L’AMIRAL FOURICHON
ce qu’il sait parfaitement. C’est plaisir d’écouter ces hommes spéciaux qui ont passé beaucoup d’années à bord des vaisseaux, qui savent parfaitement le fort et le faible des marines française et anglaise, et j’ai eu des satisfactions infinies à constater que nous sommes en mesure de lutter contre des forces doubles en nombre. Quand le maître le voudra, l’escadre de l’Océan, commandée par un amiral comme M. Fourichon, luttera contre la grande escadre anglaise, vers la Hogue où ailleurs, mais il faudra une autre escadre dans la Méditerranée pour tenir tête à celle de Malte. Les Anglais seront forcés d’en avoir une dans la Baltique pour surveiller Cronstadt, car il faut que la Russie soit notre alliée, et on souhaite qu’il en soit ainsi. Avec la Russie bien unie à nous, on pourra chasser les Anglais de l’Inde.
15 août 185g,
Flier, rentrée des vainqueurs à Paris. J’avais une bonne place sur les estrades de lal place Vendôme. J’y suis arrivé à huit heures et demie; l’empereur a paru à nos regards à dix heures et demie et je n’ai levé le siège que quand tout a été fini, c’est-à-dire à deux heures. Je n’ai pas perdu un bataillon ni une goutte d’eau, j’ai été plein d’enthousiasme et baigné de pluie, mais rien n’a pu m’enlever à ce grand et sublime spectacle. Je n’ai jamais vu pareille chose et je ne crois pas que l’on puisse en rencontrer facilement de semblable. L’empereur a été très bien reçu, il a parfaitement tenu sa place, et il faut qu’il ait une grande dose de raison et de fermeté si une ovation comme celle-là ne lui donne pas un peu d’orgueil. Quatre-vingt mille hommes des meilleures troupes de l’Europe, un peuple qui l’applaudit et a confiance en lui; en vérité, je ne sais rien de plus enivrant. Pour moi, je me sens ému à
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l’aspect de ces hommes qui ont tant souffert et qui sont prêts à recommencer.
10 septembre 1859.
L’autre jour, à propos de noms ridicules, qui sont si désagréables à porter, on nous racontait ceci. Un monsieur, rédacteur de grands journaux, se présente dans une maison; on lui dit : «Qui annoncerai-je? — Cucheval. — Plaît-il, monsieur? Quel nom dois-je dire? — Cucheval ! » Le domestique réfléchit, entrouvre la porte du salon, regarde, et dit presque à l’oreille du monsieur : « Pardon, monsieur, il y a des dames ! » — Ce M. Cucheval-Clarigny est un écrivain distingué de la presse politique. On ne dit pas qu’il ait demandé à changer d’étiquette. — On m’a assuré que l’amiral Lanusse n’avait jamais pu trouver à se marier.
20 septembre 1859.
Pendant mon séjour à Genève, on parlait beaucoup des personnages qui s’y trouvaient alors : le prince et la princesse Napoléon, le roi de Bavière, et même aussi, je pense, le roi des Belges Léopold, qui n’y a fait qu’un bref séjour, en allant à Saint-Sauveur et à Biarritz. Vous ne savez peut-être pas que nos voisins de Belgique ont eu la pensée de relever les fortifications d’Anvers. C’est une velléité guerrière inspirée sans doute par l’Angleterre et l’Allemagne. Mais voyant cela, le gouvernement français a annoncé l’intention où il était de réclamer une dette de soixante millions due depuis très longtemps à propos de la prise par les Français de cette même forteresse occupée par la Hollande. Il y a eu un échange de protocoles assez vifs, et le roi Léopold a dû venir donner des explications