JE RETROUVE MON FRERE EN ESPAGNE
J'arrivai en peu de jours à Barcelone et, de là, à Madrid, où j'allai loger en la maison du secrétaire Juan Ruiz de Contreras, père de ce D. Fernando qui est aujourd'hui si haut placé. Il me régala fort et je m'occupai de me pousser. Tout d'abord, j'allai prendre possession de ma commanderie.
De retour à Madrid, je fis rencontre de mon frère, lequel y sollicitait. Il demandait qu'on lui donnât la solde de son emploi, car il avait été mis sur le pied de paix par les bureaux des Flandres. Le Conseil, vu sa prétention, lui donna deux cents écus de provisoire et une lettre recommandant au secrétaire Rojas de lui donner une compagnie, lequel écrivit un billet au secrétaire Pedro de Arce ^ l'informant de cette faveur, lequel fit appel et traîna l'affaire, en portant à la connaissance des conseillers d'Etat que j'avais été capitaine de cavalerie truqué (de tramoya) et qu'il ne pouvait faire cette promotion.
J'appris cela au bout de quelques jours. Voici comme :
I. Secrétaire du Conseil d'Etat, fut mis à la retraite en i646.
282 MÉMOIRES DE CONTRERAS
Mon frère tardant à recevoir son brevet, j'allai trouver le marquis de Santa Cruz, du Conseil d'Etat, et le pressai si bien à ce sujet qu'il me dit: « — Comment voulez-vous qu'on donne un brevet à votre frère ? Pedro de Arce dit que si vous avez été capitaine de cavalerie, ce fut par truc. )) Sur ce, je tournai le dos au marquis sans dire mot et m'en fus à mon logis ; puis, sans prendre le temps de manger un morceau, je pris ma patente de capitaine de cuirasses, celle de chef d'une troupe de cinq cents cavaliers, mon brevet de réforme et ma licence, et, à toutes jambes, je retournai chez le marquis de Santa Cruz.
On m'introduisit ; je lui dis : « — Je supplie Votre Excellence de m'écouter. Il y a plus de vingt ans au Postigo (Poterne) de San Martin, certaine dame, à la tombée de la nuit, m'appela. Je montai, et nous étions depuis un moment en conversation, quand on heurte à la porte. La dame me dit : « — Cachez-vous. C'est Pedro de Arce qui vient là, mais il s'en ira bientôt. » Je dis : (( — Je ne me cacherai quoi qu'il advienne. Ouvrez la porte. )) La seiiora, quoique marrie, donna l'ordre d'ouvrir. Monte alors Pedro de Arce, avec estoc et bouclier, et vert comme une laitue; il était, en ce temps-là, employé à la Guerre. A peine m'a-t-il vu qu'il demande : « — Que faites-vous là ? » Moi : (( — Cette dame me