‹ Mémoires;Chapitre 97 sur 173 · CHAPITRE X l6l · texte numérisé non relu

CHAPITRE X l6l

fis laver les pieds avec un peu de vin, et me couchai.

Je dormis, fatigué que j'étais, et, pour si matinal que je fusse, le lendemain, le fiscal était déjà hors de son logis. On me dit qu'il était allé ouïr la messe à la Compagnie de Jésus. J'y fus, et, au sortir de l'église, je l'abordai et lui expliquai comme quoi j'apportais une enquête, et que le comte m'avait dit de la lui remettre, et qu'ils se verraient au Palais. Il prit l'enquête — ça lui faisait pitié de me voir — et me dit de l'attendre en sa maison. Je fis comme il l'ordonnait.

La servante de la dame chez laquelle j'avais soupe était la bonne amie d'un recors qu'elle alla prévenir, dès le matin, cependant que j'allais chez le fiscal, — carie matin, en sortant, j'avais dit de moi-même où j'allais. Ce recors en donna avis à son maître, lequel était un alguazil de Cour appelé Artiaga, et, ayant pris leurs mesures, lui et d'autres recors, ils me vinrent attendre à la sortie. J'attendis le fiscal jusqu'à midi. A peine descendu de voiture, il me vit et me dit : a — Venez, Sa Majesté vous veut faire force grâce. )) Ce disant, il me prend par la main. Ceux qui venaient avec lui s'émerveillèrent de voir faire tant de façons pour un homme qui semblait être un courrier à pied, et moins encore. Nous entrons en son cabinet et nous asseyons. Là, il se mit à exalter ma vail-

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lance, et dit : u — Que Votre Grâce aille trouver le comte ; nous nous sommes trouvés ensemble au Palais, et on a pris une résolution concernant Votre Grâce. »

Gomme je sortais de la maison, voilà que Talguazil et ses recors me chargent aux cris de : (( — Aide au roi ! » Je porte la main à ma ferraille et me mets à en jouer. Il me semblait que le fiscal m^avait tendu un piège, et je ne laissais approcher personne. On avertit le fiscal ; il sort sur sa porte, disant : u — Bélîtres, voleurs, que faitesvous ? Savez-vous qui est cet homme, vêtu comme un courrier ? Par la vie du roi I je vous ferai jeter aux galères. Ne vous suffit-il pas qu'il sorte de ma maison ? » L'alguazil en demeure hébété, et moi, rengainant ma méchante épée, je m'en vais chez le comte, suivi et précédé de plus de cent personnes. J'attendis qu'il rentrât, et toute cette foule n'avait pas quitté sa porte lorsqu'il arrive, et me dit : ce — Montez chez moi, senor alférez. » Je le suis, et, une fois en haut, il me dit : u — Vous vous êtes comporté en très homme de bien. Tout est arrangé. Voyez pour où vous voulez une compagnie, et on vous en donnera le brevet. » Je lui baisai la main pour cela, et dis : u — Senor, puisqu'il en doit être ainsi, que ce soit pour les Flandres. )) Il me donna alors un billet pour le secrétaire Prada, et, en outre, trois cents réaies

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