‹ Mémoires;Chapitre 121 sur 173 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

vinrent perdre à six lieues du port. On dit : (( — C'est, pour sûr, la faute à l'amiral, lequel n'est pas homme de mer et de sa vie n'a mis le pied sur l'eau. » Il s'appelait N. Figueroa. Pour réparer ce désastre, on le bombarda amiral d'une nouvelle flotte.

La capitane et le \aisseau amiral s'étaient jetés à la côte dans le même parage, et de la capitane il ne resta pas une écharde, encore que ce fût un galion qui jaugeait plus de huit cents tonnes et portait quarante pièces de bronze de gros calibre. Le général et tous ses gens se noyèrent, et il ne se sauva pas plus de quatre personnes. Dans le vaisseau amiral presque tous se sauvèrent ; ce galion ne se disloqua pas aussi vite parce qu'il donna en un endroit plus profond. Les autres coururent le détroit : l'un d'eux se perdit à Tarifa, un autre à Gibraltar, un autre au cap de Gâta. Les deux pataches se sauvèrent. Tel fut le sort de cette flotte.

Pour y remédier, — comme si c'eût été à moi la faute, — on m'envoya avec deux tartanes à la plage de Tarifa, recueillir trente pièces de bronze qu'on avait jetées hors du galion qui s'y était perdu ; car, — on en avait eu vent, — deux galions d'Alger se trouvaient là, qui voulaient embarquer cette artillerie, mais les troupes de terre les en avaient empêchés. Moi, j'arrivai avec

mes deux tartanes, et embarquai les pièces. J'avais ordre, au cas où les ennemis me serreraient de trop près et en viendraient à m'attaquer, de me faire couler à pic avec toute l'artillerie, pour que ceux d'Alger n'en devinssent pas plus forts, et de commander à l'autre tartane d'en faire autant. Mais je serrai le continent, côte par côte ; les ennemis tenaient la haute mer ; tant et si bien qu'ils ne purent me faire dommage et que je ramenai sauve l'artillerie.

A peu de jours de là, on apprit à Cadix que la Mamora (Meheddia) était assiégée sur mer et sur terre : sur terre par trente mille Maures qui lui avaient donné trois fois l'assaut ; de plus, sur mer, empêchaient qu'on y jetât tout secours, vingt-huit galions de guerre, tant turcs que hollandais.

Le duc de Médina Sidonia donna l'ordre de se mettre en mesure de ravitailler incontinent la place. Sur quoi monseigneur D. Fadrique de ïoledo ^ para en hâte les galions de sa flotte. Mais les conjonctures ne lui permirent pas de faire l'expédition ; par ainsi, on se contenta de charger

I- D. Fadrique de Toledo y Osorio, fils de D. Pedro de Tolède, marquis de Yillafranca, créé marquis de Villanueva de Valdueza le 17 janvier 1624, capitaine général du royaume de Portugal et de la flotte de la mer océane, f le II décembre i634.

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