‹ Mémoires;Chapitre 69 sur 173 · JE BLESSE MON CAPITAINE · texte numérisé non relu

JE BLESSE MON CAPITAINE

Cela étant, je fis donner l'orge à mon bidet, et, ayant serré dans un portemanteau quelque argent et mes papiers, je m'en fus au logis du capitaine. Le jour commençait à blanchir quand je heurtai à sa porte.

Io8 MÉMOIRES DE CONTRERAS

Ce fut un valet flamand du nom de Claudio qui me répondit. Il disait que son maître dormait, qu'il ne le pouvait éveiller. Je répliquai qu'un courrier était arrivé de Madrid ; grâce à quoi il avisa son maître, lequel dit : « — Qu'on attende. » Il s'habilla, mais à moitié, et me fit dire d'entrer. J'entre, Fépée au poing, et dis : « — Quelle basse espèce de gentilhomme vous êtes, pour avoir fait cela ! Il faut que je vous tue. » Il porte la main vers une épée et un bouclier, mais, comme le bon droit a grand force, je lui allonge en pleine poitrine une estocade qui le couche par terre. Il pousse un cri: « — Ha I je suis mort. » Le valet veut venir à l'aide. Mal lui en prit : en un tournemain je lui cisaille le cuir de la caboche.

J'enfourchai mon bidet et pris le chemin de Câceres. J'y avais des amis, chevaliers de Saint- Jean ; je leur contai le cas. Ils en donnèrent avis au Commissaire, lequel accourut à toute bride, et j'appris qu'il avait ouvert contre moi une enquête, en vertu de quoi j'étais condamné à avoir la tête tranchée, pour être allé massacrer le capitaine en son propre logis. Notez qu'il n'est pas, dans le militaire, pire délit que le manque de respect envers les supérieurs. L'enquête, qu'il dépêcha à Madrid, m'était de tout point favorable, à cela près que j'avais manqué d'obéissance au

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