‹ Mémoires;Chapitre 54 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

sur deux putillos, un renégat, deux chrétiens esclaves, l'un corse, l'autre albanais. Main basse sur le lit, les bardes, sans que personne souffle mot. Embarque I et de marcher à toute vitesse — plus vite ne se peut — jusqu'au sortir de l'Archipel, car Dieu nous accorda bon temps.

La Hongroise n'était pas femme légitime, mais concubine. Je la traitai — elle le méritait — tout à fait bien, quoique, je le sus depuis, Soliman de Catania, qui avait juré de me faire rechercher, m'avait par défaut condamné — il croyait que je m'étais mis avec son amie — à être forcé par six nègres et incontinent après empalé. Mais il n'eut pas la chance de me happer, encore qu'il m'eût fait portraiturer et mettre en différents lieux du Levant et de Berbérie pour qu'on connût par ces portraits que c'était moi, au cas où l'on me prendrait. Je sus que des Turcs avaient emporté de Malte lesdits portraits quand ils remmenèrent, moyennant rachat, la Hongroise et les putillos ; ce qui advint deux ans après, quand Soliman de Catania fut nommé roi d'Alger.

JE QUITTE MALTE ET JE m'eN RETOURNE EN ESPAGNE.

J'arrivai à Malte oii je fus reçu comme je vous laisse à penser ; car, sur les informations que je

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rapportais, tout rentra en repos ; on cessa de faire venir l'infanterie qu'on avait envoyé lever à Naples et à Rome ; l'italienne, je veux dire, car pour l'espagnole, c'est de Sicile qu'on la tire en semblables occurrences.

Pire en advint à mon pilote. Dans les quatre mois, comme il était en course avec une tartane, les Turcs le prirent, l'écorchèrent vif, bourrèrent sa peau de paille ; elle est encore aujourd'hui sur la porte de Rhodes. C'était un Grec, naturel de Rhodes, le plus entendu en ces terres de tous les pilotes qu'il y eut jamais.

En ce temps-là où j'allais gaspillant mon bien — ce bien qui me coûtait tant à gagner — je surpris, enfermés ensemble, la quiraca et un mien camarade ; la quiraca, elle à qui je faisais en ce moment encore tant de bien ! Je donnai à l'homme deux estocades, dont il fut à la mort; à peine guéri, il s'en alla de Malte, crainte que je ne le tuasse, et s'enfuit avec la quiraca. On eut beau me lancer aux trousses solliciteurs à moustache et sans moustache, oncques ne suis retourné avec elle ; car, en homme qui avait du choix, j'y remédiai d'emblée ; d'autant plus que l'on se disputait maintenant Contreras comme une charge d'importance qui vaque.

Je restai sans bouger à Malte bien des jours et même des mois — ce qui fut miracle. — A la fin.

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