‹ Mémoires;Chapitre 122 sur 173 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

deux tartanes de poudre, mèche et boulets : c'était là ce qui faisait faute à la Mamora, les assiégés y ayant brûlé jusqu'aux cordes des puits ou citernes, jusqu'à celles même des lits de camp où dormaient les soldats. Moi, cependant, considérant que, tout décidé que fût le départ de ces tartanes, et après Tordre qu'on avait donné aux capitaines de choisir parmi leurs hommes les plus éprouvés de chaque compagnie, aucun de ces capitaines ne s'était encore offert, j'allai trouver le duc, et dis : « — Sefior, je supplie Votre Excellence de me confier cette expédition. Que si vous m'octroyez cette grâce, marquez-moi au front d'une S et d'un clou ^ comme votre esclave. » Il m'en sut gré et me donna ordre de partir.

Les capitaines de la garnison, voyant que j'avais été désigné, allèrent trouver le duc, et lui dirent : u — Mais ce poste revenait à un d'entre nous qui sommes sous les ordres de Votre Excellence, et non pas à Contreras, qui n'y est pas et se trouve là pour préparer le départ de la flotte des Philippines. » J'en fus informé et m'écriai en public : (( — Si on m'a donné ce commandement, si je l'ai, ma foi, sollicité, c'est après que mes criailleurs avaient reçu avis de mettre sur pied de

I , On marquait les esclaves d'une S (essej et d'un clou fclavoj, ce qui signifiait esclavo.

2IO Ml^MOlRES DE CONTRERAS

campagne des hommes de leurs compagnies, et, comme il ne s'est trouvé personne pour le deman der, je l'ai demandé, moi. Je suis, d'ailleurs, capitaine d'infanterie et plus ancien que certains autres. Si quelqu'un y trouve à redire, je l'attends à Santa Catalina pour me couper la gorge avec lui. » Et, comme je m'acheminais vers l'endroit désigné, survint un adjudant de la part du duc qui me faisait appeler. J'y allai. Il m'ordonna de lui apporter un congé de monseigneur Juan Ruiz de Contreras aux ordres de qui j'étais. Le congé apporté, on me donna les instructions que j'aurais à suivre, et c'était en particulier ceci : « Avec votre bonne chance, et Dieu aidant, vous devez introduire le secours ou vous laisser mettre en pièces. ))

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