‹ Mémoires;Chapitre 137 sur 173 · JE DEVIENS GOUVERNEUR DE PANTELLARIA · texte numérisé non relu

JE DEVIENS GOUVERNEUR DE PANTELLARIA

Un mois plus tard, comme je voulais avoir licence d'aller à Malte, le duc d'Alburquerque ^ vice-roi du royaume de Sicile, m'octroya le gouvernement de la Pantanalea (Pantellaria), île située quasi en Berbérie, où il y a terre et château-fort avec cent vingt soldats espagnols. A l'aller, je passai par Malte, mais voilà que, n'ayant fait ni caravane ni résidence, je ne pouvais obtenir de commanderie ; en outre, les commanderies réservées aux simples frères servants d'armes sont rares et mesquines, la meilleure ne rapportant pas six cents ducats.

Je fus seize mois gouverneur de Pantellaria. J'eus quelques escarmouches avec ceux qui s'y viennent ravitailler de viande et d'eau. Je m'a-

I. D. Francisco Fernandez de la Gueva, 7* duc d'Alburquerque, du Conseil d'Elat, vice-roi de Sicile de 1627 à 1682, avait été ambassadeur à Rome, fie 18 juillet 1637.

232 MÉMOIUES DE CONTRERAS

visai, de plus, qu'une église où est le siège de notre confrérie de Notre-Dame du-Rosaire était, aussi pauvrement qu'une auberge de grand chemin, couverte de chaume et de roseaux. Je fis venir de Sicile du bois, et mêmement un peintre et des couleurs. Je restaurai ladite église et la couvris de bonnes poutres et voliges ; j'y fis six arceaux de pierre^ une tribune et une sacristie ; enfin je la fis peindre en son entier : le plafond, la chapelle principale où je fis imager, aux deux côtés, les quatre évangélistes, et Tau tel de Notre-Dame, que je fis peindre sur bois. De plus, au-dessus d'un arc, un Dieu le Père, et sur cet arc, les quinze mystères, chacun d'eux portraituré au naturel. Je fondai à perpétuité une rente, comme suit : Tous les ans, le troisième jeudi avant le carême, on aurait à célébrer une messe chantée avec diacre, sous-diacre, catafalque et cierges, plus douze messes basses, et, la veille, l'office des trépassés avec catafalque et cierges, le tout pour les âmes du purgatoire. Item, je laissai une rente pour que, le jour où l'on apprendrait mon décès, on eût à dire deux cents messes pour le repos de mon âme. Item, je laissai de quoi nettoyer les peintures et blanchir l'église tous les deux ans. En outre, j'instituai une messe basse mensuelle pour le repos de mon âme ; le tout hypothéqué sur la meilleure terre de l'île.

Page 1