LES GIROUETTES A GRAVELINES
entendre des cris qui avilissent la dignité des soldats français, et s'il en existe encore qui puissent se permettre une pareille conduite, ils sont prévenus qu'ils seront punis selon toutes les rigueurs des lois.
» MM. les Commandants de place sont invités à prendre des mesures les plus sévères contre tous les perturbateurs du repos public,de les faire arrêter et en donner connaissance au Lieutenant Général Commandant la division ; les vrais français ne doivent connaître que trois puissances, la patrie, les lois et Louis XVIII.
» Cet ordre du jour sera lu à toutes les troupes de la Division, immédiatement après la réception.
a En l'absence de
M. le Lieutenant Général Bron Brenier,
L'adjudant Commandant Chef d'Etat-Major,
Signé : Boissier.
Pour copie conforme,
Le Maréchal de Camp,
Commandant supérieur des places de
Dunkerque, Bergues,
Baron Toussaint. »
« 16e Division Militaire Lille, le 6 juillet 1814.
Copie
» Monsieur le Général,
»Dans un moment où tous les vœux, toutes les volontés sont réunis au nouveau gouvernement paternel, où Sa Majesté Louis XVIII s'occupe du bien-être de son peuple, où le sort de son armée fait toute sa sollicitude, des mili-
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taires se sont permis de crier Vive l'Empereur. Ces hommes,oubliant tous les principes <Thonneur,méritent d'êlre réprimés et doivent être l'objet d'une surveillance particulière, un ordre du jour a été adressé à cet effet ; mais je crois devoir vous rappeler encore aujourd'hui, combien il est utile d'avoir un œil vigilant sur toutes, les personnes qui se permettraient les moindres invectives contre le nouvel ordre des choses ; vous vous concerterez avec les autorités civiles de votre arrondissement, vous mettrez de suite en état d'arrestation tous ceux qui troubleraient ainsi l'ordre public, les mesures que vous prendrez dans ces circonstances pouvant assurer votre responsabilité, il est nécessaire que vous mettiez dans ce que vous ferez à cet égard, tout le zèle dont vous êtes susceptible.
» J'ai l'honneur de vous saluer avec une haute considération.
» Le Maréchal de camp, commandant la Division par intérim,
Signé : Le Baron Làhure.
P. S. — Votre surveillance doit principalement s'étendre sur les précautions à prendre pour empêcher des excès qu'il est toujours pénible de punir.
Pour copie conforme,
Le Maréchal de camp,
Commandant supérieur des places de
Dunkerque, Bergues,
Baron Toussaint. »
LES GIROUETTES A GHÀVELINES 11
« Lille, le 23 Mars 1815 Copie de la lettre de Son
M. le G1 Bron Lahure Altesse Royale M*r le
duc d'Orléans.
» Je vous préviens, mon cher G1, que les malheureuses circonstances où nous sommes, ayant déterminé le Roi à sortir de France,cette après-midi à quatre heures, je vous dégage de l'observation des ordres que je vous avais transmis en son nom et je me rapporte à votre jugement et à votre patriotisme pour faire ce que vous croyez plus convenable aux intérêts de la France et à vos devoirs.
» Communiquez cette lettre aux Commandants des places de votre arrondissement et aux troupes sous vos ordres.
(Signé) : Louis Philippe d'Orléans
Pour copie conforme, Le Général de Division,
(Signé) : Baron Teste.
Pour copie conforme, Le Colonel Commandant d'Armes de SMDraer,
(Signé) : Barbier. »
MINISTÈRE DE LA GUERRE nouvelles officielles
a Extrait des dépêches de M. le Maréchal duc de Trévise.
» Le 23 mars, à quatre heures après-midi, le comte de Lille (chef de la famille des Bourbons) a quitté Lille et la France, pour se rendre à Menin.
» Le 24, à deux heures du matin, le duc d'Orléans a quitté pareillement Lille pour se rendre à Tournay.
» Des ordres ont été donnés par M. le Maréchal duc de Trévise et tous les généraux commandant à Valenciennes, Maubeuge, Avesnes, Landrecies, le Quesnoy et Condé.
» Partout l'aigle impériale, la cocarde nationale, le drapeau tricolore sont arborés aux acclamations du peuple et de l'armée.
» Dunkerque, Gravelines, Bergues, toutes les places du Nord offrent le même aspect ; la tranquillité n'a pas été troublée un instant dans la 16e division militaire. »
« Extrait des lettres de M. le Maréchal duc de Reggio du 23 mars :
» A Metz et dans toutes les places de l'Est, l'esprit des peuples, le dévouement des soldats sont les mêmes ; partout l'aigle et les couleurs nationales sont déployées.
« Extrait des dépêches du comte Caffarelli, aide de camp de Sa Majesté l'Empereur, du 23 mars :
» La Bretagne est tranquille et animée des meilleurs sentiments. A Rennes, le buste de l'Empereur a été porté en triomphe.
» Sur aucun point de l'ouest de la France, il n'a été rien enlevé aux caisses publiques ; l'insurrection de la Vendée paraît être une chimère à ceux même qui la provoquaient.
» Le 22, à deux heures du matin, le duc de Bourbon s'est embarqué sur la'Loire, au pont de Ce : les préparatifs de son embarquement et de son départ pour l'Angleterre étaient faits à Nantes.
» Ainsi, vingt-cinq (?) après son débarquement à l'extrême midi de la France, le Chef de ce bel Empire (et quel chef fut jamais plus légitime I) rappelé, secondé par le vœu, par le concours de tous les citoyens, de tous les
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soldats, n'aperçoit plus aucune trace d'opposition sur toute l'étendue du territoire français : un dévouement unanime, un assentiment profond et réfléchi se manifestent de toute part*
» Ainsi s'est consommée, avec toute la rapidité de l'enthousiasme et tout le calme de la sagesse, sans effusion d'une seule goutte de sang français, sans le moindre excès ni le plus léger désordre, cette révolution destinée à faire i'étonnemeht de l'Europe, l'admiration de la postérité, le bonheur de la génération actuelle et la paix de la France, qui se repose enfin dans sa gloire et dans feà dignité. »
<c 16e Division Militaire.
» Ordre du Jour du 25 mars 1815.
» Le gouvernement impérial ayant été rétabli aux acclamations du peuple et de l'armée, les troupes de la 16e Division Militaire arboreront sur le champ la cocarde tricolore et remplaceront les drapeaux blancs par un drapeau tricolore et les fleurs de lys par un aigle.
» Les généraux commandant les départements, se feront rendre compte en l'exécution de ces dispositions, et feront un rapport à cet effet à M. le comte d'Erlon.
» Par ordre de M. le Général de Division, » L'Adjudant commandant-chef de l'Etat-Major : » Le baron Humbert de Molard. »
« Dunkerque, le 27 mars 1M5.
f Le général de brigade commandant de la ville de Dunkerque et par intérim, de l'arrondissement de Dunkerque, à Monsieur le Commandant de la place de Gravelines.
» Monsieur le Commandant,
» Un postillon de la poste de Gravelines, arrivé ici ce soir vers 5 heures, porteur d'une lettre pour la directrice des postes de Dunkerque à l'adresse de Monsieur le Directeur des Douanes, est entré en ville en criant : «Bonne nouvelle ! » ; quelques personnes l'accusent même d'avoir crié : « Vive le Roi » ; il est résulté de la conduite plus qu'imprudente de ce postillon une rumeur générale et presque une émeute populaire qui a menacé très gravement la tranquillité publique. Il est reparti avant que je fusseinformé de ce fait. Je vous prie de faire mettre sur le champ pour 15 jours en prison ce postillon très coupable et de m'informer que la punition a été infligée.— Je vous prie de l'interroger aussi sur les motifs de sa conduite, car plusieurs habitants m'ont assuré à l'instant qu'il avait répandu la nouvelle que l'empereur avait été assassiné. Répondez-moi, s'il vous plaît, par le retour du porteur.
» J'ai l'honneur de vous saluer. »
« 16* Division Militaire Au Quartier Général,
Lille, 3 avril 1815.
» Mon cher Général, je suis informé que des agents secrets de l'ancien gouvernement sont répandus dans le département du Nord, qu'ils s'introduisent dans tous les lieux publics et jusque dans les casernes des soldats pour
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les engager à la désertion et qu'ils emploient pour y parvenir jusqu'aux moyens les plus vils et les bruits les plus absurdes. Il est donc de votre devoir d'exercer la surveillance la plus active sur toutes les troupes dont le commandement vous est confié par Sa Majesté l'Empereur, pour prévenir toutes ces menées de la part des étrangers, et d'employer tous les moyens que vous jugerez convenables pour vous assurer des prétendus agents de la Maison de Bourbon, que vous feriez conduire sous bonne et sûre escorte à mon Quartier général. Peu d'exemples suffiront, je l'espère, pour ramener tous les esprits aux vrais sentiments d'un bon français. Je me reporte donc entièrement sur votre zèle, et votre dévouement à l'Empereur.
» Recevez, mon cher Général, l'assurance de ma considération très distinguée.
Le Lieutenant Général commandant la 16e Division Militaire et le 1" corps,
Signé : Comte d'ERLON.
« Ministère de la Guerre Paris, le 22 avril 1815. 8* Division Bureau de la police militaire
» Copie d'une lettre de S. Ex» le Ministre de la Guerre, à Monsieur le Lieutenant Général, Commandant la 16e Division militaire.
9 Général, je suis informé que des malveillants cherchent à troubler la tranquillité publique dans les départements et que même sur quelques points de l'Empire,
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leurs propos et leurs agitations causent des inquiétudes aux paisibles habitants.
)> Dans les circonstances actuelles, il importe que les autorités redoublent de zèle et de soins, qu'elles concourent toutes à étouffer, dans son principe, cet esprit de malveillance, et à en arrêter les effets là où il se serait déjà manifesté.
» ïl importe surtout de provoquer toute la sévérité des lois contre les individus qui feraient des tentatives en favetir du dernier gouvernement, ou attenteraient d'une autre manière à la sûreté intérieure ou extérieure de l'Etat et contre ceux dont les opinions manifestées hautement auraient pour but ou pour résultat d'exciter directement à ce genre de Crime.
» Je crois devoir vous rappeler la manière de poursuivre les individus sur lesquels je finis de fixer votre attention.
» Si les prévenus sont tous, ou seulement l'un d'eux,non militaire, ils doivent être jugés par les tribunaux ordinaires (loi du 22 messidor, an 4). Si le prévenu, ou tous les prévenus sont militaires ou employés à l'armée ou à sa suite, ils sont justiciables du Conseil de Guerre permanent (loi du 13 brumaire, an 5) pourvu qu'ils ne soient point hors de leur Corps, garnison ou cantonnement, attendu que ceux qui se trouvent en congé ou hors de leur corps, sont justiciables des tribunaux ordinaires pour les délits communs qui leur sont imputés (avis du Conseil d'Etat du 20 thermidor an 12, approuvé par l'empereur le 7 fructidor suivant).
» S'il s'agit de crimes contre la sûreté de l'Etat qui présentent des caractères d'espionnage ou d'Embauchage, les prévenus, quelque soient leur qualité et leur position,
LES GIRQUETTES A GRAVELINES 17
doivent être traduits devant des Commissions militaires spéciales (Décret du 17 messidor, an 12).
»Ces règles sur la compétence sont établies par la législation antérieure au 1er avril 1814 et doivent continuer à être observées conformément au décret impérial du 25 mars dernier, inscrit au n° 5 de la 6e série du bulletin des lois.
» Je vous recommande de seconder de tous vos moyens l'action de la police et de la justice sur des objets d'un si haut intérêt et de provoquer promptement vous-même celle des tribunaux militaires dans les affaires qui seront de leur compétence.
» Un autre objet réclame également toute votre sollicitude. Plusieurs demandes qui m'ont été adressées, annoncent que des militaires de tout grade auraient été arrêtés sous le dernier gouvernement pour avoir manifesté leur attachement à la personne de l'Empereur. Faites mettre sur-le-champ en liberté ceux qui se trouveraient détenus pour ce motif seul, en laissant la justice suivre son cours à l'égard de ceux de ces militaires dont l'arrestation aurait en outre eu lieu pour des faits qui ne doivent pas rester impunis.
» Je vous prie de m'accuser la réception de ma lettre et de m'informer de ce que vous aurez fait pour l'exécution des dispositions qu'elle renferme.
» Recevez, Monsieur le Général, etc.
Pour le Ministre de la guerre et par son ordre, Le Maréchal de camp, Secrétaire Général,
Signé : Le Baron De Laville.
Pour copie conforme,
Pour l'adjudant Commandant Chef d'Etat-Major, Le chef de bataillon adjoint, (Signé) : Mokveillaux.
Mémoires d* la Société DunitrqvoUe. - 1908
Pour ampliation conforme,
Le Maréchal de Camp, Comm1 supérieur de l'arrondissement de Dunkerque,
Baron d'Arnauld. »
Ministre de la Guerre Paris, le 22 juin 1815.
3e Division.
Bureau
de la Correspondance
Générale.
« Général, tandis que nos braves armées veillent au salut de l'Empire et à son indépendance, leur auguste chef voulant tout tenter par lui-même pour rendre la paix à notre patrie, vient de terminer ses longs travaux par le sacrifice le plus héroïque : Il renonce au rang suprême et force ainsi les ennemis à montrer s'ils ont été sincères dans leurs déclarations et si c'est en effet à la personne seule qu'ils ont déclaré la guerre.
» Tous nos guerriers en rendant hommage à cette noble abnégation doivent redoubler de zèle et d'efforts pour que ce sacrifice ne soit pas infructueux. Si l'Europe consent à la paix, la France la devra à Napoléon. Si nos ennemis ont été perfides dans leurs proclamations, s'ils continuent une injuste guerre qui sera sans prétexte, braves guerriers, opposez une inexpugnable barrière à leurs efforts ; une grande nation qui défend son indépendance ne peut être subjuguée. Ralliez-vous tous à ces aigles qui vous ont conduits si souvent à la gloire : Napoléon fait tout ce qui dépend de lui, il se sacrifie à la haine de ses ennemis pour épargner votre sang ; soyez toujours prêts à le verser pour la patrie.