‹ Mémoires;Chapitre 87 sur 173 · CHAPITRE IX i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX i

bientôt d'où venait mon mal, qui était facile à guérir. Nous faisions étape vers Madrid, et je fus régalé tout le long du chemin ; mais on me laissa mes fers et douze hommes de garde armés d'escopettes.

Nous arrivâmes à Madrid et on me mena mettre pied à terre dans la calle de las Fuentes (rue des Fontaines) en la maison de Talcade Madera, qui était de retour de Hornachos. Au débotté il me fit ôter les fers et m'introduisit en une salle où nous restâmes seuls. Là, il se mit à me demander affectueusement la raison de ma retraite ; je lui dis ce que j'en ai écrit ci-dessus. Il poussa outre et me demanda si je n'avais jamais séjourné à Hornachos. Je lui répondis : c( — Sefior, si vous dites cela à propos des armes que j'y ai trouvées dans un silo, passant par ce village avec ma compagnie il y a cinq ans, ne vous mettez martel en tête : je vais vous dire ce qu'il en fut. >> Il se leva et m'accola, disant que j'étais un ange, et non un homme, puisque Dieu avait voulu me réserver pour mettre en lumière la mauvaiseté et maie intention des morisques. Je me mis à tout lui conter comme j'ai dit. Il me fit conduire en la maison d'un alguazil de Cour appelé Alonso Ronquillo, avec six hommes qui me gardaient à vue, mais sans fers, et donna ordre qu'on me régalât, et qu'un médecin assistât

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à mon dîner et à mon souper ; lequel médecin ne me laissait ni manger ni boire à mon plaisir, mais au sien, par où je vis qu'un ouvrier mange mieux qu'un grand seigneur.

Il se passa quatre jours sans qu'on me laissât écrire ni envoyer message à nul de mes amis ni à ma mère, et, au bout de ce temps, survint le même alcade avec un secrétaire au criminel qui s'appelait Juan de Pina. Il me fit subir de verbo ad verbam un interrogatoire, et il ne me permit pas de prendre le nom de Frère Alonso de la Madré de Dios, mais bien celui de Sergent Major Alonso de Contreras, et c'est comme ça qu'il me fit signer.

Quinze jours plus tard, — je communiquais alors avec ma mère et mes amis, quoique toujours gardé à vue, mais sans médecin à ma table, — arriva sur le coup de minuit l'alguazil Ronquillo, en vêtements de voyage et des pistolets à la ceinture, avec six autres hommes mêmement accoutrés.

Il entra dans la chambre, et dit : a — Senor Sergent Major, habillez-vous ; nous avons affaire. » Moi, le voyant en cet équipage, je dis : « — Qu'y a-t-il, senor? )> — « Habillez-vous ; nous avons affaire. » Je n'avais pas grands effets à revêtir, si ce n'est un froc à jeter sur mon dos. Gela fait, je lui dis : u — Où va Votre Grâce ? » Il répondit : (( — Où

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