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C'estrà-dire un disque rond portant une figure de lion

26 LES NOTES POUR L'eNLUMINEUE

qui [sic]. Et le riche au disner, et le ladre à la porte, et le riche qui demande la goûte d*yaue^ Et dessus doit avoir une dame en estant sus un lyon qui tient un oisel et a nom Sobriété. Et devant la dame doit avoir un homme en séant à une table, qui a nom Gloutrenie, et gete par la gueule. Et, dessoubz la dame, doit avoir un homme en séant qui taille son pain par mesure. Et, dessous Gloulrenie, doit avoir .j. homme et une famé séant à la table. Et fet la famé semblant de doner aumosne au ladre. Et Tomme deffant à son escuier qu'il ne le wist point, et le fet chacier hors; et 11 chien le chascent et li lèchent les pies (fol. 453)^

Dans tous les exemples cités jusqu'ici, les notes pour Fenlumineur s'appliquent à la description du sujet à traiter. Il peut arriver qu'elles répondent à un autre ordre de préoccupations. Dans ce genre, la plus intéressante nous est fournie par le ms. français 823 de la Bibl. nat., le Pèlerinage de la vie humaine y achevé de copier le 29 avril 1393 par l'excellent calligraphe Oudin de Carvanay. A un endroit (fol. 18 v®), Oudin de Carvanay a voulu réserver une place blanche dans le texte; et,

i . Ce début fait double emploi avec ce qui suit. D'autre part, la première phrase s'arrête inachevée, et la seconde mentionne un détail : le riche qui demande la goutte d*eau, qui ne se trouve pas dans la miniature correspondante. Nous prenons ici sur le fait une copie inintelligente et trop servile d'une note où il y avait évidemment des repentirs de rédaction, comme nous en avons signalé des exemples.

2. Des notes analogues, copiées en place de rubriques, se trouvent encore aux fol. 86, 94 v», i08, ii2, 124 v® et 133 vo du manuscrit. — Cf., dans le ms. français 958, fol. 4, 6, 41, 44, 53 vo, 57, 60 v« et 66 v».

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comme celle-ci aurait pu paraître à l'enlumineur destinée à recevoir une image, il a averti celui-ci par cette note en marge : < Remiet, ne faites rien cy; car je y ferai une figure qui y doit estre*. »

Nous savons donc par là que Tenlumineur du manuscrit s'appelait Remiet. Et, en effet, dans plusieurs documents d'archives de la même époque, on retrouve ce Remiet ou Pierre Remiet, mentionné comme un miniaturiste en vogue, appelé notamment en 1396 à travailler pour le duc Louis d'Orléans, frère de Charles VF.

D'autres fois, à défaut du nom, les notes nous donnent une indication sur la nationalité de l'enlumineur. La bibliothèque de l'Arsenal possède un très bel exemplaire de la traduction française du Décaméron de Boccace provenant de la collection des ducs de Bourgogne (n"* 5070). Cette copie a été exécutée à Grammont, en Belgique, par ce Guillebert de Metz auquel nous devons aussi une si précieuse description de Paris sous Charles YL Parmi les nombreuses miniatures qui Tiliustrent,

i . Cette note a été relevée par M. Delîsle, Le Cabinet des manuscrits, 1. 1, p. 37.

2. Ce même Remiet paraît aussi être Tauteur des illustrations d'un exemplaire du Dit du lion, passé de la collection Uamilton au Cabinet des estampes du Musée de Berlin, où Ton trouve également des vestiges des notes pour l'enlumineur. — Voir P. Durrieu, Notes sur quelques manuscrits fran» çais ou d'origine française conservés dans des bibliothèques d'Allemagne (extrait de la Bibl. de VÉcole des chartes, année 1892), p. 42.

28 LES NOTES POUR l'bNLUHINEUR

une partie sont marquées d'un caractère local très accentué. Leur apparence semble permettre à elle seule d'affirmer qu'elles doivent être l'œuvre d'un enlumineur purement flamand de naissance et d'éducation. Or, au bas de quelques-uns des feuillets portant les miniatures en question, les notes pour l'enlumineur ont échappé au grattage général opéré partout ailleurs ; et ces notes se trouvent être précisément rédigées en flamand S tandis qu'il n'y a pas un seul mot de cette langue dans le reste du manuscrit. Ainsi les notes pour l'enlumineur peuvent apporter leur secours à l'histoire de l'art. Elles viennent garantir l'exactitude d'inductions suggérées d'abord par l'examen critique du style des peintures^.

Ce qui fait l'objet de notre étude ce sont, à proprement parler, ces notes ainsi mises à l'avance pour guider le miniaturiste dans son travail. En terminant, nous dirons encore un mot d'autres notes qui étaient, au contraire, inscrites après coup, mais qui se rapportent toujours à l'opération de l'enluminure du volume.

L'œuvre terminée, il restait à solder le salaire

1. Par exemple : .j. man enn .j. wijf, .j* ™^^ ^^^ •]• ^U^ staende neven .j. rivière (deux couples, Tun derrière l'autre, se promenant au bord d'une rivière), etc.

2. Une observation analogue peut être faite sur le ms. latin 3313 a. de la Bibl. nat. Dans ce volume, exécuté vers 1349 dans le midi de la France, tandis que le texte est en provençal, entremêlé de latin, les notes pour l'enlumineur sont rédigées en français du nord (langue d'oïl).

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de l'artiste. En règle générale» Tenlumineur était payé à la tâche. Les miniatures et les grandes lettrines lui étaient comptées à la pièce, suivant un tarif convenu ; les lettres moins importantes et les ornements de toute nature, — les « versets, » les < interUgnaires, > les c paragraphes, > — à la douzaine ou à la centaine. II y avait donc un décompte à faire en faveur de l'exécutant. Dans certains manuscrits, ce calcul ou l'indication des prix ont été portés par écrit sur le volume même, soit en cours d'exécution, par exemple au bout d'un cahier, soit tout à fait à la fin :

Une ystore (miniature) : x s[ous]. — v«xliij lettres, le c[ent] yj s. : valant xixij s. vj d. — cl entrelinares : xviij d. — Somme : xliiij s. (ms. latin 4040 de la Bibl. nat., fol. 440 v®).

Precium litterarum cum flguris : j grossus. — Preeium lilterarum sine flguris : xviij denarii. Precium litterarum que dicuntur champide : viij denarii pro pecia, etc.^

Quelquefois le décompte est complété par l'acquit du miniaturiste reconnaissant avoir reçu son dû :

Ego frater Sancius Gonterii habui pro illuminatura hujus libri a Johanne Reginaldi xvij florinos vij solidos ^.

Dans un autre manuscrit, au cours du volume :

iîj« et vj lettres et xxiij*^ versés. — (A cùté^ d'une écri-

1. Pour ce dernier exemple et pour d'autres du même genre, tirés des mss. latins 968 et 5126 de la Bibl. nat., voir Delisle, Le Cabinet des manuscrits, 1. 1, p. 490-494.

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