CHAPITRE XVII
et honoré tous ceux qui ont eu recours à son intercession ?
En bref, inessire lecteur, ne crois pas que j'exagère par passion, je suis même resté très au-dessous de la vérité, et je jure sur Dieu et sur cette croix f que, au moment où j'écris ceci, soit le quatre février mil- six-cent-trente-trois, je me trouve à Palerme en la disgrâce du comte mon maître ; dont vous verrez plus avant le comme et le pourquoi. Mais, malgré tout, je m'estime plus d'être son serviteur, même en disgrâce, que, même en grâce, le serviteur d'un autre ; car jamais je n'oublierai ingratement les bienfaits reçus ni le pain mangé en sa maison.
Pour retourner à mon discours, je vous dirai, monsieur, que nos escarmouches prirent fin, et ce fut le vingt juin mil-six-cent-trente-deux. Nous retournâmes chez nous recrus et suants. Le lendemain, ordre du comte de répartir toute la cavalerie sur les côtes pour les défendre : on avait eu nouvelles de l'escadre turquesque. A moi m'échut d'aller avec cinq cents chevaux, dont j'étais chef, en la principauté de Citra (Principauté citérieure). J'y restai jusqu'à la fin d'août dans les campagnes de Bol (Agropoli) et en Achierno (Acerno). En ce lieu-là, tout en pleine canicule que nous fussions, si froid faisait-iL qu'il fallait mettre deux couvertes au lit. Aussi, de jour, faisions-nous l'exercice à
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cheval, escarmouchant les uns contre les autres ; parfois nous allions courre la bague.
JE FAIS DON d'un CHEVAL AU COUVENT DE SAINT-FRANÇOIS.
Il y avait en la compagnie un grand cheval de quatre ans si vicieux qu'il avait estropié quatre soldats à moitié et un autre tout à fait. Pour le ferrer, il fallait lui attacher les pieds de devant et de derrière, et il était si féroce qu'une fois jeté sur le sol, il rompait toutes les cordes pour grosses qu'elles fussent. Je donnai ordre de le conduire au couvent de monseigneur Saint François pour le donner en aumône. On l'y mena par le licol. Le Gardien dit : (( — Puisque le capitaine le donne en aumône, qu'il fasse contrat pour que nous le puissions vendre. » Ledit cheval fut, cette nuit-là, si méchant que personne ne fut tant hasardeux que de le mener boire. Le lendemain, je fis le contrat et le Gardien me dit : <( — Senor, je crains que ce cheval ne nous tue quelque moine. » Et il s'en fut porter l'écrit au couvent. Le lendemain, il me dit : « — Senor capitaine, le cheval reste tranquille et semble s'être accoisé un petit. » Bref, en six jours, il devint si domestiqué qu'il n'y avait bourricot pareil. On l'apparia avec une jument que possédait le couvent, et il allait à