‹ Mémoires;Chapitre 160 sur 173 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

côté d*elle comme si point n'eût été cheval ; dont toute la ville s'émerveilla.

Or, moi, j'avais entre autres un cheval que j'appelais Colonna. Comme nous allions — ainsi faisions-nous chaque jour, — escarmoucher et courre à la promenade de San Francesco, je l'enfourche. C'était une douce bête, et je répète que j'avais souventes fois escarmouche et couru lances avec lui. Mais voici que, ce jour-là, dès l'entrée en la carrière, il refuse de partir. Moi, colère, je donne des éperons; il démarre, à quatre pas se bute. Je répète, il s'entête à recommencer ; cette bête-là ne voulait courir qu'à peine et en se traversant. Les soldats me supplient: « — Mettez pied à terre, il ne courra pas. » Et l'un d'eux : u — Donnez-le moi, je le ferai courir et le guérirai de ce vice. » Je descends, le soldat l'enfourche ; il n'était pas sur son dos que le cheval s'emporte, pique droit au mur, s'y écrase avec le soldat, tous deux tombés morts sur le coup; dont je restai épouvanté. Est-ce l'aumône du cheval que j'avais donné; est-ce l'autel que j'avais fait élever pour dire la messe pour les âmes du purgatoire ; est-ce le bref que j'avais fait venir de Rome pour un autel privilégié ? Dieu sait la cause de tel bienfait, duquel je lui rends grâces, ainsi que de tous les autres dont il m'a comblé chaque jour.

Je rentrai à Naples avec ma compagnie, et on

nous logea au pont délia Maddalena. J'en sortais chaque nuit, à la tête de vingt chevaux, pour battre la marine de Torie del Greco, cependant que les autres compagnies faisaient de même à Topposite, vers Pouzzoles. J'avais d'excellents chevaux, mais mes hommes de troupe ne valaient rien, si bien que, pour refaire ma compagnie, le comte donna ordre de la mettre sur le pied de paix; ce qui fut fait.

Pour moi, Son Excellence me fit largesse du gouvernement de Pescara, un des meilleurs de ce royaume. Je lui baisai la main pour cette faveur, et restai là plus d'un mois sans réclamer mes patentes ; tellement qu'un beau matin le comte mon maître m'envoya dire par le secrétaire Rosales que je lui ferais plaisir de parer deux petits galions et une patache qui étaient dans le port, et d'aller au Levant pirater un brin.

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