CHAPITRE XV
gnie ^ Je m'allai plaindre à la Cour et Sa Majesté me fit grâce d un commandement de cinq cents hommes d'infanterie, lesquels, divisés en quatre compagnies, devaient aller servir sur les galères de Gênes.
Je levai ma troupe, et nous étions sur le départ, quand je reçus ordre d'aller avec mes hommes m'embarquer à Lisbonne sur une flotte fraîchement équipée pour tenir tête à la flotte d'Angleterre ; Tomas de Larraspuru était notre chef. Cette flotte anglaise, nous l'attendîmes plus de deux mois à Cascaes et à Belen : on avait vent qu'elle n'allait nulle part ailleurs qu'à Lisbonne, oii l'appelaient les juifs. Mais, nous voyant prêts à la recevoir, elle se dirigea vers Cadix. Lorsqu'on le sut, ordre nous fut donné de ne pas abandonner pour autant notre poste ; nous y restâmes donc jusqu'au moment où l'on apprit que l'escadre avait fait retraite en Angleterre.
Le marquis de La Hinojosa^, général de mer et de terre, se mit à licencier les troupes, la mienne entre autres, moi en tête. Nous retournâmes à
I. M. Serrano y Sanz a reproduit dans son introduction plusieurs pièces provenant des archives de Simancas, et relatives à ce fait.
3. D. Juan de Mendoza, marquis de San German et de La Hinojosa, ambassadeur en Angleterre, gouverneur du Milanais, vice-roi de Navarre, du Conseil d'Etat, f le 24 février 1628.
23o MÉMOIRES DE CONTRERAS
Madrid demander l'ordre de joindre nos galères ; mais ce beau feu s'était refroidi parce que, disait-on, il y avait guerre en Lombardie. La vérité, c'était que les Génois sont puissants. Le duc de Tarsis * — il avait, parbleu I ses galères garnies d'Espagnols — eut beau pousser à l'expédition, il ne put obtenir pour l'heure qu'on l'entreprît. De sorte que nous voilà fichés à la Cour, pauvres solliciteurs d'emplois. Moi, je ne m'en tirai pas mal. Lope de Vega, sans que je lui eusse parlé de ma vie, m'emmena en sa maison, disant : « — Senor capitaine, avec des hommes tels que vous on est tenu de partager sa cape. )) Et il me garda auprès de lui en camarade plus de huit mois, me donnant à dîner et à souper; et jusqu'à des vêtements dont il me fit cadeau. Dieu le lui rende I Non content de ça, il me dédia, dans la Vingtième Partie de ses œuvres, une comédie intitulée Le roi sans royaume ; elle rappelle ma prétendue royauté sur les morisques.
Je tins à vergogne, étant sans ressources, de rester à la Cour, d'autant que, même quand ils en ont, déplacés y sont les soldats. Par ainsi, je m'occupai de venir à Malte, pour voir ce que j'avais à attendre de mon habit de Saint- Jean, et quand il me rapporterait un peu de quoi manger.