‹ Mémoires;Chapitre 99 sur 173 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Où est conté mon départ de Madrid pour les Flandres, et ce qui advint à la mort du roi de France.

Je sortis de Madrid et pris le chemin d'Agreda où j'arrivai en très peu de jours. Je m'en fus à une auberge, et toute la ville sut que j'étais là. On se réjouit infiniment de me voir, surtout avec ce brevet du roi qui me faisait tant honneur.

J'y restai cinq jours, après quoi je partis pour Saint-Sébastien, où j'arrivai sain et sauf. Là, je m'embarquai sur un navire de Dunkerque pour les Flandres, où j'arrivai en huit jours. Au débarqué. Je m'en fus à Bruxelles. Je présentai mes missives à TArchiduc. Il me fit grand accueil et me fit octroyer ma solde : à la première occasion on me donnerait une compagnie. En attendant, je m'enrôlai dans celle du capitaine Andrés de Prada, lequel était parent du Secrétaire d'État, dans le régiment du mestre de camp D. Juan de Menéses, lequel tenait garnison à Cambrai.

l66 MEMOIRES DE CONTRERAS

Pendant plus de deux ans il n'y eut pas occasion de faire campagne ni de me donner une compagnie, tl fallut attendre la conclusion de l'affaire de la princesse de Condé ^ que le roi de France Henri IV chérissait, cela est sûr ; pour quel motif, il le sait bien. Elle était venue se réfugier auprès de madame l'Infante 2, qui l'avait sous sa protection, à Bruxelles, ainsi que son mari, lequel est le prince de Condé ^, reconnu en France pour prince héritier de la couronne, si la grande valeur d'Henri IV ne la lui eût enlevée. EtToccasion se présente de raconter, à propros de ce roi, un prodige dont je fus témoin, et au sujet duquel j'ai même déposé ce que je savais devant les magistrats de Cambrai.

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