‹ MémoiresChapitre 54 sur 111 · LES GIROUETTES A GRAVELINES · texte numérisé non relu

LES GIROUETTES A GRAVELINES

par les magistrats à qui elle est dévolue en temps de paix et la police militaire, par Monsieur le commandant d'armes, qui fait partie de ses attributions.

» Gravelines, le 26 juin 1815.

» Kail. » *

Je crois que la- démonstration promise est faite. Ce serait risible si ce n'était triste.

Ce qui est peu compréhensible à première vue, c'est que l'Empereur, qui avait pu juger ses « lâcheurs » les ait presque tous repris.

On peut en trouver l'explication dans :

i° la mansuétude extraordinaire*de l'Empereur,

2° la facilité avec laquelle les plus compromis trouvaient des répondants.

Ainsi Grouchy fut recommandé par Soult.

« Moi, je ne réponds de personne que de moi», dit le maréchal Davout que vous venez de voir (le seul d'ailleurs) toujours égal à lui-même.

Vandamme aussi se montra fort bien, comme vous le savez.

Carnot enfin, le grand Carnot que l'Empereur accueillit par ces mots : « Monsieur Carnot, je vous ai connu trop tard ! »

Il n'y eut guère d'exception que pour Souham, dont je vous ai fait le portrait dans mon « Hondschoote ». « Que me voulez-vous encore ? » lui dit l'Empereur, lorsqu'il vint faire sa courbette.

Le Comte cTErlon, comme vous l'avez vu, se ménageait une porte de sortie. Parmi les comparses de 2e rang, seul, le Baron Lahure montre, au fond, son bon cœur,les autres sont capables de toutes les férocités.

Alors que les « Blancs », girouettes repeintes, tournaient vers les Bourbons rentrant dans les fourgons de l'étranger, les « Bleus », « les non girouettes » comme on disait, que l'Empire avait traqués, se battaient pour lui,car eux aussi étaient d'avis que c'était alors un devoir d'être bonapartiste.

Et ce qui s'était passé en 1814 se renouvela en 181 5, et se serait renouvelé une fois de plus si un nouveau revirement s'était produit.

Il n'y en eut pas hélas, et je le déplore d'autant plus que j'ai la conviction profonde que Gambetta était dans le vrai quand il disait :

« Waterloo a fait reculer la civilisation de cent ans ! »

Les frères Margueritte ont intitulé un de leurs beaux livres : « L'enfant d'Austerlitz », je crois, moi, que nous sommes toujours les enfants de Waterloo !

Publiées et annotées d'après des Documents inédits

PAR

Le Docteur Gk 3DTJiei-A.TT

Président de la Société

AHNALES DUNHERQUOISES

Publiées et annote d'après des Documents inédits

PAR

Lie Dooteur Gh DXJRJLA.XJ

Président de la Société

Les Ateliers de Charité à Bergues

Au moment de la Révolution, la crise économique fut aussi intense que la crise politique. Les ouvriers étaient sans travail dans toute la France et le Département du Nord souffrit énormément de cette pénible situation.

Le Directoire du Département du Nord s'émut donc du chômage de toute la classe des travailleurs et demanda à tous les Districts des renseignements sur la situation très précaire de tous ces malheureux.

Nous avons la chance d'avoir trouvé dans les Archives de la Sous-Préfecture de Dunkerque (Série BT Liasse 7) une série assez complète de documents qui se réfèrent à cette situation dans la ville de Bergues à cette époque, de même que nous avons pu retrouver une pétition des habitants de cette ville.

Le 30 août 1790, le Directoire du Département du Nord envoie au Maire et aux Officiers municipaux de la ville de Bergues une lettre contenant une demande de renseignements sur les Ateliers de Charité qui avaient existé

26 DOCTEUR G. DDRIAU

dans la ville de Bergues. A cette demande est jointe un tableau auquel la municipalité de Bergues répond (1). En même temps que cette réponse, la Municipalité de Bergues envoie une sorte de mémoire que les sieurs Olyve et Vangraeefschépe, fabricants de fils, ont rédigé sur les Ateliers de Charité qu'on pourrait établir dans cette ville (*>.

Pendant l'hiver de 1790-1791, la question des ateliers de charité et du chômage ne fait pas un pas; au mois de mars 1791, les ouvriers de Bergues commencent à s'inquiéter de cette situation et adressent aux Maire et Officiers de Bergues des demandes de travail. D'abord ce sont les corps de métiers, charpentiers, menuisiers, serruriers, qui pétitionnent pour qu'on emploie les ouvriers à des travaux de réparations et de reconstructions ; de ce nombre sont la reconstruction de l'Ecluse du Marché au Fromage, ainsi que les réparations urgentes aux bâtiments publics <3>. Puis ce sont les ouvriers sans professions spéciales qui s'unissent aux autres pour réclamer des ateliers qui doivent soulager leurs peines <4). Fait à remarquer, c'est le nombre d'illettrés très considérable qui existe à cette époque. Le Maire et les Officiers municipaux reconnaissent le bien fondé des motifs allégués, et, se joignent aux pétitionnaires pour demander aux administrateurs composant le Directoire du District de Bergues de vouloir bien intercéder auprès du Directoire du Département pour qu'on leur donne satisfaction. Comme travaux ils proposent :

1° L'élargissement, la reconstruction et l'approfondissement de l'Ecluse du Marché au Fromage,

(1) Pièce 3.

(S) id. 4.

(I) id. 6.

(4) id. 6.

2° l'élargissement du canal qui conduit de Bergues à Lynck et de là à St-Omer,

3° la démolition d'une partie du mur d'enceinte du côté du port,

4° la continuation du pavé qui conduit de Socx à Zeggers-Cappel,

5° travaux des wateringues.

Et la Municipalité indique qu'elle est absolument incapable de procurer le moindre travail « aux suppliants qui se trouvent réduits à la plus affreuse calamité. »

D'autre part le Conseil Général de la Commune sur la proposition d'établir à Bergues une fabrique de filets prend le 21 février 1791 la résolution d'essayer de faire cet établissement en employant la somme de 1.200 livres <*>.

La Municipalité comme suite à cette résolution, procura les premiers outils, prépara un emplacement pour les ouvriers et s'approvisionna d'une petite quantité de chanvre pour les premiers essais. 50 à 60 jeunes pauvres travaillèrent sous l'inspection et la direction de quelques personnes charitables de Bergues. On espérait que les villes d'Ostende et de Nieuport s'approvisionneraient a Bergues et on souhaitait que non seulement cet atelier put faire vivre ses ouvriers mais encore procurât certains bénéfices à la Cité. Mais les fonds manquaient et la Municipalité de Bergues demanda au Directoire du Département la somme de 10 à 12 mille livres pour assurer le fonctionnement de cet établissement, s'engageant à employer le profit qui en résulterait au remboursement de cette avance <2>.

(1) Pièce 8. s (S) id. 8bta.

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En avril 1791, la Société des Amis de la Constitution, dans une langue élevée, demande au Directoire du District de ne pas se désintéresser de la situation malheureuse des ouvriers qui chôment <'>. Elle demande qu'on emploie les ouvriers à l'agrandissement du port dans lequel les navires « arrivent directement de la mer ». Ces travaux auront le double avantage, celui d'employer des bras et de donner une plus grande activité au commerce. La Société prie le Directoire du District d'allouer pour ces travaux une portion des fonds accordés par l'Assemblée Nationale pour les besoins du Département.

Toutes ces réclamations eurent le don d'émouvoir les autorités supérieures et le Directoire du Département ordonna l'établissement d'un atelier de charité à Bergues et d'un autre à Gravelines.

Nous n'avons pas la copie de l'arrêté, mais nous trouvons cette indication dans la Circulaire envoyée de Douai le 15 mars 1792, réclamant à la Municipalité de Bergues l'état des travaux faits et des dépenses qu'ils ont occasionnées <2).

Enfin nous savons par une lettre adressée le 22 juin 1792 aux Administrateurs du District de Bergues que la reconstruction de l'écluse du Marché au Fromage venait d'être décidée.

(1) Pièces 9 et 10.

(S) id 10.

Pièce I.

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