Voici la reproduction de cette note in extenso
f Le citoyen Du Theil nous a communiqué une notice de quelques objets d'antiquité récemment trouvés à deux cents pas de la petite ville d'Azay-le-Nideau {sic), au midi, sur 1^ rive gauche de l'Indre. Celte notice lui a été adressée par le cit. Biencourt.
f Des ouvriers ont découvert, en construisant des fossés, un cercueil où reposait un jeune enrant. On a jugé de son Age par ses dents, par les dimensions de son crâne et par quelques-unes de ses cétes. Le temps avait si fort altéré tout le reste qu'à l'ouverture l'action de l'air et le toucher l'ont fait tomber en poussière. A côté de ce petit corps on a trouvé les objets suivants :
f 1* Deux poignards, l'un en fer, l'autre en ivoire^ à moitié dissous.
c 2* Une bulle d'or, imitant le gland du chêne, signe que portaient les enfants de famille patricienne.
f 3* Une petite bague de jaspe montée en or, sur laquelle l'artiste a gravé deux figures voilées.
c 4* Une bague toute en cristal de roche. On y a gravé deux béliers attachés à un char; un petit amour, debout sur le char, les presse de toute sa force et les fait aller A toutes jambes. L'artiste a mis dans cette esquisse beaucoup de grAce et d'esprit.
f 5* Une bague en cristal, imitant un rang de perles, surmontée d'une coquille.
c 6* Un prisme A vingt pans, en cristal de roche, très r^ulièrement taillé.
c 7* Quatre urnes lacrymatoires en verre.
f 8* Plusieurs figures sculptées en ivoire et presque décomposées.
« 9* Un jeune amour, également en ivoire, assez bien conservé.
f Le même tombeau recelait différents ouvrages composés de substances résineuses. Le temps semble les avoir respectés :
« l"» Une lionne tenant sous ses griffes un chien dont elle dévore le crâne.
« 2* Une autre sculpture, représentant un char traîné par un vieux bouc. Un petit amour, monté sur ce bouc, lui fait signe d'avancer
c Ea 1827, le ]> W. Dorow publia, sur cette même trouvaille, dans Touvrage intitulé : Sammîung denUcher und rômischer Alterthûmer^ un article dont le titre est : Bômùcher Grab in Axébndé an der Loire (sic), article accompagné de deux planches. Il y décrivait, sous seize numéros, les antiquités retrouvées dans le tombeau de la Remonnière.
c Enfin, dans V Album de V Exposition rélrospecti&e de Tonrs^ publié en janvier 4891 sous les auspices de la Société arckéo" logique de Touraine^ notre confrère M. Palustre a fait figurer aux pages 3 et 4, et sur une des planches, les deux plus curieux parmi ces objets, le char en ambre et l'intaille en cristal de roche, qui avaient été exposés par ses soins à Tours Tannée précédente.
« Les objets contenus dans la tombe de la Remonnière étaient fort nombreux. En voici, à peu près, la liste telle que j'ai pu la reconstruire, grâce aux notes de M. Palustre. Les plus curieux m'ont été confiés par le marquis de Biencourt. Un certain nombre ont disparu, qui figurent dans les descriptions anciennes dont j'ai parlé plus haut.
c lo Sujet allégorique, principale curiosité de cette trouvaille, bas-relief en ambre jaune ou succin (époque romaine). Un homme vêtu, porteur d'un flacon, et une femme nue, qui tient un canthare, sont tous deux montés sur un chaf à quatre roues que traîne une chèvre conduite par l'Amour. La tète de l'homme a été refaite en cire. Il y a plusieurs autres petites restaurations. De la main gauche, l'homme tient un objet brisé dont je n'ai pu déterminer la nature, mais qui ne parait pas être un phallus, comme l'ont pensé Dorow et Palustre. L'extrémité brisée s'appuie sur l'épaule de la femme
et le menace d'an fouet qn'il tient à la main. Sar le devant du char on voit une ienne femme assise et sans vêtements. Sar le derrière est assis un homme ^é et vêtu d'une longue robe. Ce morcean est plein d'expression.
c 3* Une conpe en argent dont le fond est oxydé ; des anneaux et des broches de métal, où sont enfilés des parfums résineux.
c La description de ces divers objets ne peot qa'intéresser les savants et les artistes. Le citoven Biencourt s'est empressé de la leur transmettre. Les uns et les antres lui en ont marqué leur reconnaissaace par l'organe du cit. Du Theil. »
(cité par Gbalmel, par Du Theil, n® 2, par Oorow, n® 10, reproduit sur sa pi. XVII, fig. i).
c 2» Anneau votif en cristal de roche; le sujet gravé représente Diane tauropole, un fouet à la main, debout sur un char traîné par deux taureaux qu'elle dirige avec des rênes. Un croissant est sur sa tête. Elle est vêtue d'une longue robe et d'une écharpe flottante. Cette Séléné tauropole figure sur divers monuments ; je rappellerai seulement Tivoire de Sens et un bas-relief du Louvre qui m'a été indiqué par mon confrère M. Héron de Villefosse et qui est gravé dans les Annali (cité par Gbalmel, par Du Theil, n® 4, par Dorow, u? i6, pi. XVIII, 2, par M. Bunnel-Lewi», qui a étudié récemment cette intaille dans VArcheologicaiJoumaljYol. XLV, p. 227).
« 3<> Anneau votif en succin, avec chaton circulaire en verre décoloré. L'anneau est formé de deux rameaux de vigne en relief entrelacés, supportant deux enfants et deux lièvres (Dorow, n* 12, pi. XVm, 4, 5, 6).
« A^ Breloque ou bulle en or d'un travail très fin, en forme de gland de chêne, avec sa cupule et son anneau de suspension. La cupule se détache et il reste un petit seau avec son anse (cité par Gbalmel, par Du Theil, par Dorow, n* 14).
c b^ Anneau votif en cristal de roche, formé de cinq boules d'inégale grandeur soudées ensemble, dont deux plus grandes, creusées de trois cupules, dont une qiédiane radiée, de deux moindres et d'une médiane plus petite. Ges trois dernières boules sont creusées chacune de trois cupules simples. Un chaton en forme de coquille est peut-être vide de la pierre ou de la perle de verre qu'il enchâssait (cité par Du Theil, n* 5, par Dorow, n« 13, pi. XVn, 4).
c 6^ Très petite bague d*or votive, avec pierre verte, sur laquelle est gravé un personnage debout marchant (cité par Dorow, n* 15, pi. XVIII, 7).
c 7* Un icoscMre ou prisme à vingt pans, en cristal de roche, très régulièrement taillé (cité par Du Theil, n* 6, par Dorow, n- 13, pi. XVII, 3).
c 8» Deux amours en ivoire, dont un mutilé des deux bras (cités par Gbalmel, par Du Theil, n^ 9 et 10, par Dorow, n* 11, pi. XVm, 1 à 8).
f 9® Une petite bagae de jaspe, montée en or, avec deux figures voilées (citée par Du Theil, n* 3).
a {Qo Un fer de lance ou plutôt un poignard (cité par Gfaalmel, par Du Theil, par Dorow, n* 3).
« 1i<» Un second poignard à poignée en ivoire (Du Theil, Dorow, n» 4).
« i2<* Les débris d'un animal en ambre, peut-être une lionne (Du Theil dit qu'elle tient sous ses griffes un chien dont elle dévore le cr&ne).
« 13o Une petite coupe en argent (Du Theil).
« 14<> Des anneaux et des broches de bronze et de fer (Du Theil, Dorow, n^ 6).
c 15o Divers débris de parures en ambre.
« 1 6<> Divers vases de verre, dont un en forme de datte sèche ; des lacrymatoires, etc.; des fragments de verre rosé; un collier de verroterie bleue (Ghalmel, Dorow, n^* 7 et 13,
pi. xvn, 5).
« \1^ Une épingle à cheveux, de bronze, avec perles d'ambre mobiles (Dorow, n« 9, pi. XVHI, 3).
c iS^ La bordure d'un miroir en métal (Ghalmel, qui le prend pour un serpent en fer figurant l'éternité, Dorow, n* 8}.
c 19^ Des pots de fard.
« 20« Une pointe de flèche de fer (Dorow, n» 5).
« 21» Un vase de terre (Ghalmel, Dorow, n» 1, pi. XVn, 2).
c 22<» Une lampe en terre sigillée; le réservoir à découvert; queue terminée en forme de fleur de lis (Dorow, n» 2).
« Une tête romaine, trouvée à Azay, est également conservée au château du marquis de Biencourt. J'ignore si elle a été trouvée en même temps que les objets du tombeau de la Remonnière. >
M. Omont, membre résidant, communique un passage d'un Mémoire de M. de Maillet, consul de France au Gaire, qui, en 1698, proposait au ministre de faire transporter d'Alexandrie à Paris la colonne dite de Pompée, en haut de laquelle on aurait élevé une statue à Louis XIV.
M. Durand-Gréville, associé correspondant national, présente plusieurs fragments de vases des styles primitifs et à
figares noires. Chaque fragment a été divisé en deux parties, Tune restée comme témoin, l'autre chauffée à 700 ou 800 degrés en présence de l'air. Dans la partie témoin, la couleur du décor était noire ; dans celle qui a été calcinée, le décor a passé au brun-rouge et au rouge plus ou moins jaunâtre. Gela provient de ce que les couleurs employées par les Grecs, pour le noir et le rouge, du zx« au v* siècle environ, étaient exclusivement formées de minerai de fer. Ce résultat n'est, d'ailleurs, que la confirmation, rendue visible aux yeux, de nombreuses analyses chimiques ^tes par M. Durand- Gréville sur le noir et le rouge des vases grecs de cette période.
Sans prétendre rien changer aux grandes lignes de la classification des vases grecs, M. Durand-Gréville pense qu*il &ut accepter avec méGance les soas-groupes fondés sur l'existence du rouge et du jaune prépondérants dans certains vases, la plupart de ces rouges et, encore davantage, de ces jaunes, étant des transformations accidentelles d'un noir pri* mitif.
Quelques archéologues avaient constaté ces transformations, mais seulement dans un petit nombre de cas ; ils les avaient attribuées à un « coup de feu i trop fort dans le four. M. Durand-Gréville pense que cette explication est en désaccord avec la proportion (90 «/o au moins) des vases dont le décor a souffert, et qu'elle supposerait chez les potiers grecs une grande maladresse. Il est persuadé que les changements se sont produits dans les tombes, où la suroxydation de l'oxyde noir de fer, — si difficile à empêcher aujourd'hui, même dans des flacons fermés, — aurait trouvé les deux éléments nécessaires : air et humidité.
Au point de vue pratique, il formule cette régie : toutes les fois que, dans les traits ou les masses du décor d'un vase, le noir et le rouge sont mêlés irrégulièrement ou passent l'un dans l'autre par degrés insensibles, c'est la preuve que la couleur primitive était le noir, et que le rouge n'est que le dérivé du noir primitif.
M. Durand-Gréville présentera plus tard ses recherches sur le décor des vases à fond blanc.
M. Gagnât, membre résidant, lit une note sur une inscription taurobolique trouvée à Maktar par M. le capitaine Bordier. Le monument date du règne de l'empereur Probus.
On y remarque, entre autres particularités, la formule per» fictis rite sacrii cemorum crioholi et i<mrohoKy sur laquelle M. Gagnât appelle l'attention de la Compagnie; il est d'avis que les cerni (xipvoç), dont il est ici question, servaient i recueillir et à transporter les viret de la victime, dont la consécration formait une partie importante du sacrifice.
Séance du S4 Février.
Présidence de M. le comte de Lastetrie, président.
Ouvrages offerts :
Bulletin critique^ 15 févr. Paris, 4892, in-8\ BtdUiino deUe opère moderne strcadere (Bibliot,
centrale Vittorio Emanuele di Roma)^ vol. VII, b? 43, 1892. Bullettino di archeologia e storia DcdmtUa, 15* année, n* 1. Mémoires de F Académie de Vauclusey t. X, 1891, 4« trim. — de la Société académique ^archéologie^ sdencee et arts du
département de VOise^ t. XIV, 3* partie.
Correspondance,
M. Alex. Bertrand, membre résidant, écrit pour poser sa candidature à la place de membre honoraire, devenue vacante par la mort du comte de Niewerkerke.
La Société décide que Télection aura lieu le premier mercredi d*avril; le Président désigne, pour former la commission chargée de présenter un rapport sur cette candidature, MM. de Barthélémy, Le Blant et Duplessis, auxquels s'adjoindra le Bureau.
Travaux,
M. le baron de Baye, membre résidant, fiiit, sur des carreaux vernissés champenois, la communication suivante :
« Un heureux hasard m'a permis de retrouver un ensemble de carreaux vernissés de la fin du xiv* ou du commencement du XV* siècle, qui permet de reconstituer une légende dont on ne connaissait que des fragments.
« Dans le grenier de Tune des anciennes maisons de Sézanne, j'ai eu la bonne fortune de rencontrer une grande quantité de ces carreaux, sur lesquels je crois devoir attirer votre attention.
c La maison en question, située sur la place de Téglise, fut d'abord Thôtel de ville ; puis le père de M. Pion, si connu à Paris comme éditeur et comme littérateur, y établit une imprimerie, transformée aujourd'hui en café. Le propriétaire actuel, M. Petit, m'a très aimablement offert les pavés pour ma collection champenoise.
c Le carrelage de l'ancien hôtel de ville de Sézanne offre un intérêt tout particulier, à cause de la signature de son auteur. Il augmente la liste déjà longue des pavages champenois portant des noms de fabricants. Par exemple : celui du prieuré de 8aint-Gond (Oyes, Marne), où nous trouvons GUes me fit; ceux de Nizy-le-Gomte (Aisne) et de Reims avec Jaques de Laide; ceux de Vemay (canton de Nanteuil-la- Fosse, Marne) et de la rue du cardinal de Lorraine à Reims, portant, le premier seulement : Lorans me fit ^ et, le second : Lorens d'Avmler me fit. Bien que l'orthographe de Laurent soit différente dans les deux cas, il y a lieu de supposer qu'il s'agit du môme tuilier.
c Le carrelage de Sézanne a été, comme ceux de l'ancien château-fort de Périgny- la-Rose et de l'abbaye bénédictine de Nesle-la-Reposte, l'œuvre de Renier, fils de Lembert (sic) Mocaut ou Mocaus, habitant CShantemerle. Chacune de ces localités a donné la signature de ce tuilier sur un seul pavé portant : sit qui fit ce cartel ha non Renier fins Lembert Mocaut de Chantemd ou bien : Mestre ha portes ha boire. Renier Mocaut de ChantemeUa. Nous avons trouvé à Sézanne, outre la première de ces deux variétés, une nouvelle inscription que la juxtaposition de trois carreaux permet de lire sur trois lignes superposées. Cette inscription nous apprend que Lembert Mocaut ou Mocaus avait deux enfants : Renier, déjà
conna, et Guillemin. En voici la teneur : SU pisoement ha été fet a Chantemelle j est sU : la fet : Lemhert Mocaus é$ [ si enfent Reniers et j GuUlemins. Les trois Mocaut sont donc les auteurs du carrelage de l'ancien hôtel de ville de Sézanne. J'ai d'abord cru qu'il fallait quatre carreaux pour compléter l'inscription ; mais il me semble qu'elle se comprend parfiiitement ainsi. Le quatrième carreau, qui terminait l'arc tracé par les trois lignes, n'a pas été retrouvé. Il y a lien de supposer qu'il était dépourvu de lettres et portait simplement des ornements. »
M. Prou, membre résidant, signale une dalle tumuiaire à ajouter à la liste des œuvres du tombier parisien Jean Le Moine. Elle se trouve dans l'église Saint-Martin, à Ëtampes, et elle a été décrite par M. Max. Legrand dans le dernier fascicule des Annales de la Société historique et archéologique du Gdtinais (3« trimestre de 4891, p. 193-494). C'est la tombe d'une certaine Marie Guissart, morte le 30 janvier 1547. La signature de l'artiste est placée en dehors du cadre. Elle est ainsi formulée :