COMBAT CONTRE SOLIMAN DE CATANIA
J'envoyai trois hommes à la découverte sur les hauteurs avec ordre de reconnaître le côté de la terre ferme et la mer, et de me dépêcher l'un d'eux s'ils découvraient quelque chose. Entre temps, je fis mettre à terre les quartauts et le damas. Nous en étions là quand voilà dévaler de là-haut une des vedettes qui dit : « — Senor capitan, deux galères viennent sur l'île. » Je fis rembarquer le damas et les quartauts, j'ordonnai d'assembler les voiles, de les enverguer et de les laisser hissées.
Voici dévaler les deux autres vedettes qui disent : u — Senor, nous voilà esclaves. » Je donnai ordre : « — Chacun à son poste. » Je hâlai l'ancre et je restai sans bouger. J'étais dans une crique. Les galères, à cause de la route
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qu'elles tenaient, ne m'avaient pas signalé, sinon, elles auraient fait le tour de l'île, qui était petite, chacune de son côté. Ainsi j'étais arrêté quand l'une des galères apparut à la pointe de la crique. Elle allait à la voile et ne me vit pas avant d'avoir filé un bon moment. Quand elle aperçut ma frégate, elle vira sur moi qui étais tout proche. L'autre galère fît de même ; et les voilà toutes deux à amener tout avec grandes vociférations et à me gagner à la rame.
Un moment vint où ma poupe colle à la proue de la galère. Le reis ou capitaine, alfange au poing, monte sur les bastingues, empêche, de peur d'être entravé par le tumulte dans ses manœuvres, aucun de ses hommes de me passer dessus et hurle : « — Passe la palamara, canaille ! » La palamara est un câble que la galère voulait me passer pour me tenir amarré. Moi, les voyant en si grand embarras, je me dis à part moi : « — Ou cent coups de bâton, ou la liberté » et hâlant l'écoute que je tenais en main, je fais le plein de la toile et je m'alargue de la galère. Je hissai l'autre voile.
Comme les galères étaient aussi bien l'une que l'autre empêtrées avec leurs voiles sur la coursie ^
I. Petit pont élevé ou passerelle placée au milieu des bancs des rameurs, et qui va de la proue à la poupe d'une galère.