COMBAT CONTRE WALTER RALEIGH
A deux jours de là, je reçus avis que Walter Raleigh mouillait là proche avec ses cinq bateaux. Je parlai au président de leur aller sus, et il le trouva bon, malgré les protestations des maîtres,
qui disaient : « — Si nos navires se perdent, on sera tenu de nous les payer. » J'arme les deux bateaux que j'avais amenés de Porto-Rico, plus un autre venu du Cap Vert avec une cargaison de nègres ; avec ces vaisseaux et les miens je sors du port, faisant mine d'être bateaux marchands, et cingle vers l'ennemi. Lorsqu'il nous signale, je fais virer de bord comme si je fuyais. Les ennemis mettent toutes voiles sur nous ; nous faisons exprès de fuir lentement; en rien de temps ils nous joignent. Alors, je leur tourne la proue, arbore mes étendards, et nous voilà à foncer sur eux, eux sur nous. Ils étaient meilleurs voiliers que nous, par ainsi, lorsqu'ils voulaient nous atteindre ou nous fuir, ils le pouvaient ; et voilà comme il ne m'en resta nul entre les griffes. On combattit. Advint à leur amiral de mourir d'un boulet ; lors ils nous reconnurent non pour marchands, mais pour vaisseaux de guerre à leur poursuite, de sorte qu'ils s'en furent.
Moi, je retournai à Santo Domingo où je terminai mon fort, puis je partis pour Cuba, où je bâtis en quatre jours une autre petite redoute. J'y laissai dix soldats. A Santo Domingo j'avais laissé cinquante hommes et les trois bateaux ; je n'en avais plus qu'un, mais bien armé. Cuba est une ville en l'île du même nom, sur laquelle sont encore bâties La Havane, El Bayamo (San-Salva-