‹ Mémoires;Chapitre 53 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

à la grâce de Dieu. J'arrivai au golfe de Salonique, et pas sans peine, car il est en plein cœur de Turquie ; passai l'Archipel qui en fait partie. Je sautai à terre avec seize hommes, mon pétard et l'espion, dont je me méfiais furieusement.

Nous arrivâmes à la maison du receveur qui est à environ un mille de la marine ; je mets le pétard ; il fait son effet. Nous entrons ; nous prenons le Juif, sa femme, ses deux petites filles, un jeune domestique, une vieille ; les hommes s'en étaient fuis. Je les emmène incontinent, sans laisser le temps à mes captifs de prendre une aljuba, à mes hommes de piller un chiffon, et je marche à la marine ; là, au moment d'embarquer, quelque presse que j'eusse faite, plus de quatre cents chevaux me relancent, de l'eau jusqu'au poitrail ; mais peine perdue : nous étions déjà à bord. Les cavaliers se mirent à galoper deci delà par la campagne, et moi de les saluer de ma moyenne qui lançait des boulets de cinq livres.

Le Juif m'offrit tout ce que je voudrais pour le relâcher ; je ne m'y hasardai pas, encore que cela me fut possible, car mon Juif expliquait pour où se destinait l'escadre ; c'était contre les Vénitiens qu'elle était dirigée ; elle allait exiger d'eux un million de sequins, faute de quoi on leur prendrait Candie, île aussi grande que la Sicile en longitude et qui se trouve dans les terres et mers

84 MÉMOIRES DE CONTRERAS

du Grand Turc. Je le consolai en lui disant qu'il venait à Malte.

j'enlève la hongroise, bonne amie de soliman de catania.

Au cours du voyage, je tombai sur une barque de Grecs ; je leur demandai d'où ils venaient : (( — Des Despalmadores de Chio. » Je questionnai : (( — Y a-t-illà des galères ?» — c Non ; Soliman de Catania, bey de Chio, est parti avec sa galère et il a laissé sa femme aux Despalmadores en une maison de plaisance. » Alors mon pilote dit : (( — Je le jure à Dieu, il faut enlever la donzelle et la mener à Malte ; je connais sa maison comme la mienne, et puis, Soliman étant parti cette nuit,^ nous trouverons notre monde hors de garde. » Je n'osais, ayant à mon bord ce que j'y avais. Mais le pilote m'encouragea tant : ce n'était pas une affaire terrible, à ce qu'il m'assurait ; et, par le fait, elle le fut moins encore qu'il ne le disait.

Nous attendons la nuit et, à minuit sonnant, nous débarquons, avec dix hommes et le pilote, lequel va droit comme chez lui, heurte, parle de Soliman comme qui arriverait de Chio. On ouvre. Nous entrons et, sans l'ombre de résistance, nous enlevons la turque renégate, hongroise de nation, la plus belle femme que vis oncques. Main basse

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