‹ Mémoires;Chapitre 26 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

reniicmi Aoiilut débarquer, la cavalerie — il y €11 a dans cette île — Ten empêcha et ne lui laissa même pas faire aiguade. Voilà comme se termina, cette année, l'expédition de la flotte turque.

Je passai quelques jours avec les quiracas, et on m'envoya reconnaître La Cantara (Marsa-el- Kantara). C'est une forteresse de Berbérie, près des Gelves (Djerba), et qui expédie de l'huile; l'on avait justement appris qu'on était en train de charger deux hourques pour le Levant. Je sortis du port de Malte avec ma frégate bien armée, et en route pour la Berbérie.

A mi-chemin, se trouve une île appelée Lampedusa, la même où nous avions pris Caradali, ce fameux corsaire. Il y a là un port pouvant contenir six galères, et 6n haut de ce port, une tour très grande et déserte. On dit qu'elle est enchantée et que c'est en cette île que se donnèrent bataille le roi Roger et Bradamante. Fable, pour moi ; mais ce qui ne l'est pas, c'est qu'il y a là une caverne où l'on entre de plain pied, que Ton y trouve peinte sur un très vieux bois une image de Notre-Dame avec l'Enfant dans ses bras, et que cette image fait miracles en quantité.

En cette caverne, la Sainte Vierge a son autel, c'est là qu'est son image, et, de surcroît, des tas de choses que les chrétiens ont déposé là en offrande, jusqu'à du biscuit, du fromage, de

4o MEMOIRES DE CONTRERAS

l'huile, du salé, du vin et de Targent. A l'autre bout de la caverne, il y a un tombeau, où on dit qu'est enterré un marabout turc, un de leurs saints, suivant leurs dires ; et à ce tombeau, tantôt plus, tantôt moins, les mêmes offrandes qu'à notre image, avec, en plus, foison d'habillements à la turque. Seulement point de salé. Ces offrandes de vivres — la chose est certaine — sont déposées là par les Turcs et les chrétiens, de façon à ce que, si un esclave s'évade de la chiourme d'un vaisseau de passage, il ait de quoi manger en attendant que vienne et l'emmène un vaisseau de sa nation, suivant qu'il est chrétien ou turc.

C'est ce que nous avions bien vu. Etant de relâche avec les galères de la Religion, des Maures s'étaient évadés de notre bord et s'étaient mis à couvert en attendant la venue d'un bateau mauresque ; alors, embarque I Entre temps, ils avaient mangé de ces provisions. Voici comme les évadés savent si les bâtiments qui relâchent ici sont chrétiens ou mauresques. J'ai parlé de la tour de l'île ; ils y montent, examinent la mer, et quand ils ont découvert un bateau, se glissent de nuit par la brousse jusqu'au port; au parler, il leur est facile de savoir si les arrivants sont des leurs ; ils appellent et on les embarque ; cela arrive tous les jours. Mais prenez-y garde, ni eux

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