II. — Installations mécaniques
Chauffage et ventilation. — Avec l'étendue que le système des pavillons isolés impose aux hôpitaux modernes, un seul véhicule permet de transporter le calorique en tous les points d'une façon régulière : c'est la vapeur d'eau. Parfois elle est produite dans le soussol de chaque pavillon par une chaudière à basse pression, sorte de poêle entouré d'une chemise d'eau, dont on charge matin et soir la colonne incandescente. Ce système, bien qu'employé dans plusieurs des établissements récemment construits ou transformés par l'Assistance publique de Paris, n'est pas à recommander ; il entraine un encombrement des sous-sols de tous les pavillons, une dispersion de la main-d'œuvre et des approvisionnements de combustible qui rendent la surveillance difficile, tant au point de vue de la dépense d'exploitation que de la régularité du fonctionnement.
Il est beaucoup plus rationnel d'envoyer la vapeur en tous les points par des canalisations partant d'un groupe unique de chaudières, d'autant que la vapeur à haute pression est nécessaire pour alimenter les machines qui distribuent sous forme de courant électrique la lumière et la force motrice, et aussi pour faire fonctionner les appareils de la cuisine, de la buanderie, de la phar-
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maeie, pour produire l'eau chaude employée dans les bains et les lavabos, tous services dont le fonctionnement est nécessaire aussi bien l'été que l'hiver.
Il y a mieux : là vapeur employée au chauffage n'ayant pas besoin elle-même d'une pression élevée, il est possible d'utiliser dans les canalisations des pavillons la vapeur d'échappement qui a traversé la machine à vapeur et engendré le travail nécessaire à la production de l'électricité. Dans ces conditions, le chauffage ne coûte presque plusde dépense de combustible, au moins pour une partie des bâtiments ; toutefois le poids de vapeur provenant du travail nécessaire à la marche des services d'éclairage et de force ne correspond pas d'une façon absolue à celui que nécessite le chauffage lui* même. Le complément est pris directement aux chaudières et, après avoir traversé un détendeur qui met sa pression en équilibre avec celle de la vapeur d'échappement, se mélange avefc cette dernière.
Les eaux condensées reviennent par des canalisations placées dans les galeries souterraines à une citerne où puisent les pompes d'alimentation. des générateurs ; la même eau ressert donc indéfiniment, sauf les légères pertes par les fuites, et l'encrassement des chaudières est réduit à son minimum.
La chaleur à dépenser dans les pavillons doit être suffisante pour y maintenir une température de 18° quelle que soit la température extérieure ; celle-ci, dans nos climats, ne s'abaisse que très exceptionnellement au dessous de 1 — 10° : c'est la limite qu'on admet dans les calculs.
Cette chaleur se partage en deux parties : l'une compense les pertes par rayonnement qui se produisent par les parois, pertes qui sont fonction de la différence de
température entre l'intérieur et l'extérieur, de la conductibilité des matériaux composant les parois et de leur épaisseur. L'autre sert à maintenir à la température prévue l'air introduit de l'extérieur pour renouveler celui de la salle.
Dans la plupart des installations datant de quelques années, on peut même dire dans l'unanimité des installations faites en France jusqu'ici, il n'est pas fait de distinction dans la production de ces deux quantités de chaleur. Il est cependant logique de dégager à proximité des parois la chaleur rayonnante qui compense le rayonnement de celles-ci, et d'envoyer dans la salle de l'air amené par avance à la température demandée. Il faut même dire qu'avec le système ancien, dans lequel la chaleur était tout entière produite par rayonnement direct dans la salle, il était impossible d'arriver à la constance de la température, et bien plus impossible encore d'obtenir un renouvellement régulier de l'air. En effet la ventilation par tirage naturel n'est due qu'à la différence de poids entre la colonne d'air à la température de la salle contenue dans la cheminée d'appel et celui d'une colonne d'air de même hauteur à la température extérieure. Le travail disponible est donc d'autant plus élevé que la température extérieure est plus basse, et peut devenir très faible quand cet écart est lui-même peu considérable, la ventilation devenant presque nulle, tandis que la quantité de chaleur entraînée par l'air expulsé devient énorme à égalité de température si cet écart est important. Enfin, avec la ventilation par appel d'air, toule ouverture d'une porte, toute fissure mal bouchée dans les fermetures des fenêtres, entraine des courants d'air gênants et parfois dangereux pour les malades.
Il était donc logique, et c'est ce qu'on a fait dans
Mémoires de la Société Dunterquoise. — 1908
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divers hôpitaux étrangers depuis quelques années, de placer dans les salles, sous forme de tuyaux lisses fixés le long des murs et non susceptibles dje retenir la poussière, la quantité de surface de chauffe nécessaire pour compenser le rayonnement, et, dans le sous-sol, d'installer un ou plusieurs ventilateurs refoulant l'air dans une chambre de chauffe garnie de tuyaux à ailettes et de là dans les colonnes de ventilation qui le distribuent dans les salles.
C'est ce qui a été réalisé à l'hôpital de Rosendaël et à l'hôpital de la Fraternité. Dans ce dernier, une heureuse disposition des sous-sols a permis d'employer en entier ceux placés sous lès salles comme chambres de distribution d'air. Dans chaque pavillon, un ventilateur mù par l'électricité prend l'air au dehors dans les jardins et le refoule sur une batterie de tuyaux de vapeur, puis à travers un liltre composé de sacs en flanelle qui retiennent toutes les poussières. De là l'air chaud répandu dans lés chambres de distribution maintient le plancher du rez-de-chaussée à une température constante et gagne les étages par les gaines de ventilation. D'autres gaines reprennent l'air vicié pour l'évacuer au dehors à la hauteur des toitures. Une légère surpression est toujours maintenue dans les salles et les couloirs, et ceux-ci sont pourvus de surfaces de chauffe y entretenant une température un peu plus élevée. Il en résulte que jamais un courant d'air froid ne peut se produire, puisque chaque fois qu'on ouvre une porte extérieure, c'est l'air chaud qui s'échappe, et non l'air froid qui rentre.
Un thermomètre métallique placé dans le sous-sol agit automatiquement sur une petite valve qui commande l'arrivée de vapeur pour maintenir la constance de ta température de l'air insufflé; une autre valve, comman-
dée de la salle des machines par une transmission à air ou à eau sous pression, permet à la demande de monter ou d'abaisser la température des salles" en agissant sur l'introduction de vapeur des surfaces de chauffe rayonnantes.
Des dispositions moins complètes out dû être employées à Rosendaël, la proximité de la nappe d'eau n'ayant pas permis de faire de sous-sol ; néanmoins le principe est toujours le même, et un ventilateur unique, placé da'ns la salle des machines,, envoie l'air déjà réchauffé dans des caniveaux parcourus par les canalisations de vapeur qui alimentent les surfaces rayonnantes et contiennent en certains points des batteries de tuyaux à ailettes.
L'emploi de la ventilation mécanique présente, outre une économie assez importante de combustible indiquée par la théorie et constatée dans la pratique, deux avantages capitaux. En premier lieu, ki ventilation peut être assurée en tous temps et quel que soit l'étal de la température extérieure. Il sufîit de supprimer ou de modérer le courant de vapeur envoyé dans les surfaces de chauffe tout en faisant fonctionner le ventilateur pour assurer le renouvellement régulier de l'air même par un temps plus ou moins chaud.
D'autre part le volume d'air envoyé par heure peut être réglé suivant la destination des salles, ce volume devant être en pratique plus élevé pour les salles de suppurants ou de tuberculeux que pour les fiévreux ou les blessés ordinaires. Quand on pénètre dans une salle d'hôpital ventilée mécaniquement, on est frappé de l'absence presque complète de cette odeur écœurante qui n'est pas Tune des moindres causes de la répugnance inspirée par l'hospitalisation à ceux qui devraient y recourir. On ne
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peut évidemment pas supprimer entièrement l'odeur de certains médicaments comme le phénol ou riodoforme; mais on éprouve une sensation de pureté de l'atmosphère et de bien-être très particulière. Nous l'avons notamment constaté le jour de l'inauguration de l'hôpital deRoubaix, où le séjour de plus de 100 personnes pendant une heure dans une salle destinée à contenir 16 malades n'avait pas sensiblement vicié l'atmosphère.
Service de Veau chaude. — Il est indispensable d'avoir constamment à la portée de toutes les salles de l'eau chaude pour le service des bains et des lavabos. Dans un hôpital possédant un groupe de chaudières à vapeur, il est tout indiqué d'installer en sous-sol, pour chaque groupe de pavillons, un réchaufieur formé d'un corps tubulaire dans lequel l'eau, sous la pression des conduites générales s'échauffe au contact de surfaces remplies de vapeur à haute température. Un robinet flotteur assure le renouvellement de l'eau chaque fois qu'il en est fait usage. Pour ne pas avoir besoin de conduites de vapeur de trop fort diamètre et pour assurer le réchauffement rapide de l'eau introduite, il est bon d'employer la vapeur à une pression assez élevée, 3 kilogs par exemple. Cette pression est réglée au départ par un détendeur ; ainsi que nous le verrons plus loin, cette canalisation est appelée à desservir d'autres services que celui de l'eau chaude, en particulier ceux de la stérilisation, qui doivent fonctionner toute l'année et qui ne pourraient être alimentés par la canalisation du chauffage proprement dit.
Si les canalisations conduisant l'eau chaude aux appareils d'utilisation étaient branchées directement sur le réchauffeur et avaient des longueurs importantes, il en résulterait un sérieux inconvénient : l'eau contenue
dans ces canalisations resterait froide, et il faudrait commencer par les vider entièrement avant de voir arriver l'eau chaude aux robinets de puisage. Ou peut l'éviter en faisant partir du réchauffeur une canalisation qui passe à proximité immédiate de chacun des postes à desservir, et qui, formant boucle sur elle-même, revient au réchauffeur ; sur cette canalisation est intercalé un organe de propulsion, petite pompe centrifuge à moteur électrique ou éjecteur à vapeur, qui assure une circulation constante de l'eau dans la canalisation.
Eclairage. — L'éclairage idéal pour les hôpitaux est l'éclairage électrique par lampes à incandescence. Il ne fait pas varier la température des locaux, ne vicie pas l'atmosphère, permet toutes les combinaisons possibles d'allumage, simultané ou successif. En outre l'énergie électrique est la seule utilisable pour transmettre la force à tous les appareils tels que ventilateurs et pompes disséminés en divers points des sous-sols. Klle se prête parfaitement à entretenir dans les otïices de petits réchauds ou des bouilloires permettant de faire cuire un œuf ou chauffer une tisane, seules opérations culinaires qui doivent être autorisées en dehors de la cuisine centrale.
Pour faciliter l'entretien, éviter les gaspillages de lumière et les actes de malveillance, il est utile que les circuits principaux alimentant les groupes de pavillons et les divers services de force motrice parlent tous d'un tableau de distribution placé dans la salle des machines et aboutissent, à chaque étage de chacun des pavillons, à un petit tableau secondaire placé dans la chambre de garde. De ce tableau partent des circuits secondaires qui, pour l'éclairage, sont généralement au nombre de trois par étage : l'un alimente les lampes d'éclairage
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principal des salles, un autre les locaux annexes, dans lesquels existent en outre des interrupteurs commandant chacun d'eux, le troisième les lampes de veille et les lampes extérieures devant rester allumées toute la nuit; pour les premières, on peut avantageusement les placer dans une cavité percée au-dessus des portes dans l'épaisseur des murs, avec une glace dépolie du côté des salles et une glace claire du côté des vestibules et couloirs. Aux circuits de veille doivent être rattachées les lampes des water-closets et quelques prises de courant convenablement placées pouvant recevoir une lampe mobile pour l'examen des malades.
La production du courant est assurée par une usine centrale, devant comprendre au moins deux groupes électrogènes (machine à vapeur et dynamo), de façon à pouvoir assurer le service avec sécurité absolue. En outre il est indispensable de disposer d'une batterie d'accumulateurs, tant pour permettre d'arrêter les machines une partie de la nuit que pour éviter toute interruption, même momentanée, du courant.
Il faut donc une véritable station centrale, dont la puissance, pour un hôpital général important, peut atteindre plusieurs centaines de chevaux-vapeur et une production de vapeur de plusieurs milliers de kilogs par heure. Dans cette station se trouvent réunies les chaudières, les machines, les dynamos, les accumulateurs électriques, la production de l'eau sous pression pour les ascenseurs, celle de l'air comprimé pour l'élévation des eaux-vannes, le départ de la distribution d'eau. Autant que possible, tous les organes de distribution et de mesure pour l'électricité, la vapeur à haute et à basse pression, les appareils de réglage à distance, doivent être groupés sur un grand tableau de distribution, d'où le mécanicien surveille et commande le fonctionnement de tous les
services, un réseau téléphonique le reliant à l'administration et à lous les pavillons. Ce tabkau, avec les canalisations de toute nature qui en partent, constitue en quelque sorte le cerveau et le cœur de rétablissement.
Services de transport. — Pour relier les divers pavillons
avec les services généraux, cuisine, pharmacie, lingerie
et buanderie, désinfection, nous avons vu qu'il existe
des galeries souterraines reliant tous les bâtiments entre
eux. Des chariots appropriés à chaque service ont été
combinés; nous les décrirons en détail à propos des-
services généraux. Dans certains hôpitaux parisiens, ces
chariots circulent sur des rails, et leur contenu doit être
transbordé sur les monte-charge pour être ensuite porté
à bras dans l'intérieur de l'étage où on l'a fait parvenir.
Cette disposition présente un double inconvénient : bruit
de roulement sur les rails, qui se répercute à travers les
planchers ; complication dans la manutention. Nous
pensons avoir remédié à ces défauts en employant de
«préférence des tricycles à roues caoutchoutées, dont les
dimensions sont telles qu'ils puissent tenir dans les
cages des monte-charges et circuler avec tout leur
contenu non seulement dans les galeries, mais dans les
salles elles-mêmes sans qu'il en résulte aucun bruit.
Quant aux monte-charges, nous préconisons pour les mêmes raisons les monte-charges hydrauliques, dont le fonctionnement est absolument silencieux. Les canalisations qui les desservent empruntent elles aussi les galeries souterraines ; l'eau sous haute pression est fournie par des jeux de pompes placées dans la salle des machines et commandées électriquement ; la constance de la pression est assurée par un accumulateur hydrau- I ique identique à ceux employés sur le port de Dunkerque dans la commande des grues et des cabe ns.