VOYAGE AU LEVANT AVEC LES GALIONS
Derechef, on envoya les deux galions au Levant. Nous y fîmes d'incroyables voleries sur mer et sur terre, tant avait de chance ce vice-roi I Nous mîmes à sac les entrepôts d'Alexandrette, port de mer où arrivent s'entasser toutes les marchandises venues par terre de l'Inde ^de Portugal par Babylone et Alep. Et grandes fuient les richesses que nous en rapportâmes.
Dans le cours de ces voyages, moi, je ne m'endormais pas. J'étais féru de navigation; j'interrogeais toujours les pilotes ; je les regardais relever le point sur leurs cartes ; je me rendais entendu en terres, caps et ports, au fur et à mesure que nous les doublions, marquant tout; c'est ce qui me servit depuis à faire un Routier ^ de tout le Levant, routier qui comprend Morée, Anatolîe, Caramanie, Syrie et Afrique, jusqu'au cap Cantin dans la merocéane ; les îles de Candie, Chypre, Sardaigne, Majorque et Minorque ; la côte d'Espagne du cap Saint-Vincent, en côtoyant la terre,
I. n existe, à la Bibliothèque Nationale de Madrid, un manuscrit ancien de ce Routier ou Portulan sous la cote 2. 187.
l8 MÉMOIRES DE CONTRERAS
de San Lucar et de Gibraltar jusqu'à Carthagène, et, de là, à Barcelone; la côte de France jusqu'à Marseille, et, de là, à Gênes ; la côte de Gênes à Livourne, au Tibre et à Naples ; et toute la Calabre, jusqu'à la Fouille et au golfe de Venise, port par port, avec les caps et les cales où peuvent relâcher les différentes nefs, chacune suivant son tirant d'eau. Ce routier fait de ma main se promène par là, parce que le prince Philibert ^ me l'a demandé pour le voir et me l'a gardé.