LE ROI JÉROME — M. DE MACKAU
M. de Mackau, étant ministre, reçut une lettre dans laquelle le susdit roi Jérôme, rappelant d’anciens souvenirs, exposait au ministre que sa position précaire le poussait à lui demander si la France ne pouvait pas venir à son aide. M. de Mackau courut aux Tuileries, lit voir cette lettre au roi Louis-Philippe, demandant quelle réponse il pouvait faire. Le roi accueillit fort bien cette ouverture et remit sa réponse au lendemain. Le ministre revint auprès du roi, qui lui dit : « Répondez au prince que sa demande sera soumise aujourd’hui au conseil des ministres et qu’elle sera soutenue par deux avocats. » En effet, l’affaire fut proposée, débattue, et un projet fut rédigé, par lequel le gouvernement demandait aux Chambres une rente viagère de cent mille francs pour le prince exilé. Les événements qui survinrent bientôt ne permirent pas d’arriver à une solution : Louis-Philippe lui-même alla en exil.
Plus tard, le roi Jérôme revit M. de Mackau et lui témoigna sa reconnaissance en faisant entrer au Conseil d’Etat le fils de l’amiral, qui n’avait pas de vocation pour la marine. Au reste, on sait que toute la famille Bonaparte a été fort bien traitée par le roi Louis-Philippe. La reine Hortense, la mère de l’empereur actuel, vint à Paris, contrairement aux traités. Le roi la vit, lui accorda les grâces qu’elle sollicitait. Aussi s’est-on grandement étonné de la rigueur des mesures prises contre les d’Orléans. La raison d’Etat a dû être bien puissante, bien impérieuse, pour entraîner des actes qui ont excité une si grande et si légitime réprobation. Mais en voilà assez sur ce chapitre délicat.
14 septembre 1857.
A Biarritz, le petit palais que l’on a construit pour S. M. l’impératrice est simple et joli, admirablement
JOURNAL DU Dr P. MÉNIÈRE
situé, sans prétention, et je ne connais rien de ■ les charmant qu’une habitation de ce genre. Ce matin, en me promenant sur la plage, j’ai vu le petit prince jouant sur le sable, vif, gai, riant, bel enfant qui pousse à loisir au sein de cette belle nature, avec l’air de la mer pour assainir sa jeune poitrine. Un enfant ne peut nulle part mieux qu’ici puiser aux sources pures de la santé. Que Dieu lui prête longue vie, pour la rareté du fait, car ces rejetons des souches royales atteignent difficilement à un âge avancé.
27 septembre 1857.
Hier lundi, je suis allé dîner à Passy, où j’ai trouvé le vieux Maurice Duval, le préfet de Nantes qui a opéré l’arrestation de Mme la duchesse de Berry. Le hasard me met ainsi en rapport avec quelques-uns des personnages qui jouèrent un rôle important dans un drame qui m’intéressa beaucoup. C’est autant de pris sur l’ennemi, c’est-à-dire sur le temps, ce père de l’oubli qui efface tout ce qu’on ne sait pas lui arracher. Je me suis dès longtemps déclaré l’antagoniste de ce vieux gratteur de toutes choses, et je m’applique à écrire un tas de riens, qui auront peut-être certain intérêt un jour.
2 octobre 1857.
L’autre jour, comme j’achevais mes notes sur la conversation de M. le chancelier, je fus tout surpris de le voir entrer dans mon cabinet. Il venait me prier de dîner chez lui le jeudi et je n’ai pas manqué d’accepter son invitation. Donc, hier, je me suis rendu, à l'heure convenue, rue Royale, 20, et j’ai passé là une soirée féconde en plaisirs de tout genre.