RENCONTRE AVEC LA FLOTTE HOLLANDAISE
Bien des jours après, le six octobre mil-sixcent-vingt-quatre, nous eûmes rencontre avec la flotte hollandaise, forte de quatre-vingt-deux voiles, encore que toutes ne fussent de guerre. Nous leur courûmes sus, sous Malaga, à quinze lieues au large. Tout ce que je puis vous dire, c'est que le galion, capitane de Ribera, et le mien, qui était son amirale^ nous engageâmes le combat à
I. La capitane était le principal vaisseau d'une flotte, ïamirale venait en second lieu.
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quatre heures de relevée, et, avec nous, la capitane de D. Juan Fajardo.
Ce qui advint, on ne le peut dire, si ce n'est que les ennemis se moquèrent de nous. Si la capitane de Ribera n'eût reçu une canonnade au-dessous de sa ligne de flottaison et s'il n'eût fallu mettre une barque à l'eau pour la secourir, Dieu sait comme il en eût tourné pour l'ennemi. Quant au malencontreux boulet qui avait crevé la capitane, il n'était pas chrétien, et ce n'était pas des vaisseaux ennemis qu'on l'avait tiré. Enfin, passons outre.
Le jour tomba et, cette nuit-là, voici que nos Hollandais s'en vont passer le détroit sans être inquiétés par âme qui vive, ce qu'ils n'eussent espéré ; même ils se seraient accommodés de perdre le quart de leurs vaisseaux, comme ils l'avouèrent depuis. Nous revînmes à Gibraltar où resta D. Juan Fajardo ; moi et Ribera, nous allâmes à la recherche des galions de l'argent. Les ayant rencontrés, nous les escortâmes jusqu'à San Lucar, y ramenant aussi — nous nous en étions emparés en route — deux navires turcs et une prise de sucre qu'ils portaient à bord.
Nous revînmes hiverner à Gibraltar, et j'y tombai malade. D. Juan Fajardo me donna pour Séville un congé de convalescence de vingt jours, et, ce délai expiré, il disposa de ma compa-