CHAPITRE III
d'autres encore que Ton arme, de façon à faire, comme on avait fait cette année, avec toutes, une flotte. Pourtant, si ces vaisseaux ne vont pas espalmer et s'avitailler à Négrepont, pas la peine de penser qu'ils iront aux pays chrétiens.
Or, je sus de toute certitude qu'ils avaient été espalmer et s'avitailler à Négrepont. J'allai épier au cap Maïna, et, dudit cap, je découvris la flotte qui était de cinquante-trois galères et quelques petits brigantins. J'appareillai pour l'île de Sapienza, qui est à Topposite de Modon, ville forte appartenant aux Turcs, près de Navarin. De là, je m'en vins à Zante, ville vénitienne située en une île fertile. J'y restai tant qu'il fallut pour savoir que la flotte était partie de Navarin. Je passai à Céphalonie, île aussi vénitienne; de là j'allai — soit quatre cents milles de mer — jusqu'en Calabre.
j'arrive a rijoles et donne avis
DE l'arrivée des TURCS
Au premier rivage où j'abordai, je descendis à terre et donnai avis de l'arrivée de la flotte. Lon~ géant la côte, je donnai l'alarme jusqu'à Rijoles (Reggio) ; j'avais appris de toute certitude que c'était cette ville-là que le Général de la Mer
38 MÉMOIRES DE CONTRERAS
venait saccager, comme avait fait un de ses prédécesseurs appelé Cigala^
Je fus bien reçu du Gouverneur de Reggio qui était un chevalier de Saint-Jean appelé Rotinel ; il IBt ses préparatifs, rassembla la troupe de son district et la cavalerie. Force lui fut de faire diligence, car la flotte avait fait fond à la Fosse de San Giovanni (dans le détroit de Messine), à quinze milles de Reggio. Au bout de trois jours, par les cavaliers qui allaient et venaient de San Giovanni à Reggio, nous apprîmes que la flotte avait jeté du monde à terre.
Le gouverneur leur dressa une embuscade, y égorgea trois cents Turcs et fit soixante prisonniers. Sur quoi, les Turcs se rembarquèrent sans faire aucun dégât. Le gouverneur m'ordonna de monter ma frégate et de traverser la Fosse pour donner l'alerte aux villes de Taormina, Syracuse et Agosta qui se trouvent sur la côte de Sicile, en face de San Giovanni, à une distance de vingt milles. Ce que je fis en coupant au beau milieu de la flotte. Mes ordres accomplis, je passai à Malte et y donnai avis de tout ce que j'ai rapporté. On s'y mit sur ses gardes, sur quoi, la flotte arriva à l'île de Gozzo, où nous avons bonne fortification. Comme on était bien averti, quand