CHAPITRE VII I
donne. Nous descendons dans le silo. En voyant les tombeaux, j'ai la même idée que le soldat. Avec la pointe de mon épieu je me mets à faire levier ; en un instant la planche qui était sous la chaux cède, et je trouve une grande caisse faite à dessein de bois et badigeonnée de chaux en dehors, si bien qu'on eût dit un sépulcre. Et la caisse était pleine d'arquebuses et de sacs de balles 1 De quoi j'eus grand réconfort et contentement : je pensais, moi, que ces armes serviraient à armer ma compagnie et nous vaudraient ainsi plus de respect là où nous passions. Car jusque là, comme nous n'étions armés que de petites épées — quelques-uns de mes hommes n'en avaient même pas, — en plus d'un endroit on nous avait perdu le respect.
J'ouvris tous les tombeaux : partout même chose. Je dis au soldat : « — Restez ici jusqu'à ce que je rende compte au Commissaire. )) Ainsi fis-je, car j'allai le trouver sur-le-champ et lui dis tout. Il vint avec moi, accompagné de son alguazil et de son secrétaire, En voyant les sépulcres, il me dit à moi et au soldat : « — Vous avez rendu grand service au roi. Rentrez chez vous, et pas un mot là-dessus ; c'est important. » Et il le répète au soldat.
En retournant à mon logement, le soldat me dit : (( — Senor, c'était mon logis là-bas, et je n'ai
I04 MÉMOIRES DE CONTRERAS
pas soupe. » Je lui donnai huit réaies pour aller à la gargote, et voilà mon soldat plus joyeux que Pâques. Je voulais rendre compte à mon capitaine, pourtant je ne le fis pas ; d'abord parce qu'on m'avait recommandé le secret, ensuite parce que je n'étais pas bien avec lui à cause qu'il poursuivait ma bachelette.
RIXE A GUARENA.
Le lendemain de très grand matin, voilà que le capitaine m'envoie appeler par les tambours : il nous fallait nous mettre en route, dont je m'émerveillai, car nous devions rester trois jours à Hornachos. J'obéis, et marche !
Au moment du départ le Commissaire me dit : (( — Allez avec Dieu. Ma foi, si ces gens-là n'avaient un brevet royal les autorisant à détenir des armes tant défensives qu'offensives, ils seraient dans de beaux draps. Quoi qu'il en soit n'en soufflez mot. »
Nous partîmes pour un endroit appelé Palomas, où nous restâmes deux jours ; après quoi nous partîmes pour un autre village appelé Guarena, où les soldats se prirent de querelle et en vinrent aux mains avec les gens du pays. Il y eut trois morts, et des blessés de part et d'autre.