JE DÉLIVRE DES CAPUCINS CAPTIFS
Peu de jours après, voici ce qu'il advint : Trois pères capucins allaient de Sicile à Malte, à bord d'un bateau chargé de bois ; un brigantin les assaillit, les fit captifs. Le Grand Maître, en ayant eu nouvelle, me fit mander à minuit, m'ordonna de partir à la recherche du brigantin et de mettre la main dessus, fût-il en Berbérie. J'obéis ; arrivé en Sicile, à la tour du Pozal (Pozzallo), je pris langue et appris que le brigantin allait à
5o MÉMOIRES DE CONTRERAS
Licala. J'y allai ; on m'y dit qu'il était allé à Surjento (Girgenti) ; là on me dit qu'il s'était dirigé sur Mazzara ; là on me dit qu'il était allé sur Marittimo, île qui se trouve au chemin de Berbérie, où il y a un petit château-fort du roi ; là on me dit qu'il y avait plus de sept heures que le brigantin était parti pour la Berbérie. Je me résolus à le poursuivre ; mes gens se mutinèrent parce que je n'avais pas à bord des vivres en suffisance ; c'était vrai, mais je comptais sur la Madré de Dios de Lampedusa qui se trouvait sur notre chemin ; nous lui prendrions, à elle et au marabout, les vivres, avec la ferme intention de les payer. C'est ce que je dis à mes mutins ; dont ils s'apaisèrent.
Au nom du Seigneur, je fis voile pour la Berbérie. En moins de huit heures, la vigie signala le bateau ; je me mis à la voile et à la rame pour que ne me faillît pas le jour ; je le gagnai de vitesse, palme à palme. Le brigantin prit le parti de se réfugier dans une île appelée Calinosa (Linosa) pensant se sauver grâce à la nuit qui venait. Mais, moi matois, je fis tant et si bien qu'il leur fallut échouer en l'île plus vite qu'ils ne Tauraient voulu. Tous les Maures, qui étaient dix-sept, s'enfuirent ; me voilà sur le brigantin. Je n'y trouvai plus que les trois moines, une femme, un garçon de quatorze ans, et un vieillard.