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III. — La Famille à Paris

Mariages. — Le Parisien se marie volontiers. Il y eut 26.710 mariages en Tannée 1901, ce qui fait un mariage par 34 personnes de l'un et l'autre sexe âgées de plus de vingt ans.

Mais on se marie tard (l).

Sur cent hommes âgés :

mariés célibataires

De 20 à 25 ans il y a 11,5 88,5

De25à30 » 46 54

De 30 à 40 » 71 29

Sur cent femmes âgées :

mariées célibataires

De 20 à 25 ans il y a 36 64

De 25 à 30 » 60 40

De 30 à 40 » 74 26

Par contre les divorces sont fréquents : 1.317 en 1901, soit un divorce pour 20 mariages (*>.

Naissances. — Les mariages tardifs expliquent dans une certaine mesure le grand nombre des naissances illégitimes. De 1817 à 1859, c'est-à-dire dans le vieux Paris antérieur à l'annexion des communes suburbaines, la proportion constante des naissances illégitimes par rapport aux naissances légitimes a été de un enfant illégitime pour deux enfants légitimes. Depuis l'annexion des communes suburbaines, en 1860, au vieux Paris des XIV premiers arrondissements, la proportion constante est remontée à trois naissances légitimes pour une naissance illégitime (3>.

(1) Ann. 1903 p. 796.

(S) Ans. p. 273.

(3) Ann. p. 8584».

Il y eut en l'année 1901, à Paris U) :

Naissances légitimes 41.737

Naissances illégitimes 14.832

Total des naissances 56.569

Les mariages sont donc fort peu féconds à Paris. Cette ville a compté en 1901 le total de 26.710 mariages et le total de 56.569 naissances. C'est donc une fécondité moyenne de 2,12 enfants par mariage (naissances illégitimes comprises, et 1,58 naissances légitimes par mariage. C'est la fécondité véritablement réduite au minimum. Même dans les départements où les doctrines malthusiennes sont le plus en honneur, la fécondité n'est pas ramenée à un chiffre de naissances aussi infime.

II est vrai que les morts-nés déclarés dans les mairies parisiennes sont assez nombreux : 5.098 en 1901, soit un mort-né pour 11 naissances vivantes. Mais combien d'avortements qui ne sont pas déclarés aux mairies ? Et puis, ici, nous arrivons à une plaie sociale tout particulièrement épouvantable et qui paraît sévir à Paris plus que partout ailleurs : nous voulons parler des avortements criminels. On sait que, d'après l'appréciation de très nombreux accoucheurs, les avortements seraient extrêmement fréquents à Paris et que la moitié au moins de ces avortements seraient criminels.

Enfants.— Mais au moins, les rares enfants qui naissent à Paris vont-ils vivre, persister, arriver à l'âge d'homme, à 1 âge du mariage et de la reproduction de la race? Que vont, par exempte, devenir les 56.569 enfants dont la naissance a été enregistrée à Paris en 1901 ?

Accouchements. — Remarquons tout d'abord que beaucoup de ces enfants ne viennent pas au monde chez

(1) Aon. p. SS4.

20 Dr G. LANCRY

leurs parents ou tout au moins chez leur mère. Parmi ces 56.569 enfants, il en est 11.751, soit 21 pour cent qui sont nés dans des hôpitaux, des maternités ou des établissements dépendant de l'assistance publique. D'autre part, 6.426 autres enfants sont nçs chez des sages-femmes ou dans des établissements divers, ce qui fait 11 pour cent(l>. Et le nombre de ceux qui naissent au domicile de leur mère n'est que de 37.884, soit 67 pour cent de la totalité des naissances. Et, parmi ces 37.884 enfants nés chez leur mère,il en est 14.294 qui ont été effectués aux. frais de l'assistance publique (*).

La conclusion qui se dégage de tous ces chiffres c'est que, à Paris, près de la moitié des femmes qui deviennent mères n'ont pas les ressources suffisantes pour payer les frais médicaux,pharmaceutiques et autres, de leur accouchement.

Nourrices. — Et ces femmes, pour qui la maternité est déjà si onéreuse et si pénible qu'elles en sont réduites à de fortes privations ou à l'aumône de l'assistance publique pour mettre leur enfant au monde, vont-elles, physiologiquement ou socialement, pouvoir allaiter leur enfant ?

En 1901, les enfants nés à Paris ont été, au nombre de 18.327, envoyés en nourrice, savoir : 486 dans l'intérieur de Paris et le reste, soit 17.841, dans les départements*3).

D'autre part, dans cette même année, 3.618 nourrices au sein et 1.043 nourrices sèches (au biberon) ont quitté leur propre enfant, leur pays et leur famille pour venir se placer à Paris au service des petits nourrissons pari-

(1) Ann. p. 284.

(S) Afin. p. 623.

(3) Ajul 1903 p. 691.

siens (0. Notons pourtant que le chiffre de ces « remplaçantes » tend à diminuer. Pendant la période 1892-1901, la moyenne annuelle des nourrices venues se placer à Paris était de 4.700, rien que pour les nourrices au seinW.

Mortalité infantile.— Avec le concours de ces quelque vingt-trois mille femmes étrangères qui vont prodiguer tout au moins leurs soins et parfois leur lait aux petits enfants de Paris, ceux-ci vont-ils passer plus facilement les difficultés et les dangers qui assaillent le premier âge?

Hélas, non ; et quoiqu'on en dise et qu'on en prétende dans certaines statistiques partielles et où il semble qu'on veuille volontairement s'aveugler :

En 1901, les 34.700 nourrissons restés à Paris ont fourni dans le cours de la première année jusqu'à 6.426 décès(8). Et parmi les 18.000 nourrissons envoyés en nourrice en province, plus de 3.000 décès ont été enregistrés et officiellement relevés (*).

Pour ne laisser aucun doute sur cette triste constatalion, voici les chiffres publiés par le docteur BertillonC.

Pour 1.000 naissances, combien de décès de zéro à un an?

Pour la France entière en 1898. 167 décès » » 1899. 163,3 »

Moyenne 164 décès

(ï) Ann. p. 789.

(J)IWd.

(5) Ano. p. 996.

' 4) Pour la totalité des nourrissons nés dans le département de la Seine et envoyés en nourrice an nombre de 95.123, les décès officiellement relevés s'élèvent à 4 .085 dans la première année. Non» pouvons donc attribuer à Paris au moins 3.000 de ces décès. Ann. 1903 p. «91 et 693.

(6) Bottillon. Ann. 1903. Note.

.22 Dr G. LANCRY

Pour 1.000 naissances vivantes survenues dans la totalité du département de la Seine, combien de décès de zéro à un an 0) ?

Enfants légitimés 168 décès

Enfants illégitimes 263 »

Ensemble, total 193 »

Les petits parisiens meurent donc en plus grand nombre que les petits provinciaux dans le cours de la première année.

Enfance et adolescence. — Et plus tard, après avoir heureusement doublé le cap de la premiers année, que vont devenir les petits parisiens ? — C'est un problème que nous, n'avons pu résoudre mathématiquement et complètement, c'est-à-dire à coup de statistiques officielles établies dans ce but. Mais nous appelons tout particulièrement l'attention du lecteur stupéfait et épouvanté sur les documents qui vont suivre :

En l'année 1901 « le service des secours (de l'assistance publique) pour prévenir ou faire cesser les abandons est intervenu en faveur de 14.971 enfants ; et une somme de neuf cent soixante-dix mille francs (970.000 francs) a été dépensée à cet effet. » (2)

Dans cette même année 1901, l'Assistance publique a recueilli 5.154 enfants, savoir : 402 enfants trouvés, 4.351 enfants abandonnés, 368 enfants orphelins, et 33 enfants moralement abandonnés*3).

Sait-on combien il est né d'enfants à Paris, pendant la période quinquennaire 1896-1900 ? Exactement 278.142 enfants. Et combien le recensement de 1901 comptera-t-il

(1) Bertlllon. Ano. 1903. Note.

(S) Ann. p. 693.

<3) Ann. p. 699

d'enfants âgés de zéro à cinq ans parmi ceux qui sont « nés et présents » à Paris à l'époque de ce recensement ? — Seulement 140.914 enfantsO).

Et ce même recensement ne comptera, comme nés et présents à Paris, que 121.312 enfants âgés de cinq à dix ans, alors que le total des naissances enregistrées à Paris pendant la période quinquennaire 1891-95, s'élevait à 289.694 naissances.

De même nous ne trouvons que 111.300 enfants nés et présents à Paris, âgés de dix à quinze ans, sur les 302.617 naissances survenues pendant la période quinquennaire 1886-1890;

Et seulement 107.413 nés et présents à Paris, âgés de quinze à vingt ans, sur les 307.587 naissances parisiennes survenues pendant les cinq années 1881-1885.

Conscription, — Enfin, alors qu'il est né à Paris en 1881 le chiffre total de 30,484 garçons*2), le recensement de 1901 donné les résultats suivants (3) :

Total des jeunes gens de 20 ans présents à Paris, 22. 122.

Ces 22.122 jeunes gens se répartissent ainsi :

Etrangers 1 .553

Français immigrés à Paris. . . . 11 .982 Français nés à Paris 8.587

Donc sur trente mille garçons nés à Paris en 1881, le service du recrutement à Paris n'en trouve en 1901 que huit mille six cents.

Evidemment nous ne prétendons pas que les vingtdeux mille, disparus, sont tous morts. 11 en est un bon

(1) Oea chiffres et les soirants sont établis arec les tableaux de l'Annuaire 1901, pages 134-135-29«-358.

(S) Ann. p. 3*9.

(3) Ann. p. 886.

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nombre qui ont émigré soit en province, soit à l'étranger. Mais encore, il nous parait impossible de ne pas admettre qu'un nombre effrayant de ces disparus repose au cimetière. A combien s'élève ce nombre ? Nous ne le savons pas. Mais de l'ensemble de toutes nos recherches tant sur Paris que sur d'autres agglomérations, nous avons l'intime conviction que sur cent enfants qui naissent à Paris il en est « au moins la moitié qui n'arrivent pas à l'âge de vingt ans ». Et sans discuter ici les données très diverses qui motivent notre appréciation, faut-il rappeler que le professeur Grancher examinant et faisant examiner au hasard toute la population scolaire de plusieurs écoles de Paris, trouvait, en moyenne, un écolier parisien sur quatre plus ou moins touché par la tuberculose.

Adultes.— Hôpitaux.— Mais le petit parisien a grandi, quelle sera sa santé ?

Voici des renseignements qui, pour être indirects,n*en répondent pas moins à cette question.

L'Assistance publique de Paris met au service de la population parisienne M douze mille huit cent dix lits d'hôpital (12.810) et douze mille huit cent trente lits (12.830) d'hospices ou de maisons de retraite, soit un total de 25.640 lits, soit un lit d'assistance publique par cent habitants. Cette proportion ne se retrouve nulle part ailleurs, et on peut sur elle chanter sur tous les modes lyriques soit la philanthropie, soit la misère parisienne.

Et dans les 12.810 lits d'hôpitaux il a été soigné en 1901 le chiffre formidable de 190.738 malades ou blessés13). Ce qui fait la proportion suivante. Chaque année, il y a un

(1) Ann. p. 614. Voir le nombre de malades restant le dernier jour de l'année, soit 12.810.

(S) Ann. p. 621. Voir le nombre de malades existant le 1er jour de l'année.

parisien sur 14 qui est obligé de se faire soigner à l'hôpital.

Mais ces vingt-cinq mille lits d'hôpital ou d'hospice, pourtant toujours occupés, sont encore insuffisants.

En l'année 1901, il a fallu interner 4235 aliènes, la plupart dans des asiles spéciaux^).

Et, d'autre part l'Assistance publique entretenait en province 49.295 pupilles âgés de zéro à 21 ans qui sont placés à la campagne, ce qui fait une moyenne annuelle d'environ 2.500 pupilles envoyés en province*2).

Vétérans. — Tous les renseignements qui précèdent, quelque suggestifs qu'ils soient, ne nous précisent pas avec une rigueur mathématique l'avenir des enfants nés à Paris. Mais nous pouvons savoir les chances de survivance des parisiens nés à Paris et qui passent leur existence à Paris.

Des individus nés à Paris il en survit dans Paris (abstraction faite de ceux émigrés en province ou à l'étranger et dont le nombre est inconnu) :

De 1 à 10 ans 1 survivant sur 2.2 naissances » 10 à 20 ans 1 » 2.8 »

» 20 à 30 ans 1 » 3.2 »

» 30 à 40 ans 1 » 4.0 »

» 40 à 45 ans (absence de documents exacts en raison de l'annexion des communes suburbaines).

De 45 à 50 ans 1 survivant sur 5 naissances » 50 à 55 ans 1 » 6

» 55 à 60 ans 1 » 8

» 60à65ausl » 10

» 65 à 70 ans 1 » 14 » (3)

(1) Abu. p. 630.

(S) Ann. p. 71».

(3) Galonlé d'après tableau annuaire 137.

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Inhumations. — Il résulte de tout ce qui précède que les enfants nés à Paris ne vivent pas avec leurs parents, ne jouissent pas de la vie de famille. Mais, au moins, si les membres de la famille parisienne sont séparés pendantfa vie, sont-ils réunis après leur mort ?

Hélas 1 Sur 49.770 décès survenus à Paris en 1901, il en est 32.518 qui ont eu lieu à domicile et seize mille six cent vingt (16.620) qui se sont produits à l'hôpital, loin des soins et des consolations de la famille.

Et parmi les 51.464 inhumations (non compris les corps non réclamés des hôpitaux et livrés aux amphithéâtres de dissection) qui ont été précédées d'un service funèbre, il en est 21.258 (vingt et un mille deux cent cinquante-huit) entièrement gratuites opérées sur réquisition de l'Autorité publique ! 0)

Conclusion. — Il résulte de toutes ces statistiques oflicielles que, au moins le tiers des parisiens ne naît pas en famille, ne vit pas en famille, n'est pas soigné en famille, ne meurt pas en famille et doit être inhumé gratuitement aux frais du public.

(I) Ann. p. S96.

lï. — Démographie de Paris

Nous n'avons de renseignements statistiques précis sur la ville de Paris que depuis l'année 1817. Antérieurement à cette date il faut s*en rapporter aux recherches du Docteur Bertillon.

Accroissement. — La population de Paris était approximativement ou exactement :

En 1600 de 400 mille habitants

En 1700 (te 500 »

En 1800 (recensement) 547 »

En 1817 de 713 »

En 1842 de 958 »

En 1901 de 2.660 »

Un pareil accroissement de la population ne. peut manifestement pas résulter du jeu normal d'un excédent de naissances sur les décès. Sans doute, en 1860, l'annexion des communes suburbaines a augmenté la population parisienne d'environ 300 mille âmes. Mais ce supplément est relativement insignifiant. Il est donc manifeste à priori que Paris est une ville d'immigration.

Ville d'immigration. — Cette caractéristique de Paris est mise en évidence par des renseignements précis.

Voici comment se répartissent d'après leur origine lès habitants de Paris au moment du recensement de 1901 : Français nés

Dans Paris 946 mille

Dans la Seine . . 78 »

Hors la Seine 1 .400 »

En Algérie 4 »

Aux colonies 3 »

A l'étranger 50 »

Lieu inconnu 24 »

28 Dr G. LÀNCRY

Étrangers nés

En France 24 mille

Aux colonies 0,5 »

A l'étranger 132 »

Lieu inconnu 2 »

Ainsi donc sur une population totale de 2.660 mille habitants, il n'y a que 946 mille parisiens de Paris, soit une proportion de 45 pour cent.

Et cette proportion, d'après les recherches des Docteurs Bertillon père et fils, a toujours été sensiblement la même depuis au moins 60 ans.

Parisiens de Paris. — Les parisiens nés à Paris étaient :

. En 1901 de 35 pour 100 habitants En 1891 de 34 » »

En 1866 de 35 » »

En 1836 de 40 » » <l>

D'autre part, depuis 1817 jusqu'en 1901, il est né dans l'enceinte de Paris 3.608 mille individus alors que le nombre des décès enregistrés pendant le même laps de temps dans cette même enceinte s'élève à 3.193 mille. C'est un excédent de seulement 415 mille naissances. Qu'on ajoute à ces 415 mille naissances tous les survivants de la population de 1817 et tous les survivants de la population des communes suburbaines annexées en 1860, il deviendra manifeste, sans même aller plus loin, que la population de Paris disparait après une succession très courte de générations, et que c'est au seul afflux d'une constante et formidable immigration que Paris doit l'accroissement si considérable de sa population.

(1) Ann. p. 149. — Bertillon. Dict. encyclopédique, article France, p. 4M. — IK Bertillon. Origine des habitante de Paris, p. 2 et 4.

La cuise de la race Française a paris 20

Immigration d'adultes. — Une particularité très importante de l'immigration parisienne, c'est qu'elle est constituée pour une énorme part par des individus adultes, à l'exclusion relative des enfants et des vieillards. Nous ne pouvons pas donner les chiffres précis, mais on en jugera par le tableau suivant de la répartition totale de la population parisienne suivant les grands groupes d'âges.

Population parisienne d'après l'âge en l'année 1901 :

Agés de zéro à 15 ans 501 mille enfants

i de 15 ans à 50 ans 1 .684 » adultes

• de 50 ans et plus 471 » vétérans

La proportion des entants par rapport à celle des adultes capables d'engendrer ou de concevoir est tout à fait infime. Pour s'en rendre compte, nous la comparerons à celle de la France pendant le milieu du XIXe siècle, que nous empruntons à feu Bertillon.

Miniatures démographiques. — France du milieu du XIXe siècle :

Enfants (zéro à 15 ans) 28 pour 100 habitants Adultes (15 à 50 ans) 51 » »

Vieillards (50 ans et pi.) 21 » » M

Paris, année 1901

Enfants (zéro à 15 ans) 19 pour 100 habitants Adultes (15. à 50 ans) 63 » »

Vétérans (50 ans et pi.) 18 » »

Les deux tableaux qui précèdent et que nous appelons des miniatures démographiques donnent, à notre avis, une idée très exacte de la vitalité démographique d'une ville ou d'une agglomération. Aussi nous permet-

(1) BertUtan. Diet. encyclopédique, art. Franoe p. 418.

30 ÎF G. LANCRt

tra-t-on d'en donner quelques autres qui montreront à quel point Paris est fatal à la race française.

Population du département du Nord en 1877(0

Entants (zéro à 15 ans) 32 pour 100 habitants Adultes (15 à 50 ans) 48 » »

Vétérans (50 et plus) 19 » »

Population de Dunkerque en 1896 <2)

Enfants 29 pour 100 habitants

Adultes.. 51 » »

Vétérans 17 » »

Population de Fort-Mardick en 1885 (»>

Enfants 42 pour 100 habitants

Adultes 46 » »

Vétérans 12 » »

Population de Bray-Dunes en 1901 (4)

Enfants 45 pour 100 habitants

Adultes 43 » »

Vétérans 12 ^ »

La miniature de la France au milieu du XIXe siècle correspond à une population prospère et à une race d'une belle fécondité sociale. En effet, pendant le demi-siècle qui va de 1800 à 1850, la race française s'est augmentée « dans la proportion de 1.000 à 1.300 habitants en cinquante ans (Bertillon) » par le simple jeu de l'excédent des naissances sur les décès. C'est avec cette miniature démographique qu'il faut comparer celle de Paris.

Quant aux miniatures de Fort-Mardick et de Bray- Dunes, elles correspondent à des populations qui, sans

(1) Anu. du dèp. du Nord.

(2) Mairie de Dunkerque.

(3) Mairie de Fort-Mardick.

(4) Mairie de Bray-Daues.

LA CRISE DE LA RACE FR.i*-:.Ll5£ A **JLL5 \\

immigration d'aucune sorte, et zrâcea 'z=*t cl^h «zm^Lt prolificité, se doublent en l'espace -f ^L'jna i--Z-r~L\ziz ans!

Les documents recueillis par ïe *errî:* 5^ ^i >ci~**o: ie fournissent à la démographie les r^n*ci^>^^^iii savants l*> :

Paris, année i&M -

Population. .- 2-^51 #X r^tr itA^is

Mariages 3?.7M-

Naissances XJj&

Décès S.77->

Excédent des naissances Ç.7î£

Ce qui, par un simple calcul d'aritiortiT^r-^:1:* i;cz* les notes démographiques ci-aprés :

Paris, année ÎA»I Nuptialité : 10 mariages par !■'•» ha:.::a:i:s Natalité : 213 naissances *

Mortalité : 18,7 décès >

Ces notes démographiques bcutàlemecî d'z^i-^s p;ir les statistiques sont apparemment fort satl^^nTe*. puisqu'elles sont meilleures que etlles fcamie* pir /ensemble de la population française. M^sis ce persil u.vr protonde erreur de méthode que de comparer î-zjl populations aussi dissemblables que celle dtr la Fr^r. re et celle de la ville de Paris.

La population française comprend ace Juste pr-; portion d'enfants, d'adultes et de vieillards alcr> -j-e la population parisienne compte un nombre énorme d"* luîtes avec très peu d'enfants et de vieillards. Il en résulta que Paris doit, toutes proportions gardées, fournir beaucoup plus de naissances, puisque ce sont les adultes qui

32 D* G. LAfcCR?

procréent ou qui conçoivent, et beaucoup moins de décès, puisque ce sont surtout les enfants et les vieillards qui alourdissent le tribut mortuaire.

Le sophisme de la comparaison. — Il est nécessaire d'insister sur le sophisme de cette comparaison, car une foule de médecins, de conférenciers, de publicistes, propagent cette idée que l'état démographique de Paris est relativement très satisfaisant.

Le pseudo-excédent des naissances» — Tout d'abord, en dépit des chiffres administratifs, la population parisienne ne fournit pas un excédent de naissances sur les décès.

Le chiffre des naissances, 56.569 pour Tannée 1901, est tiré du relevé des livres de l'Etat-civil. Il est approximativement exact parce que lès parisiennes mettent leurs enfants au monde à Paris et que très peu d'entre elles vont faire leurs couches en province.

Mais le chiffre des décès, extrait des registres mortuaires de Paris, ne compte que les parisiens morts dans l'enceinte de Paris, à l'exclusion de tous éeux qui vont ou qu'on envoie mourir en province.

Or, ce nombre des décédés parisiens dont le décès est enregistré, non à Paris, mais en province, est énorme. La ville de Paris se débarrasse sur la province de ses enfants, de ses malades, de ses débiles, de ses tuberculeux, de ses vieillards. Nous n'avons pas de statistiques établies au point de vue qui nous occupe, mais quelques chiffres, officiellement relevés, montreront l'importance de la léthalité parisienne en province. En 1901, parmi les seuls enfants de zéro à un an envoyés, au nombre de dix-huil mille, en nourrice en province, on a relevé officiellement jusqu'à 3.000 décès'1).

(1) Aun. 1903 p. 691 — p. 116 et 117.

là crise de là race française à paris 33

D'autre part, parmi les vieillards hospitalisés par l'Assistance publique dans les hospices et maisons de retraite, on a compté 1985 décès en Tannée 1901. Or, de ces 1985 décès, on peut estimer à environ 1200 ceux qui ont eu lieu dans les asiles extra muros et qui ont été enregistrés à Bicêtre, Gentilly, Ivry, etc., etc., etc.<l>

Voici déjà 4.200 décès parisiens survenus en province rien que pour les nourrissons et pour les seuls vieillards assistés : que serait-ce si nous avions des renseignements pour tous les âges et pour les différentes classes sociales de la population ?

Nuptialité. — La nuptialité à Paris est, par mille habitants, de 10 mariages, alors qu'elle n'est que de 7,9 pour l'ensemble de la population française.

Mais nos miniatures démographiques ont mis en évidence que Paris compte 63 adultes (15 à 50 ans) pour 50 adultes dans le reste de la France. Le nombre 10 qui exprime la nuptialité parisienne doit donc être réduit dans la proportion de 63 à 50 pour être comparable à la nuptialité française.

Faisons ce calcul et nous établirons le tableau suivant :

Pour cinq cents adultes, il y a combien de mariages ? A Paris 8 mariages En France 7,9 »

Donc la nuptialité est un peu plus forte à Paris qu'en province. Est-ce une supériorité ? L'intérêt de la race veut-il qu'il y ait beaucoup de mariages? C'est une question qui surprendra beaucoup de lecteurs, tant la réponse affirmative paraît évidente.

Eh bien, les faits semblent répondre d'une manière toute différente, tant pour l'ensemble de la population

(1) Ajul. 1903 p. 531.

Mémoires dé la Société Dunkerquoite — 1908

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