‹ Mémoires Anecdotiques sur les Salons du Second EmpireChapitre 138 sur 166 · M. DE HUBNER — M. DE BUSSIÈRE · texte numérisé non relu

M. DE HUBNER — M. DE BUSSIÈRE

8 janvier 1859.

La question de guerre est très fort sur le tapis en ce moment. Le nord de l’Italie est en agitation extrême ; les Autrichiens ont fort à faire pour maintenir en repos le royaume lombardo-vénitien, et l’un de ces jours on pourrait bien apprendre tout à coup que Milan est en feu. Le Piémont se remue; il y a là un M. de Cavour premier ministre, qui est fort disposé à brouiller les cartes. On dit que l’empereur est fort lié avec le roi de Sardaigne, et que si le Piémont marche, il sera fortement appuyé par nous. Mais là est le hïc. On prétend aussi que l’empereur a un vif désir de guerroyer, il voudrait mettre un peu de laurier sur sa tête. Son armée est très exigeante, il y a en foule des hommes jeunes, ardents, ambitieux d’épaulettes et de croix, qui ont foi dans leur fortune militaire et à qui le repos est odieux. Les paroles de l’empereur à M. de Plubner sont très compromettantes, elles ont suffi pour arrêter les affaires, pour opérer une grande baisse sur les fonds publics, et l’on ne sait où tout cela s’arrêtera. Vous voyez que la politique guerrière est tout à fait à l’ordre du jour. Sortons de là.

On annonce la grave maladie d'un personnage qui a eu le vent en poupe pendant tout le règne du roi Louis-Philippe. M. le baron de Bussières est le fils de Mme de Buffon, laquelle était séparée de son mari. Cette dame a inspiré une vive passion à Philippe- Egalité, le père du roi Louis-Philippe. Mais la Révolution coupa court à cette liaison en coupant la tête de l’amoureux, et la dame eut ce fils quatre ou cinq ans après la mort du prince. Ceci éclairait la question d origine, car on avait dit que M. de Bussières était fils du prince et par conséquent frère naturel de Louis- Philippe, mais cela est faux. Quoi qu’il en soit, à lavé-

nement de la branche cadette, le roi, par tendresse pour la mémoire de son père, poussa M. de Bussières, il en fit un député, un ambassadeur, un pair de France, il lui fit faire un très riche mariage. Au reste, c’était un homme de mérite. Aujourd'hui, il est fort malade et on s’attend à le perdre prochainement.

1 1 mars 1859.

La situation politique est très grave, les hommes d’expérience sont inquiets, de toutes parts apparaissent des signes effrayants. La guerre est menaçante. Le prince Napoléon avait été nommé ministre de l’Algérie; c’était une sorte de vice-royauté, et l’on dit que l’empereur lui avait donné ce titre pour rendre plus facile le mariage avec la princesse Clotilde. Il était résulté de ces fonctions nouvelles bien des troubles administratifs, l’Algérie avait fourni matière à des actes bizarres, à des nominations surprenantes. Il y avait là-bas, dans notre chère colonie, des personnages largement rétribués et ne faisant rien; il y avait surtout des casse-cou politiques, triste rebut de nos affaires de 48, à qui l’on donnait des positions inespérées, et tout cela ne se voyait pas d’un bon œil. Et puis, voilà que tout à coup le prince-ministre donne sa démission sans motif, et l’on en conclut que la brouille existe dans la famille impériale.

On croit que le prince, furieux de voir les tendances pacifiques de l’empereur, s’est fâché et refuse son concours au gouvernement. Il veut la guerre en Italie, il veut que son beau-père devienne un roi puissant et lui-même aspire à devenir vice-roi de l’Italie à la place de feu le roi de Rome. De plus, on sait que l’Autriche augmente son armée en Lombardie, que les choses sont partout sur le pied de guerre et que d’un moment à l’autre on peut tirer le canon. On dit que lord

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