‹ Mémoires;Chapitre 102 sur 173 · DÉPART DE FLANDRE EN HABITS DE PELERIN · texte numérisé non relu

DÉPART DE FLANDRE EN HABITS DE PELERIN

Licence me fut donnée, et, comme je n'avais pas de quoi aller à cheval, soit seul, soit avec un valet, je me vêtis en pèlerin, à la française, car je parlais bien cette langue. Je fourrai une épée dans le creux de mon bourdon, mes papiers dans mon havre-sac, et je me mis en route.

Je passai par une ville appelée Creu (Creil), située entre Amiens et Paris ; là se trouvait le prince de Condé, avec la princesse qui s'y était retirée, sans crainte désormais. Je le priai en grâce de me donner une lettre pour le Maître de Malte ; il me la donna — elle n'avait pas plus d'un doigt de longueur et de largeur — et, en outre, trois cents réaies. Je poursuivis mon chemin, entrai en Bourgogne, et arrivai à une ville appelée Jalon

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(Ghâlons-sur-Marne). Un fleuve passe sous ses murs. La porte de la route par où j'arrivais était close, et il me fallut côtoyer le fleuve pour entrer par une autre.

J'allais en curieux, très absorbé à considérer les fortifications. On le remarqua, et, au moment où je passais la porte, on se saisit de moi. Moi qui n'avais rien fait de mal, je ne voulais lâcher mon bourdon et faisais effort pour qu'on ne me l'arrachât. Eux de dire : « — Espion, ce bougre d'Espagnol. )) Car, quoi que nous fassions, l'espagnol en nous perce toujours. Nous nous démenions si bien que se déboîta le bourdon. Ils virent Tépée, dont ils crurent de plus belle que j'étais un espion.

Ils me traînent en prison ; on se met en devoir de me donner la torture. D'aucuns opinent à me pendre : on m'avait surpris dissimulant des armes, était-il besoin d'autre preuve ? Moi, je montre mes papiers et la licence de l'Archiduc. A d'autres ! Tellement qu'un espagnol marié en cette ville — il ne pouvait résider dans les états du roi parce qu'il était de ces mutinés des Flandres qui avaient été déclarés traîtres, — me prend en pitié comme compatriote, vient à moi et dit : (c — Senor, que Votre Grâce ne laisse pas de se tenir sur ses gardes. Ces gens-ci vous veulent pendre. Voyez si vous voulez que je fasse quelque

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