‹ Mémoires;Chapitre 166 sur 173 · CHAPITRE XVIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIIl

pour aller à Malte, n II me fallut recourir au Receveur de l'Ordre ; il parla au vice-roi, lequel alors me laissa tranquille.

Au bout de vingt jours, bulles m'arrivèrent d'une commanderie de Saint-Jean qui m'était attribuée ; c'était celle de Puente de Orbigo^ Je restai encore deux mois à Palerme. Au bout de ce temps arrivent deux galères de Gênes qui portaient un évêque. Je dis au capitaine de l'une : « — Me voulez-vous mener à Naples à condition de n'en rien dire au comte? » Il y consent, et son premier soin fut de l'avertir. Le comte savait déjà par la chronique ce qui s'était passé en Sicile. Il appela son secrétaire Gaspar de Rosales, et lui dit : (( — Faites appeler Contreras, tâchez d'en venir à bout et qu'il reste à Naples. )) Le secrétaire me fit passer sur la galère un billet court et bref. Il me disait : u Le comte sait que vous êtes ici ; venez dîner avec moi, nous avons deux mots à nous dire. » Voyant que je ne le pouvais esquiver, je descendis de la galère et vins au palais 011 je vis le secrétaire. J'exhibai mes bulles ; il en resta ébahi et monta en haut les faire voir au comte, lequel dit : « — Bien me force à décolérer ce que porte là Contreras I Catéchisez-le, par ma vie I

I. Sur la rivière de ce nom, diocèse d'Astorga, province de Léon.

28o MEMOIRES DE CONTRERAS

faites qu'il reste ici à terre. » Nous dînâmes et il y eut foison de sermons, mais pas moyen de me retenir.

Les deux galères allaient repartir pour Gaëte, Oîi d'autres les attendaient pour aller à Gênes. Le secrétaire me donna un pli du comte pour le remettre en mains propres à la marquise de Charela^ ; ce que je fis. Or, comme on avait tiré le coup de canon du départ, le gouverneur de Gaëte envoya le brigantin armé pour m'emmener à Naples ; mais, comme mon bagage était au-dessous de tous les autres, on ne le put tirer, ce qui pour moi fut heur. Nous fîmes bon voyage jusqu'à Gênes.

Deux jours plus tard arriva l'Infant Cardinal — au ciel soit-il ! — Il fît une entrée magnifique et, de là, s'en fut à Milan, et moi en Espagne dans les galères qui l'avaient amené.

I. Antonio Manrique, marquis de Gharela, eut une charge en Sicile et fut plusieurs fois soupçonné de malversations. D'après Gayangos (Cartas de algunos Padres de la Companiade Jésus, I, 87, 338 et II, 7), il avait épousé en Italie la marquise dont il est ici question, et une de leurs filles, surnommée La Charela, aurait été la mère de Francisco Fernando d'Autriche, fils bâtard de Philippe IV, qui mourut le 12 mars i634 à la tour d'Isasi, en Biscaye, où il était élevé secrètement.

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