualité de travailleur russe, pouvant unir les résultats trouvés par les savants d'Orient à ceux des archéologues occidentaux, je ne désespère pas, à mon tour, d'amener la pierre au moins un peu plus près du pied de la montagne. Et peut-être arriverai-je à quelques aperçus généraux utiles aux historiens de la civilisation du moyen âge. « Voici, en deux mots, le plan de mon travail : « Je voudrais montrer d'abord que la légende de la sainte Vierge, aux trois premiers siècles du christianisme, n'était

pas encore formée, quoique quelques éléments vagues existassent dans les traditions populaires.

c La révolution la plus grande qu'avait vue le monde, — l'abolition du paganisme, — en transformant les principes et les croyances d'upe petite société d'idéalistes en un système religieux qui convînt à la foule, a créé le culte et formé la légende de la sainte Vierge.

< Cette légende, qui devint dès ce moment un facteur du culte, fut d'abord plutôt tolérée qu'acceptée et a suscité souvent une opposition assez grave. Cette opposition vaincue après le concile d'Ëphèse, la légende apparaît tout armée, comme Minerve sortant de la tète de Jupiter, bien appliquée aux lacunes de la sainte Écriture et prête à combattre chaque résistance des théologiens.

t Getto légende a trouvé un puissant appui dans l'iconographie, qui jouait alors un rôle beaucoup plus important que plus tard et qui, comme dans l'antiquité, créait les croyances. Les théologiens n'osaient pas et ne voulaient pas porter leur main sur la légende et tâchaient seulement de la concilier avec le dogme, en substituant leurs idées aux croyances naïves du peuple.

<K Tout cela avait lieu dans l'empire d'Orient. L'Occident, ravagé par les barbares, ne prit aucune part dans la formation de la légende : il accepta docilement tout ce que lui donna l'Orient. C'est seulement à l'époque des iconoclastes que l'Occident dit son propre mot, et, dès ce moment, dans la légende de la sainte Vierge, comme dans beaucoup d'autres sujets, on aperçoit deux courants d'idées, qui tantôt sont parallèles, tantôt s'entrecroisent et coulent quelque temps ensemble pour se diviser de nouveau.

« Ces idées se reflètent également dans les monuments littéraires et dans ceux de l'art.

c Je suis venu ici dans l'espoir de rencontrer quelque nouvelle rédaction de la légende de la vie de la sainte Viei^e, surtout dans la célèbre collection des manuscrits grecs de Paris, et de trouver beaucoup de documents nouveaux dans les manuscrits à peintures.

« Quant aux textes grecs, je n'y ai trouvé rien de remar-

quable. Je fus plus heureux pour les remaniements poétiques latins et anciens français. Mais, en ce qui concerne les manuscrits à peintures, je suis très content de mon séjour à Paris.

« Les miniatures qui représentent les sujets de certaines fêtes ont pour moi une très grande importance, et l'histoire de ces sujets fournit, pour mes recherches, les documents les plus solides. Ce sont les fêtes suivantes :

c La Conception de la sainte Vierge.

c La Nativité.

c La Présentation.

t L'Annonciation.

c La Visitation.

t La Naissance de Jésus-Christ.

c L'Adoration des Mages.

€ La Fuite en Egypte.

« L'Ascension.

« La Pentecôte.

c L'Assomption.

a Tout le monde sait que la Conception, la Nativité de la Vierge, sa Présentation au Temple et l'Assomption ne sont connues que d'après les apocryphes.

a Ainsi, pour ces sujets, je n'ai qu'à étudier les sources littéraires et les remaniements que les traditions primitives ont subis à travers les âges. Outre celc^ dans l'histoire des mêmes sujets, on peut faire quelques observations intéressantes sur l'influence mutuelle de l'art et de la poésie (quelquefois un trait, qui n'existe pas dans la source littéraire et apparaît d'abord dans la peinture comme un détail artistique ou plutôt archéologique, s'introduit dans les rédactions poétiques postérieures et vice versa),

c Quant à l'Annonciation, la Naissance de Jésus-Christ, l'Adoration des Mages et la Fuite en Egypte, nous avons ici deux traditions parallèles : la tradition évangélique et la tradition apocryphe, qui luttent entre elles pendant des siècles, en Orient comme en Occident. La différence de traitement de ces sujets est très intéressante à observer, et les résultats en sont si abondants qu'on peut écrire une histoire parai-

lèle de l'art chrétien en Orient et en Occident, en ne parlant que des diverses façons de représenter la Naissance de Notre- Seignenr.

« Cette histoire de l'art sera en même temps une page de l'histoire dn développement de l'esprit humain, car ce symbolisme, c'est-à-dire la philosophie populaire du moyen âge y jouait un rôle très important.

c L'Assomption et la Pentecôte m'inspirent un intérêt tout à fait spécial. On sait que, dans les anciennes représentations de ces fêtes, la sainte Vierge ne prenait aucune part. Elle s'introduit peu à peu avec le développement de son culte, et, avec le temps, on la voit devenir le centre de la composition. Mais ce fait, bien certain, doit être limité et corrigé par des circonstances complexes. Je n'en citerai qu'une seule : l'Église orientale, dans son esprit conservateur, a retenu pour l'Ascension une forme comparativement antique, d'après laquelle la sainte Vierge se trouve au milieu des apôtres, dans la posture d'une arante et ne regardant pas son fils divin qui la quitte pour toujours.

< Malgré l'inscription MP OV, je suis sûr que primitivement ce n'était pas la sainte Vierge, mais l'Ëglise triomphante qui était ainsi figurée. La position de Jésus-Christ, — il est assis sur un trône, — et la présence de saint Paul, qui se rencontre aussi en Occident, jusqu'au xrv« siède, en sont pour moi des preuves incontestables.

a J'ai mentionné tout à l'heure Vesprit conservateur de l'Orient, mais l'étude de chacun de ces sujets montre que cette expression ne peut être admise que dans certaines limites. Du commencement du vm* siècle jusqu'à la fin du xii«, c'est rOccident, qui, privé de la riche imagination de l'Orient et de la finesse de son esprit, mais doué, en revanche, d'une plus grande dose de bon sens, était conservateur et, si on peut le dire, modérateur de la légende : il choisit toujours les formes les plus simples et rejette souvent les détails jusque-là les plus usités. C'est seulement au xm« siècle, précisément quand le développement de l'esprit byzantin fut arrêté, que l'art et la poésie religieuse occidentale commencent leur longue et brillante carrière.

t Dès cette époque, l'iconographie occidentale dépasse souvent les limites posées par la tradition et développe des sujets nouveaux, comme le couronnement de la sainte Vierge, par exemple, qui, plus tard, pénètrent dans l'iconographie orientale.

c L'histoire de chacun de ces sujets montre aussi jusqu'à quel degré les traditions orientales et occidentales sont liées étroitement à toutes les époques : plusieurs détails dans chaque domaine restent tout à fait incompréhensibles sans des recherches dans le domaine voisin.

« Il y a déjà quelques années que je suis arrivé à la conclusion bien triste de ne pouvoir obtenir de résultats positifs pour beaucoup de questions qui concernent mon sujet, d'autant plus que, d'après ma conviction, dans l'histoire des traditions chrétiennes des temps reculés, on ne peut rien faire sans être versé dans les langues orientales ; et ce n'est pas mon cas.

« Mais pourtant j'ose espérer que mon travail ne sera pas tout à fait inutile ; qu'il pourra être une collection de matériaux, de faits et qu'il pourra épargner beaucoup de temps et de peine aux savants qui seront plus capables de résoudre ces importantes questions.

« D suffira, par exemple, pour se rendre compte de la difficulté et de l'immense étendue de ce travail préliminaire, de dire que, pour la seale représentation de la Naissance de Notre-Seigneur, j'ai dû prendre les descriptions de plus de douze cents miniatures et images et les comparer entre elles.

« Ce n'est que la taille des pierres, si on peut le dire, mais c'est indispensable pour que plus tard un architecte habile puisse construire l'édifice solide.

c Si je suis maintenant plus proche de mon but modeste, j'en suis obligé tout d'abord à la bienveillante amabilité des savants français et particulièrement à MM. les conservateurs des manuscrits et des estampes de la Bibliothèque nationale. »

M. Vauvillé, associé correspondant national, présente une monnaie en bronze de Aemonia de Phrygie, à l'effigie de Poppée.

M. Babelon, membre résidant, fait remarquer qu'au revers on Ht le nom de cette ville et la mention de deux personnages : un homme, Servilius Gapito, et une femme, Julia Severa. Cette pièce est doublement intéressante parce qu'elle donne l'efBgie très rare de Poppée, femme de Néron, et parce qu'elle porte le nom d'une femme sans que l'on puisse deviner à quel titre cette femme figure sur les monnaies de la ville.

M. de Laigue, associé correspondant national à Cadix, lit une note dans laquelle il résume les derniers résultats des fouilles opérées aux portes de Cadix, sur l'emplacement de la nécropole phénicienne :

< i<> Les découvertes continuent. — Aux dernières dates, on a mis à jour neuf nouveaux fours à cercueils mitoyens, tous parallèles , orientés invariablement de l'est à l'ouest et enfouis sous cinq mètres de terrain vierge.

c 2<» Les mesures d'ensemble, l'appareil et la construction générale sont identiques à ceux du loculus qui renfermait le sarcophage anthropoïde en marbre ^

• 3<» Les objets constituant le mobilier funéraire, et entre autres une statuette d'Osiris, sur laquelle M. Babelon a lu une communication de M. de Laigue^, sont d'origine égyptienne, comme on Ta constaté notamment en Phénicie, en Sicile, etc.'.

c 4« Vu la pénurie, en Espagne, des vestiges de la domination phénicienne, les autorités espagnoles ont saisi le gouvernement d'un projet tendant à faire maintenir sur place et déclarer monument national la nécropole phénico-gaditane. »

M. CoUignon, membre résidant, présente quelques observations sur l'intérêt des trouvailles faites dans les nécropoles

t. Voir Bulletin de la Sociélé, 1890, 2* fascicule; l'IUusiraUon (lu 24 octobre 1891, n» 2639, et le National do 5 novembre 1891. — On cite pour mémoire les nombreux articles parus dans la presse ffaiiitane

Page 1