‹ Mémoires Anecdotiques sur les Salons du Second EmpireChapitre 113 sur 166 · M. DUVERGIER DE HAURANNE · texte numérisé non relu

M. DUVERGIER DE HAURANNE

Il a été question de M. Duvergier de Hauranne et de son livre sur le gouvernement parlementaire. Le chancelier a été sévère : «M. Duvergier de Hauranne n’a pas le droit de me faire lire un ouvrage de sa façon. Je me suis expliqué là-dessus avec plusieurs de ses amis, je leur ai dit que ce monsieur avait mauvaise grâce à soutenir maintenant un état de choses qu’il avait tant contribué à détruire. Ses amis accordent que le premier volume n’est pas un chef-d’œuvre et que le deuxième pourrait être mieux; je m’en soucie peu. Son père était fort de mes amis, et, pendant dix ans au moins, il n’a pas dit un mot à la Chambre sans me consulter. Le fils est un esprit chagrin, inquiet, tourmenté, et le fléau de tous ceux qui l’approchent. »

M. Sainte-Beuve a dit : «Je l’ai beaucoup connu personnellement autrefois, au Globe, où il faisait de la littérature. Il portait dans cette occupation la même ardeur pénible et tracassière que nous lui avons vue en politique. Nous l’appelions le piqueur de l’établissement. Il poussait chacun de nous, prétendant que nous ne paraîtrions pas, que nous 11e serions pas prêts; il était sur nos épaules à tous, et très fatigant. Il luttait alors contre les trois unités classiques, il ne pensait qu’à cela. C’est une tête qui ne contient qu’une idée à la fois, qui y pense toujours, qui y rapporte tout; ce qui est on ne peut plus ennuyeux pour tout son entourage. A la Chambre, il a toujours prétendu qu’il n'y avait pas réellement de gouvernement parlementaire, que tout se faisait par une camarilla contre laquelle il dirigeait toutes ses batteries, et puis, quand cette Chambre a été renversée, il s’est mis à trouver que le gouvernement parlementaire n’était que là. Se donnait-il du mal!... Travaillait-il alors!... Il courait dès le matin chez tous les députés, leur écrivait des billets pressants; tout ne semblait pouvoir marcher que par lui, et puis cela aboutissait aux banquets, aux actes

JOURNAL DU Dr P. MÉNIÈRE

absurdes d’opposition, et nous avons vu le résultat. M. Duvergier de Hauranne, c’est bien véritablement une souris qui accouche d’une montagne!» Un autre a ajouté : «Ou une belette qui cherche à pénétrer dans un grenier. » M. Sainte-Beuve raconte bien, avec gaieté, vivacité et de bon air. On l’écoute avec un plaisir réel.

— Addition au chapitre de M. Decazes :

Quand il fut à Londres, ses ennemis parvinrent à le mettre si mal avec le gouvernement anglais que le roi fit une démarche pour se débarrasser de cet ambassadeur français. M. Pasquier, alors ministre des affaires étrangères, reçut un jour à Paris la visite du prince de Castelcicala, ambassadeur des Deux-Siciles. Le roi d’Angleterre l'avait prié de voir M. Pasquier et de lui demander le rappel du duc Decazes. La chose venait de haut, comme on voit. M. Pasquier se tira d’affaire en disant que la nomination de M. Decazes n’avait pas passé par ses bureaux, que le roi Louis XVIII avait traité directement cette affaire avec son auguste allié et que, par conséquent, il n’avait rien à y voir.

il octobre 1857.

J’ai dîné hier chez M. le chancelier. Il va bien, il cause bien, mais sa vue s'affaiblit beaucoup, et il n’a pu faire sa partie de whist, ce qui le contrarie bien un peu, car il aime ce jeu, qui repose l’esprit et met un sinet à la conversation. Avant et pendant le dîner, la causerie a été assez vive, et voici, entre autres choses, quelques renseignements bons à recueillir sur le Journal des Savants.

On appelle ainsi une collection qui se publie de temps en temps et qui renferme des mémoires de haute littérature, de critique approfondie sur des matières de grande érudition. Je le lisais autrefois, mais il y a bien

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