‹ Mémoires;Chapitre 8 sur 173 · CHAPITRE l H · texte numérisé non relu

CHAPITRE l H

turc, maure, ou français peut-être, je n'en sais rien ; français plutôt, car je crois qu'il y avait alors guerre avec la France. Cela me plut de voir combattre Tartillerie. On fît prise.

JE COMMErsGE A ETRE SOLDAT.

A Savone, on resta quelques jours jusqu'à notre départ pour Milan où nous restâmes quelques jours aussi. De là, nous prîmes le chemin des Flandres par la Bourgogne. Nous y trouvâmes force compagnies d'infanterie et de gens de cheval, ce qui fît troupe magnifique.

Comme je vis que quelques-uns de ces soldats étaient, à ce qu'il semblait, aussijeunets que moi, je résolus de demander mon congé à Maître Jacques mon patron, lequel m'avait pris en bon gré. Non seulement il ne me donna pas congé, mais il me dit qu'il me voulait gourmer. Sur quoije m'indignai et présentai un mémoire à Son Altesse, lui relatant point par point : comme quoi je le suivais depuis Madrid, que son cuisinier ne me voulait pas donner congé, alors que moi je ne voulais servir personne que le roi. Il me dit que j'étais bien enfant; je répondis qu'il yen avait d'autres dans les compagnies.

Le lendemain, on me retourna mon mémoire avec une apostille disant : u Soit enrôlé, quoi-

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qu'il n'ait pas l'âge pour servir. » Ce qui désespéra mon maître. Gomme il n'y pouvait rien, il me dit : u — Je ne te ferai point faute ; et jusqu'à notre arrivée en Flandre, recours à moi pour tout ce qui te fera besoin. )) Ce que je fis : grâce à quoi je pus donner le vivre à plus de dix soldats et particulièrement à mon chef d'escouade.

Je m'enrôlai dans la compagnie du capitaine Mejia. Comme nous tirions nos étapes, au moment où nous approchions des Flandres, mon chef d'escouade, que je respectais à l'instar du roi, me dit un soir : a — Suis-moi ; ordre du capitaine. )) Et nous voilà quittant l'armée : ledit chef n'était guère ami des batailles. Quand le matin parut, nous étions loin, à cinq lieues de l'armée. Je lui demandai où nous allions ; il me dit que c'était à Naples. Sur ce, il me mit bissac au dos et m'emmena à Naples.

J'y restai avec lui quelques jours, jusqu'au moment où je me vis embarqué sur un bateau qui allait à Palerme.

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