MON CAPITAINE VEUT COUCHER AVEC MA BELLE
Mon capitaine désirait prendre son plaisir avec la femme que j'avais emmenée ; mais il eut beau le lui faire savoir à grand renfort de messages, rien n'en put obtenir, tant sage elle se fit, toute folle de corps qu'elle eût été. Nous arrivâmes à un endroit appelé El Almendralejo. Une fois logée la compagnie, — c'était à la nuit tombante,^ — je soupai et fis coucher ladite femme, qui était grosse de trois mois. Le capitaine m'envoie
I06 MEMOIRES DE CONTRERAS
appeler, qui dit : « — Prenez huit hommes, allez sur le chemin d'Alange, et y soyez en embuscade. Quatre soldats ont dessein de s'enfuir par là cette nuit ; je le sais de source certaine, en ayant reçu avis. » Je le crus, et, faisant seller un bidet que j'avais, je me mis en route, laissant la femme au lit.
Le capitaine, lorsqu'il me sut parti, s'en vint à mon logis où il entra faire visite à Isabel de Rojas, — ainsi se nommait-elle. — De fil en aiguille, il voulut coucher avec elle. Si fort eut à se débattre la femme que bien lui fallut crier au secours, ce que voyant, le capitaine empoigna un mail que j'avais dans la chambre, — je faisais mes délices de ce jeu, — et la roua de coups si rudement que l'hôte et les hommes de garde durent entrer et l'arracher de ses mains. Ce fut au point qu'elle fondit en sang, et avorta dans les trois heures.
Moi, sans penser à rien, j'étais à guetter mes fuyards dans la campagne. Lorsque je vis qu'il n'y avait plus même deux heures avant l'aube, je dis : (( — Allons-nous en, messieurs. Assez a duré la plaisanterie, si tant est que le capitaine ait voulu m'en faire une. Si ces hommes avaient dû fuir, ils l'eussent fait à l'anuitée. »
J'arrive au logis, et, étant entré dans la chambre, je trouve Isabel à geindre. Je lui demande