I. — Bâtiments
Les hôpitaux anciens se composaient généralement de bâtiments à plusieurs étages encadrant une ou plusieurs cours rectangulaires. Dans les. types construits au milieu du xixe siècle, comme l'Hôtel-Dieu de : Paris et Lariboisière, on multipliait les salles en accolant aux bâtiments principaux une série de pavillons de même nombre d'étages, perpendiculaires aux premiers sur la face extérieure de ceux-ci, et séparés entre eux par des cours relativement étroites, ouvertes sur une de leurs faces. Les services généraux occupaient le rez-de-chaussée ou les sous-$ols ; tous les transports se faisaient à bras par les escaliers. Le chauffage se faisait par calorifère à air chaud, la ventilation par tirage naturel de gaines pratiquées dans les murs et surmontées de cheminées d'appel.
Depuis que les travaux des hygiénistes modernes ont démontré l'influence de la lumière et du renouvellement abondant de l'air sur toutes les fonctions de l'économie
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et aussi sur la destruction des germes infectieux, on a adopté le système des pavillons isolés, contenant chacun un nombre relativement restreint de malades, et partagés eux-mêmes en salles renfermant au maximum 16 à 20 lits. A côté de ces salles principales doit exister un nombre important de locaux accessoires, dont l'étendue et la bonne disposition constituent le point capital pour le confort et pour la commodité du service. Ce sont d'abord les salles d'isolement, pour les malades dont l'état nécessite un calme complet ou peut incommoder ou impressionner les autres malades (toux fréquente, délire, agonie, etc.). C'est la chambre de garde, d'où l'infirmier, tout en prenant. un repos bien nécessaire, peut d'un coup d'œil voir ce qui se passe dans les salles confiées à sa surveillance. C'est l'office, où Ton peut tenir au chaud une tisane, nettoyer les quelques ustensiles à l'usage spécial du pavillon. Ce sont les lavabos, les water-closets, les vidoirs, dont la disposition doit être telle qu'ils soient le plus possible à la portée des malades et du personnel, sans que néanmoins leur voisinage puisse présenter d'inconvénients ou de dangers. Ce sont les salles de bains pour les malades transportables et les baignoires mobiles pouvant être amenées près des lits. Ce sont enfin les réfectoires et salles de réunion où les malades en état de se lever se tiennent pendant diverses périodes de la journée.
Tout cet ensemble, pour un pavillon composé en plan de deux salles de 10, 12 ou 16 lits, occupe déjà un espace considérable. Quand il s'agit d'un hôpital ne devant pas recevoir plus de 250 à 300 malades, il y a intérêt, c'est le cas pour l'hôpital de Rosendaël,à construire des pavillons à simple rez-de-chaussée, où la circulation de l'air extérieur est rendue facile par le peu de hauteur des bâtiments. Mais si l'établissement est plus important, la
surface de terrain nécessaire et les constructions ellesmêmes deviendraient trop coûteuses, puisque, quel que soit le nombre d'étages, les fondations et la toiture représentent une dépense presque constante. En outre, le développement des nombreuses canalisations dont nous parlerons plus loin atteindrait des proportions fort onéreuses. Enfin la surveillance et le service présenteraient des difficultés que la multiplication du personnel ne suffirait même pas à résoudre,sans compter l'énorme accroissement de dépenses d'exploitation qui en résulterait. On en est donc revenu à superposer des étages, en nombre limité, mais en séparant les pavillons par des espaces suffisants pour que la circulation de l'air soit largement assurée, que les ombres portées ne nuisent pas au large ensoleillement des façades, et aussi en orientant les 'pavillons de telle sorte qu'à la fois la lumière y pénètre abondamment et que les vents dominants de la contrée balaient les espaces qui les séparent. Tel est le cas de l'hôpital de la Fraternité à Roubaix ; tel est aussi celui des remarquables projets d'après lesquels vont être construits l'hôpital de Toulouse et l'hôpital de la Tronche, à Grenoble.
Les pavillons doivent être spécialisés. Tout d'abord il est de règle de séparer les services des hommes, ceux des femmes, ceux des enfants. Dans iin hôpital général, recevant les malades de tous âges et atteints de toutes sortes d'affections, il y a lieu de distinguer les services suivants :
Services de chirurgie, recevant les blessés et les malades sur lesquels doivent être pratiquées des opérations. Ces services doivent posséder, en outre des annexes qui se retrouvent dans tous les autres,les salles d'opérations avec les locaux accessoires pour l'anesthésie et pour la stérilisation des instruments et des pansements.
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Services de fiévreux non contagieux.
Services de tuberculeux.
Services de contagieux» comprenant de, petites salles et des pavillons spéciaux, pour chaque genre de maladie ; les étages, s'il en existe,doi vent avoir chacun une entrée distincte sur la cour.
Il faut y ajouter :
La Maternité, comportant des dispositions différentes des autres pavillons, notamment une salle d'accouchement et une salle d'opérations, avec leurs annexes, ainsi qu'un quartier .d'isolement, pour les femmes suspectes de fièvre puerpérale.
Enfin un dépôt d'aliénés, pour les malades en observation ou attendant leur transfert dans un asile.
D'autres bâtiments constituent le quartier des services généraux : d'abord les bâtiments d'administration, comportant, outre les bureaux et les logements eécessatres. un service d'entrée, dont il y a intérêt à £aire un paviUon distinct, avec boxes d'isolement, salles de déshabillage, cabinet de consultation et salles de bain ; la cuisine, la pharmacie, la buanderie et la désinfection ; le service des morts, avec salle d'exposition, salle d'autopsie et laboratoire de recherches.
Enfin, le fonctionnement de toutes les installations mécaniques et sanitaires que nous allons décrire demande une production importante de vapeur et d'électricité, d'où nécessité d'un hàtiment des machines qui. pour un hôpital de 5 à 600 lits et au-delà, prend une importance considérable. Des ateliers d'entretien, avec magasins de pièces de rechange, en sont le complément indiqué.
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Comment ces divers services doivent-ils être groupés et reliés entre eux?
Une disposition rationnelle et presque toujours suivie consiste à placer les bâtiments d'administration au centre de l'établissement, à proximité de la porte d'entrée ; en arrière, les pavillons de malades généraux placés parallèlement les uns aux autres et à un axe choisi en tenant compte de l'orientation et de la direction des vents domi nants : quartier des hommes d'un côté, quartier des femmes de l'autre, les pavillons de chirurgie placés au milieu avec les salles d'opérations et leurs annexes entre 1 es deux reliés ensemble par une galerie à hauteur de rez-de-chaussée ; les pavillons de contagieux placés à quelque distance des autres dans une enceinte fermée par des grilles; les services généraux formant un groupe avec cour ayant son entrée particulière, la buanderie et la cuisine étant à proximité du bâtiment des machines ; enfin, la Maternité un peu séparée des autres services et possédant, autant que possible, une entrée distincte.
Mais ces bâtiments en ordre dispersé doivent pourtant communiquer facilement avec les services généraux*qui les alimentent et avec le bâtiment des machines, d'où partent les canalisations de chauffage, de lumière et de force. Il faut donc les relier par des galeries souterraines, autant que possible spacieuses, bien éclairées et d'un accès facile ; parfois, c'a été le cas ici même, la proximité de la nappe d'eau, l'étroitesse des crédits, ne permettent que de faire des caniveaux recevant les canalisations et la circulation de l'air de ventilation ; ailleurs, comme à Roubaix, elles constituent de véritables rues souterraines, qui communiquent de plain pied avec les soussols de chaque bâtiment et par des ascenseurs avec tous leurs étages ; parfois même, comme au nouvel hôpital en construction à Toulouse, ces-galeries sont doubles, une
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partie ne servant qu'à la circulation, l'autre recevant toutes les canalisations et n'étant visitée que par le personnel technique chargé de l'entretien. Cette dernière disposition est évidemment l'idéal.
Me permettrai-je d'ajouter quelques mots sur l'esthétique de ce genre de constructions ? L'Hôpital moderne est une usine, une usine à guérir les malades. Ce serait donc une erreur économique, un gaspillage du bien des pauvres, que de chercher dans des matériaux de prix, dans des décorations coûteuses, une satisfaction pour l'œil du visiteur qui ne serait d'aucun profit pour la clientèle de l'hôpital. Il est néanmoins désirable et possible d'obtenir un aspect non seulement satisfaisant, mais agréable et parfois même d'un grand caractère. C'est, à l'extérieur, par la sobriété des lignes, l'heureuse proportion des pleins et des vides, par des décrochements pittoresques et justifiés par les dispositions intérieures, par les formes accentuées des toitures, qu'il faut trouver l'élément rompant la monotonie qui pourrait être l'écueil d'un tel genre de constructions.A l'intérieur, c'est la lumière qu'il faut chercher par la bonne dimension des baies, le ton clair des peintures laquées et des carrelages ; la bonne proportion entre la hauteur et la largeur des salles, l'emploi des revêtements céramiques dans les points exposés aux souillures, l'arrondi harmonieux de tous les angles, viennent donner la sensation que toutes les précautions imposées par l'hygiène ont été prises.
C'est ce qu'ont réalisé M. Maillard à Rosendaêl et M. Coliez à Roubaix ; c'est aussi ce qu'a fait, avec une intéressante adaptation du style flamand, l'éminent professeur d'architecture de l'Université de Gand, M. Cloquet, dans la policlinique annexe de cette Université; c'est ce qu'on rencontre enfin dans la superbe clinique
ophtalmologique Rotschild, édifiée à Paris aux portes du jardin des Buttes-Chaumont.
Lorsque, comme à Toulouse, les pavillons peuvent être dispersés au milieu d'un terrain déjà recouvert de grands arbres qui permettent de les entourer dès le début d'un beau parc, l'hôpital n'éveille plus avec la même angoisse que par le passé l'idée de la souffrance humaine,