‹ Mémoires;Chapitre 34 sur 173 · CHAPITRE IV 5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV 5l

Je le remis à flot et fis bonne garde jusqu'au matin.

C'était pitié de voir les Padres les menottes aux mains ; on soupe ; et, le matin, j'envoyai au sommet de l'île des hommes diligents reconnaître la mer ; l'un devant rester là-haut à faire le guet, et l'autre redescendre m'apporter les nouvelles. Il revint me dire que la mer était nette de bateaux. Sur quoi, j'envoyai mettre le feu aux quatre coins du bois, qui est tout petit ; les dixsept Maures, sans qu'un seul fît faute, débûchèrent ; je les fis prisonniers ; j'en mis la moitié dans ma frégate, l'autre moitié dans le brigantin avec la moitié de mes hommes. Là-dessus, nous fîmes voile pour Malte où nous entrâmes avec la joie que je vous laisse à penser. Sans parler de la reconnaissance, ce voyage me valut trois cents jolis écus ; dont la qairaca se raccoutra.

Quelques jours après, on m'envoya prendre langue au Levant ; je me parai et partis sans faire escale.

La première terre où j'accostai fut Zante, à six cents milles de Malte ; j'entrai dans l'Archipel, et, dans l'île de Cerfanto (Seriphos ou Serfo), je tombai un beau matin sur un petit brigantin à demi espalmé où il y avait dix Grecs ; je les fis passer sur ma frégate et leur demandai où ils allaient, si bien parés . Ils répondirent : « — Al Chio. »

52 MÉMOIRES DE CONTRERAS

Moi, pour leur tendre un traquenard : a — Où sont les Turcs que vous transportez ? » Ils répondirent et jurèrent qu'ils n'en transportaient aucun. Moi de dire : u — Et ces tapacines, alors ? Est-ce que vous ne voyez pas que c'est là-dedans que mangent les Turcs ? Et vous prétendez que vous n'en transportez pas ? » Ils s'obstinèrent à nier.

Je commençai à leur donner la torture et pas de main morte ; tous y passèrent en vain, sauf un garçon de quinze ans. Je le fis mettre nu, puis attacher et asseoir sur une pierre basse. Puis : (( — Dis moi la vérité, ou je te coupe la tête avec ce couteau. » Voyant ma résolution, le père de l'enfant vint se jeter à mes pieds en s'écriant : (( — Ah ! capitaine, ne me tuez pas mon fils et je vous dirai où sont les Turcs. » Et celui-là s'était laissé torturer jusqu'à s'embrener ! Admirez l'amour des pères pour leurs enfants !

J'envoyai des soldats qui ramenèrent trois Turcs : deux valets et un seigneur en vêtement ou aljaba d'écarlate fourrée de martre, avec ses poignards damasquinés attachés à une chaînette d'argent. Il se jeta à mes pieds, les caressant de sa barbe vermeille et fort soignée. Je congédiai le brigantin et les Grecs. Mais j'oubliais de dire que mes soldats m'avaient ramené, avec le Turc, cinq de ces gros coffres — vous savez, de ces coffres turquesques qui sont si bombés — pleins de damas

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