CHAPITRE VII
capitaine, lequel guérit de sa blessure, encore qu'il eût été en grief péril de mort. J'écrivis à D. Diego Brochero, lequel me manda de me présenter à la Cour, ajoutant qu'il mettrait fin à l'affaire ; ce que je fis, sur le conseil de ces chevaliers dont j'ai parlé.
La femme, après sa convalescence, le Conseil d'El Almendralejo lui donna de quoi aller à Badajoz, où elle pourrait voir ce qu'elle avait de mieux à faire. Il faut vous dire qu'elle fut de longs jours sans nouvelles de moi. C'est en cette ville qu'elle ouvrit boutique en la maison du père et de la mère, maison qui, de toutes celles d'Estramadure, n'est pas la plus mal achalandée.
Moi, j'arrivai à Madrid, et fus au logis de D. Diego Brochero, lequel avait pris connaissance de l'enquête au Conseil de la Guerre, et avait trouvé tous les conseillers tenant pour moi. Il m'ordonna de me présenter à la prison de la Ville et d'adresser de léans un mémoire au Conseil comme quoi : je me constituais prisonnier à la discrétion dudit Conseil, suppliais qu'on examinât l'enquête, et déclarais que ce que j'avais fait au capitaine n'était pas pour chose qui touchât au service du roi. On apprécia beaucoup ma démarche, et que je me fusse constitué prisonnier avant d'introduire un mémoire. On me donna une dépêche pour D. Cristobal de
IIO MÉiMOiRES DE CONTRERAS
Mora^ lequel était vice-roi ou capitaine-général du Portugal. J'ignorais son contenu, mais D. Diego Brochero me dit : (( — Partez content, c'est une bonne dépêche que vous emportez là. » Et le fait est que je partais avec belle peur.
Les compagnies s'étaient attardées en Estramadure. Je traversai plusieurs endroits par où j'étais déjà passé, et j'y fus le bien accueilli parce que je m'étais toujours efforcé de faire le bien, et non le mal.