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LE COMTE DE MONTEREY PASSE LES TROUPES EN REVUE

Mais j'étais capitaine de cavalerie ; il fallut bien entrer en nouveaux pensements ; d'autant que le comte mon maître s'avisa de faire une montre générale de toute la cavalerie du royaume et de l'infanterie, tant espagnole qu'italienne : la cavalerie au grand complet, y compris les nouvelles levées, soit plus de deux mille cinq cents chevaux; l'infanterie très brillante et très nombreuse, bien qu'on n'y fit paraître que les levées, sans les milices du royaume, soit deux mille sept cents Espagnols et huit mille Italiens, tous gens de choix.

Ah ! qu'il allait donc falloir de galants équipages ce jour-là ! Moi, tout pauvre que j'étais, j'arborai livrée : deux trompettes, quatre laquais, tous d'écarlate vêtus, surchargés de passementeries d'argent, avec baudriers, épées dorées, plumes, et, par dessus leurs vêtements, des manteaux garnis de même. Mes chevaux, qui étaient cinq, avec

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leurs selles, deux d'entre eux couverts de passementeries d'argent, tous avec, aux arçons, leurs pistolets ouvrés. Moi, je parus avec des armes azur flammées d'argent, des chausses de chamois toutes passementées d'or, des manches et un collet de même ; sur la salade, toute une montagne de plumes bleues, vertes et blanches ; sur les épaules, une écharpe rouge couverte de broderies d'or, si vaste que, ma parole! elle eût pu servir de couverte à un lit. C'est en cet équipage que j'entrai en la place, suivi de mon alférez, de mon étendard, et de quatre-vingts cavaliers bien armés : les soldats avec leurs écharpes rouges, et mon frère — lequel me servait de lieutenant, — en queue de la compagnie, tout à fait magnifique. Je vous laisse à penser quelle entrée nous fîmes 1 Avec les autres capitaines — et il y en avait quantité — nous défilâmes tous devant le Palais d'où regardaient, en l'un des balcons, le comte mon maître et Leurs Éminences les cardinaux Savelli^ et Sandoval, et, en un autre balcon, ma maîtresse la comtesse de Monterey et Sa Seigneurie la marquise de Monteroso, avec leurs dames. A mesure qu'elles débouchaient en la place, toutes les compagnies de cavalerie faisaient une cara-

I. Giulio Savelli, référendaire aux signatures de Grâce et de Justice, créé cardinal le 2 décembre i6i5 par le pape PaulV.

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