Le district de Brescia
5. Ces deux premières propositions du légat furent examinées dans une conférence tenue à Paris le l,r juin, à laquelle participèrent le cardinal de Richelieu, Schftnberg et Herbault. Les pourparlers furent ensuite suspendus durant deux semaines en raison du départ du K..i posr <À>mpiègne. Voyez lettre
La troisième fut pour le regard de la sûreté de la religion catholique en la Valteline, comtés de Bormio et Chiavenne, avec laquelle il joignoit ce qui touchoit la souveraineté desdits lieux1. On lui répondit que, outre
d'Herbault à Béthune, 2 juin 1625 (Bibl. nat., ms. Français 3702, fol. 65), et surtout la « Négociation du cardinal Barberin, légat en France près du roi Louis XIII pour les affaires de la Valteline, 1625 », due probablement à Ardier (Aff. étr., Borne 37, fol. 271-344).
1. Les négociations reprirent à Fontainebleau, au milieu de juin, en l'absence du Cardinal ; finalement les propositions du Boi furent remises au légat le 10 juillet (« Négociation du cardinal Barberin », fol. 306). Devant le silence du légat, Bichelieu soumit au Boi une « dépêche qu'on estime devoir faire en diligence à M. de Béthune, sans communiquer à M. le Légat qu'on écrive le contenu en icelle ». « Faut écrire à M. de Béthune l'état précis auquel est la négociation avec M. le Légat, qui ne veut point parler de la restitution de la souveraineté aux Grisons. Que le Boi ne veut en aucune façon se séparer de cet article pour sa réputation, mais que ladite restitution se faisant, l'ancienne alliance du Boi étant conservée, les Espagnols étant exclus des passages qui demeureront tels qu'ils étoient auparavant, les forts étant rasés entre les mains de S. M., elle consentiroit tout ce qui pourra contenter le Pape... M. le Légat ne fait difficulté quelconque à la conservation de l'alliance du Boi comme elle étoit, à exclure les Espagnols du passage; mais il s'arrête absolument sur cette restitution des Grisons, qu'il ne veut pas, et qui plus est il voudroit que les forts fussent remis entre les mains du Pape pour être rasés par lui... Mon intention est que vous lui [au Pape] représentiez que je ne pense pas qu'il ait voulu envoyer un légat pour me demander des conditions contraires à ma réputation, qui est tout ce que mes propres ennemis pourroient souhaiter pour me perdre. Que s'il a douté de la fermeté que j'ai es choses qui concernent mon honneur, il me fait tort et connoîtra par l'événement qu'on lui a donné une impression bien con traire à ce que je suis. Que je le supplie de me dire ou qu'il ne veut pas la paix, et que le légat n'est venu que pour m'amu-
[|r vr,] DE RICHELIEU. 105
qae les actions passées de S. M. l'avoient fait connoihv autant zélée1 à la gloire de Dieu et à l'accroisment de la religion catholique que prince qui l'eût devancé ou qui fût à présent en la chrétienté, il faisoit encore clairement voir, en l'affaire qui se traitoit, <|if il et oit roi Très Chrétien et premier fils de la sainte lise*, puisqu'il consentoit à des conditions plus livorables que celles mêmes qui avoient été proposées par les Valtelins; que, comme en cet intérêt de reli-
ser, pendant que les Espagnols se fortifieroient, on qu'il me la demande à des conditions raisonnables... Si le Pape ne veut rien faire, vous lui représenterez qu'outre que ses longueurs a pardonner aux huguenots qu'autrement j'eusse mis en état de ne pouvoir plus faire de mal, il me contraint de m'uniravec les Ânglois et toute sorte de protestants ; quejusques ici j'ai plus fait que n'a jamais fait Roi pour éviter cette contrainte, mais que maintenant je penserai le faire, non seulement S. S. n'y répugnant pas, mais qui plus est avec sa permission et son autorité, puisque volontairement il m'y contraint; que je me décharge sur lui de quelque événement qui en puisse arriver, lesquels il faut assez bien considérer pour
:re pas besoin de lui dire... Je vous dirai que ma pensée n'est pas que le légat ne conclût la paix, s'il en avoit le pou-
i . Mais je crois quejusques ici on lui a envoyé des limitations telles qu'elles ne conviennent point avec ce que je puis faire en conservant ma réputation » (Aff. étr., Rome 37, fol. 89, (!-■ la main de Charpentier). La dépêche fut envoyée à Béthune le 3 août.
1. Hcfii.- 37 et première rédaction du manuscrit A : « Pour le regard de la sûreté de la religion catholique en la Valteline, comtés de Bormio et Chiavenne, avec laquelle on a joint ce qui lioit la souveraineté desdits lieux, il a été jugé que, outre* que les actions passées de S. M. l'avoient fait connottre autant zélée... »
lome 37 et première rédaction du manuscrit A : « En l'alfair.- qui m traitc.it <ju'il vooloit paroltre roi Très Chrétien et premier iils de la sainte Église ».
gion sa piété le faisoit reluire, il ne pouvoit aussi, en l'intérêt politique, approuver ni souffrir le déni et refus absolu1 que l'on faisoit de rendre la souveraineté de la Valteline aux Grisons ses alliés, qui en sont les légitimes seigneurs ; que le droit divin et humain ordonnoit de faire rendre à un chacun ce qui lui appartient ; que ce refus étoit fondé sur une opinion nouvelle, contraire aux premières qui avoient été tenues à à Rome, concertées du commandement du Pape, et qui ne pouvoit être ouvertement soutenue ni par les théologiens, ni par les jurisconsultes; que l'intérêt général des princes étoit de ne favoriser, sous quelque prétexte que ce fût, la révolte des sujets contre leur souverain, ni de permettre que des sujets, pour cause de religion, fussent soustraits de la domination de leur vrai et légitime seigneur ; que l'exemple et la conséquence en étoient périlleux pour les rois dans les États desquels il avoit plu à Dieu (de qui seul ils tiennent le sceptre) de permettre, pour certaines causes secrètes, la diversité de religions, parce que ce seroit donner argument aux sujets qui sont ou pourroient être imbus d'opinions contraires à la religion de leur prince de croire qu'ils seroient déchargés envers eux de la sujétion. Mais quant au particulier de S. M., qui agissoit en ce sujet comme prince allié et protecteur des Grisons, qu'il ne pouvoit avec justice, honneur et réputation, consentir qu'ils fussent dépouillés de leur souveraineté, et étoit obligé, par les mêmes
1. Rome 37 et première rédaction du manuscrit A : a Que l'on ne pouvoit assez approuver la fermeté et persévérance qu'il avoit montrée en l'intérêt politique contre le déni et refus. »
DU il ÏIEUEU. 107
ajaauaViènnoDS, d'employer les forces de son royaume pour les \ maintenir et protéger1.
oiiiint I oeqtri cooeernoit l'article de l'alliance et îles passages par les (irisons et la Yaltcline, on lui dit que
: intérêt doit reconnu si important a la France, qui avoit consomin-- tant de millions d'or pour les conserver ru leur entier, depuis oeol ans que l'alliance étoit i-t aMie, que le Roi devoit être soigneux et jaloux de n \ laisser apporter aucune2 altération, et que toutes raisons il'Ktat et <!<• réputation l'obligeoient de maintenir cette couronne en la possession en laquelle elle «toit aeok deadita1 pa vu que son intention
semblable a celle des rois ses prédécesseurs, d'user desdits passages pour le bien de la religion catholique, le secours et assistance des princes d'Ita-
1 . Dès le li avril 1625, Richelieu écrivait à Brùlart de Léon : « D'une chose vous puis-je assurer que la France ne consentira ni ne fera aucune paix qu'à condition du tout honorable, et que la voie d'une longue suspension ne sera pas celle qui sera choisie pour la meilleure. Le Roi ne voudra aucune condition <jui diminue la supériorité des Grisons sur les Valtelins, d'au- : que par ce moyen ils pourraient penser que les armes de M. ne leur auroient pas été fort utiles, ce qui feroit que d'autres confédérés les appréhenderaient en pareilles occasions » (Bibl. nat., Nouvelles acquisitions françaises 5131, fol. 7H . Voyez également le « Mémoire touchant la réponse aux expédients proposés par M. le Légat », de la main de Charpentier (Aff. étr., Grisons 4, fol. 460).
i '-0111111. ure le vingtième cahier du manuscrit A (fol. 187) : « Suite de la négociation de M. le Légat. Assemblée de Fontainebleau VU i< »lle. Ambassade extraordinaire du maréchal de Bassompierre en Suisse, et ses ordres. » Ce sommaire est de la main de Charpentier.
t première rédaction du manuscrit A : « En la possession en laquelle elle étoit seule desdites alliances et passage»... »
lie et surtout du Saint-Siège, en cas que, par une puissance supérieure, ils vinssent à être assaillis et opprimés.
Le légat s'arrêta opiniâtrement à ne pouvoir conseiller à S. S. d'autoriser un traité par lequel ! les Valtelins fussent remis sous la sujétion des Grisons, disant que, comme chef de l'Église, il ne le pouvoit en conscience, et que ce qui avoit été ci-devant traité l'avoit été entre les deux rois, S. S. permettant seulement ce qui s'arrêtoit entre eux et y fermant les yeux2, comme elle feroit encore si l'Espagne intervenoit avec le Roi au traité. Et, sur ce qu'on lui répondit que S. S. laissât accorder les Grisons et les Valtelins ensemble, sans y intervenir3, et que par après elle toléreroit ce qu'ils auroient fait, qui est le propre de l'Église, non seulement aux choses indifférentes, mais mauvaises, il y consentit facilement au nom du Pape, mais demanda qu'afin que ce traité se pût faire librement4,
1. Rome 37 et première rédaction du manuscrit A : « Mais le Pape ne voulant en aucune façon autoriser un traité par lequel .. » Comparez la Négociation du cardinal Barberin, fol. 326-329 v°, qui met dans la bouche du cardinal de Richelieu « qui avoit la parole en toutes ces conférences » les réponses faites au légat.
2. Ces cinq mots ont été ajoutés en interligne par Sancy sur le manuscrit A.
3. Rome 37 et première rédaction du manuscrit A : « Il a été en dernier lieu proposé audit légat que S. S. laisse accorder les Grisons et les Valtelins sans intervenir. »
4. Rome 37 et première rédaction du manuscrit A : « Ledit légat a répondu qu'il y consentoit au nom du Pape; mais, afin que ce traité se pût faire librement, il a demandé tous les forts de la Valteline sans condition aucune. » Cette correction, comme les précédentes et celles qui suivent, a été faite sur le manuscrit A par Sancy.
tous les forts de la Valteline, sans condition aucune, fussent remis entre les mains de S. S., afin que l'on M put dire que les Valtelins l'eussent fait par force.
On lui dit premièrement que si, en un tel traité, il pouvoit y avoir présomption de force, ce seroient les seuls Grisons qui se relàcheroient de quelques grâces aven les Valtelins, qui le pourroient alléguer, mais non les Vnltelins qui recevroient faveur en ce traité, n'y ayant personne qui ne connût que celui qui reçoit grâce eu un traité, et n'y perd rien, ne peut prétendre en être relevé sous prétexte de force;
Secondement, que la restitution des forts ne se devoit faire, attendu que S. S. ne pouvoit donner de sûreté que (au cas qu'on la fit) la souveraineté, qu'il ne voulut pas accorder aux Grisons, leur demeureroit par le t mite qu'ils feroient entre eux;
Que les Espagnols fussent déboutés du passage, et que les forts fussent rasés.
Il ne laissa pas d'en continuer l'instance, assurant que S. S. n'empécheroit pas que les Valtelins consen- Htacnt de demeurer en la sujétion des Grisons, et qu'il n'y avoit pas de doute qu'ils ne s'en contentassent ;
Qu'elle raseroit les forts, et qu'il avoit parole des Espagnols que, moyennant la restitution des forts, ils consentiraient à ce que la France demandoit pour les passages; mais <|ii'il ne l'avoit pas par écrit, parce qu'ils •ij|<»i< nt pas se déclarer que les forts ne fussent entre les mains du Pape1.
1. Home 37 et première rédaction de A : « Au premier point S. S. répond qu'il n'empêchera pas que les Valtelins consentent
A tout cela, on lui dit qu'en matière de traités il falloit des assurances réelles ; que celles-là n'étoient que de paroles bien incertaines ; que, s'il ne s'agissoit que de la parole du Pape, le Roi s'y confieroit absolument ; mais que les Valtelins le pouvoient faire manquer, bien plus les Espagnols, qui sont sujets à n'exécuter pas ce qu'ils promettent.
Il répliqua que cela n'arriveroit pas, mais que, s'il arrivoit contre la volonté de S. S., elle ne rendroit les forts, ni aux Espagnols, ni aux François, mais les garderoit.
S. M. ne jugea pas que, s' étant, par une ligue, obligé avec ses collègues à faire1 que les Grisons fussent remis en l'état qu'ils étoient auparavant, elle pût ni dût, après avoir beaucoup dépendu et pris la Valteline, remettre les choses en plus grand hasard qu'elles n'étoient auparavant la prise des armes; vu que, de tout ce qui se proposoit, on ne donnoit aucune sûreté que la parole du Pape, l'exécution de laquelle dépendoit de la volonté des Valtelins et de celle des Espagnols, qui seroient sans doute bien aises de tirer les affaires en longueur, sans exécution, comme ils ont fait au traité de Madrid, et qui feroient jouer tel jeu
de demeurer en la sujétion des Grisons et qu'il n'y a point de doute qu'ils ne s'en contentent. Au deuxième, il répond qu'il a parole des Espagnols que, moyennant la restitution des forts, ils consentent à ce que la France demande pour les passages. A cela on dit qu'il le falloit voir par écrit. On a répondu qu'on ne l'avoit pas et que les Espagnols ne veulent pas se déclarer, que les forts ne soient entre les mains du Pape, mais qu'on en est bien assuré. »
1. Rome 37 et première rédaction de A : « La question est de savoir si le Roi qui, par une ligue, s'est obligé avec ses collègues à faire que les Grisons fussent remis... »
qu'As voudraient aux Valtelins, qui n'agissent que par Iriir mouvement.
Si. au cas que les Valtelins et les Espagnols voulussent manquer, le Pape a voit moyen de s'en garanti!-, il n "y anroit rien à dire; mais, outre que S. S. est mortelle, on ne proposoit autre expédient en tel cas que de conserver les forts, qui étoit un remède égal au mal même, puisque tous les deux privoient les Grisons de leur liberté.
Eue lit représenter au légat que, pour un scrupule inaire et sans fondement, ils alloient mettre toute la chrétienté en feu. A quoi il répondit que, s'il ne trnoit qu'à son sang1 pour éteindre le feu, il le donneroit volontiers, mais qu'il n'avoit point de pouvoir de taire autres propositions2.
1. Rome 37 et première rédaction du manuscrit A : « A cela, M. te Légat, qui véritablement a fait tout ce qu'il a pu pour la paix, a témoigné plus encore en effet que de paroles que, s'il ne It-nuit qu'à son sang... »
1. Première rédaction du manuscrit A : « On fit toutes les tures dont on put s'aviser pour le faire condescendre à quelque chose raisonnable et que S. M. pût accorder sans préjudice de sa réputation et de l'intérêt de ses alliés; mais il n'y eut jamais de moyen de le faire désister de ses premières proposition*. Le Cardinal, voyant cette volonté si déterminée, crut qu'il n'y avoit point de remède meilleur pour di tromperie légat et tous les peuples que de convoquer une assemblée générale des personnes plus qualifiées de ce royaume, auxquelles S. M. fit voir I état de cette affaire, les moyens qu'il avoit tenus pour les conduire à une bonne fin, et leur demander leurs avis sur ce stjj« t. || en écrivit de Limours au Roi le 3" seph-mluv la h Kfi Clivante. » Après avoir apporté quelques modifie. nions à ce t' y a rayé le tout, à partir de « mais il n'y eut... »,
et a renvoyé le copiste aux feuilles de correction : « Voyez les lions ».
112 MÉMOIRES fl625]
Le Cardinal1 l'y voyant toujours arrêté, quelques ouvertures qu'on se pût aviser de lui faire pour le faire condescendre à quelque chose raisonnable que S. M. pût accorder, sans préjudice de sa réputation
1. Première rédaction du manuscrit B : « èsquelles demeurant toujours arrêté... ». Sur l'ordre du Roi, Richelieu avait repris les pourparlers avec le nonce. Voyez sa lettre à Louis XIII du 24 août 1625, écrite de Limours : « J'ai reçu le commandement qu'il vous a plu me faire de travailler à la paix avec dessein de ne rien omettre de toutes les choses qui la pourront •avancer et rendre avantageuse à V. M.; pour voir plus promptement avec M. le Nonce à quoi cette affaire pourra aboutir, je m'approcherai dès aujourd'hui de six lieues de Fontainebleau, et lorsqu'on verra plus après les articles desquels on pourra convenir, comme la raison requiert que vous en soyez le souverain juge, il sera du tout nécessaire pour le bien de l'affaire qu'il plaise à V. M. bien considérer ces articles » (Bibl. nat., Nouvelles acquisitions françaises 5131, fol. 76). Les entretiens eurent lieu à la Maison-Rouge et se prolongèrent du 26 au
28 août. Voyez la lettre d'Herbault à Béthune, Fontainebleau,
29 août 1625 : « Il s'est tenu depuis trois jours une conférence à la Maison-Rouge qui est à M. le président Le Jay, où, de la part du Roi, M. le cardinal de Richelieu, M. le maréchal de Schônberg et moi, et, de la part de M. le Légat et du Pape, M. le nonce Spada, MM. Assolini et Pamphilio se sont trouvés. La conférence commença mercredi matin et finit hier soir qui étoit jeudi que chacun est revenu chez soi sans aucune conclusion » (Bibl. nat., ms. Français 3702, fol. 120). Voyez surtout le mémoire adressé le 29 par le Cardinal à Schônberg : « ... Le changement qui est en M. le Nonce ne peut venir d'autre chose à mon avis, sinon qu'il s'imagine que nous voulons absolument la paix et que nous n'avons nulle disposition à la guerre, et qu'il seroit bien aise d'emporter cet avantage aux Espagnols, quoiqu'il pense bien en lui-même qu'ils aient consenti à davantage; il penseroit par là se faire canoniser dans Rome. L'exclusion du passage et alliance comme on la propose maintenant est en termes moins forts que comme on l'a proposée au passé. On accorde plus pour les Valtelins et pour la religion qu'on ne
< l de l'intérêt de ses alliés, il écrivit de Limours1 au Uni, le T septembre, et lui manda qu'il lui conseillent <!«■ M servit-, en cette affaire de très grande imporl;m< v. en laquelle il alloit de la paix de la chrétienté,
fît jamais jusques-là, qu'avec raison on ne peut désirer davantage. L'intérêt du légat et de tous ceux qui sont avec lui est que l.i paix se fasse, vu que jamais légat n'eut un tel affront que lui si t lie ne se fait point, et que les autres ne seront point cardinaux ; «pii plus r>t tous craignent trop que les huguenots franet la flotte des Anglois entrent en Italie; enfin ils savent bien qu'encore que les Espagnols aient quelque léger avantage sur M. de Savoie, leurs affaires ne sont point en état de désirer
uerre avec la France, ayant assez de besogne taillée ailleurs. Partant, par raison, il n'y a apparence quelconque que le légat la paifM ni veuille refuser aux conditions proposées. Qui plus est, Venise, qui est celui de nos collègues qui se rendra le plus facile, ne la eonsentiroit pas autrement. Tout ce que dessus me enulruie en la résolution que le Cardinal, Schônberg, MM. de la \ ill<-au\-Clercs et d'Herbault prirent hier tous, unanimement, de ne se relâcher davantage, comme chose qui eût fait loiblesse et n'eût fait autre effet que donner mauvaise réputation a la France. Le nonce sans doute portera le légat à faire feinte de s'en aller, et on croit qu'au point où sont les affaires, rien nfmportera la paix que de témoigner à ces gens-ci qu'on ne l'appréhende pas, qu'on ne craint point la guern- et une pour rien au monde on ne voudroit la paix avec !a moindre condition déshonorable. Il est nécessaire que M. de rg représente au Roi particulièrement tout ce qui s'est
lé, et que, devant la Heine sa mère et M. le Chancelier et lui, il pi M. prendre résolution de ce qu'elle estimera
«pi il faille faire, les affaires de tel genre devant être particuliè-
nt jngéea par S. M. » (Aff. étr., Grisons 4, fol. 361 -:?' d-- la main de Cliai-pmtier).
1 Cmmn 1 indique la première rédaction du manuscrit A cit« as, la lettre du Cardinal au Itoi a\ait été nproduite
Intégralement dans ce manuscrit; procédant au travail de révision, Sancy ne conserva que cinq extraits delà lettre désignés resp<< ii\. un ni par les si^ n nllmwall ; \-l>. < l>. I-Fet
de la réputation de la France et de la conservation de ses alliés, d'une précaution dont ses prédécesseurs et le Reine sa mère, en sa minorité, avoient souvent usé en semblables occasions, qui étoit d'assembler un conseil extraordinaire des premiers de son royaume et personnes plus qualifiées qui se trouveroient près de la sienne, leur faire voir l'état de cette affaire, les difficultés qui s'y rencontroient, les moyens qu'il avoit tenus pour la conduire à bonne fin, et leur demander leur avis sur ce sujet, avant qu'en former sa résolution ;
Qu'il la supplioit de se ressouvenir qu'il avoit souvent pris la liberté de lui dire, quand, par hasard, il s' étoit trouvé seul auprès d'elle, et qu'il se présentoit des affaires, bien qu'ordinaires, qu'elle eût agréable de ne s'en reposer pas sur l'avis de lui seul, mais de prendre encore celui de ceux qui avoient l'honneur de la servir comme lui en ses affaires ; maintenant, qu'il la supplioit, au nom de tous ceux de son Conseil, qu'en une rencontre si importante à toute la chrétienté, il prît l'avis des principaux de son royaume qui étoient auprès d'elle ;
Commandât à tous les princes, ducs, pairs, officiers de la couronne, aux premiers présidents et procureurs généraux des cours de Parlement, des Aides et Chambre des comptes, et Prévôt des marchands de
G-H (fol. 190-191); il semble que ces suppressions n'aient eu pour but que d'alléger la rédaction des Mémoires. En outre, le style indirect fut adopté pour les fragments qui subsistaient. La lettre du 3 septembre a été publiée par Avenel, t. II, p. 119 à 124, d'après la minute des Affaires étrangères, France 246, fol. 11-15.
DE Mi HF.I.IEU. 115
l, de se trouver, à tel jour, au lieu que S. M. ordonnerait; mandat aussi à l'assembler du clergé d'y . ajvoyer quatre prélats pour entendre ce qu'il lui plaii-oii leur déclarer touchant te traité de paix propar M. le Légat, et, sur ce, donner leurs bons avis;
Que S. M. tireroit pour son service de notables
«*s de cette assemblée; Qu'elle justifierait le Conseil de S. M., faisant reconnaître li v« i ité des choses, et ferait qu'on rejetterait le Marne des malheurs que la guerre apporte sur ceux œnt qui en seront cause, et préviendrait les calomnies que les ennemis de la couronne, par leurs artifices ordinaires, pourraient publier, qu'il ne tiendroit qu'à S. M. et son Conseil que la chrétienté ne lut remise en paix et ne jouit d'un parfait repos; Qu'eue apporterait à S. M. un grand repos de consivoir t'ait mûrement examiner, par le jugele diverses personnes capables que S. M.appelleroit, si les considérations qui arrêtent S. M. en ce v touchent tellement sa réputation et celle de son État, qu'elles doivent empêcher l'effet d'un si I bien, pour lequel procurer il donnerait volontiers son sang et n'y plaindrait pas sa vie; mais que lui. m t) h c'étoit préparer une nouvelle
guerre, et quelquefois pire que celle que l'on vouloit finir; Que tous les sujets de S. M., ayant eu l'honneur d'y donne leurs a\is en la personne des principaux
qui seraient appelés 60 66 conseil, et étant par eux rendus capables de ses saintes intentions i euses
résolutions, seroient d'autant plus affectionnés et obligés d'y contribuer et leur bien et leur vie, s'il en étoit besoin, pour le service de S. M.; et les principales compagnies du royaume, connoissant ses justes raisons, se porteroient plus volontiers, les uns à la servir de leurs personnes, les autres à favoriser les moyens extraordinaires dont elle auroit besoin en telle occasion, en laquelle, par ce moyen, on auroit lieu de porter MM. du clergé à subvenir en cette guerre à ses nécessités; au moins en recevroit-on ce profit, que, s'ils ne donnoient de l'argent, ils condamneroient les prétentions et le procédé de ceux qui conseillent M. le Légat, et conseilleroient à S. M., en tel cas, de donner la paix à son royaume : ce qui remédieroit fortement aux mauvais bruits que quelques personnes assez connues épandent tous les jours, que S. M. et son Conseil protègent ouvertement les hérétiques ' .
On gagneroit temps avec M. le Légat, auquel on feroit comprendre que S. M. ne pourroit rendre une dernière réponse sur ces propositions, qu'après avoir tenu cette assemblée, qu'elle différait jusques à lundi, ou tel autre jour qu'il plairoit à S. M.;
Que toutes ces choses feroient penser audit sieur le Légat à ne partir pas sans conclure la paix ; que l'intérêt du Saint-Siège et le sien, auquel les Italiens sont
1. Comparez la Négociation du cardinal Barberin, fol. 336 : « Les Espagnols répandent des libelles pour persuader aux simples que les ministres du Roi abandonnent les intérêts de la vraie religion et l'amitié des princes catholiques pour se lier et s'unir entièrement avec les hérétiques... Ce qui se faisoit avec grande prudence pour assurer la paix du royaume étoit décrié par eux comme un crime contre la religion. »
[1625] DE RICHELIFi 117
t<>it sensibles, le dévoient faire croire; étant certain que l'autorité du Pape et de la religion ne pouvoient que beaucoup pàtir pour la continuation des guerres qu'il pourroit apaiser, et qu'au particulier dudit sieur Légat, c'étoit le plus perdu homme du monde s'il s'en retoumoit comme il étoit venu.
Kii tout cas qu'il avoit trouvé deux ou trois façons nouvelles de coucher les articles contestés, au contentement de S. M., dans les termes, à son avis, que ces messieurs avoient témoigné désirer; et quand ils ne voudraient rien faire, ce qui ne pouvoit être, s'il étoit question d'arrêter davantage M. le Légat, comme en elVet il le jugeoit nécessaire pour conclure la paix des hwgmnotli et attendre que les recrues et nouvelles troupes de S. M. fussent sur pied, devant que les Espagnols perdissent l'espérance de la paix, on pourroit faire venir en jeu le traité de la ligue fait avec Venise et Savoir, qui obligeoit S. M. de ne rien faire sans leur Ëfît; ce qui faisoit que, leurs ambassadeurs1 ne sachant pas les résolutions de leurs maîtres, elle ne I m »ii voit leur dénier du temps d'envoyer vers eux pour l'apprendre. Ainsi S. M. auroit fait tout ce qui se pouvoit imaginer au monde pour donner la paix à la chrétienté, et malheur arriveroit à qui troubleroit un si
bOO drv»riii.
Après cette lettre écrite, il ajouta encore un billet à
S. M.. |> ai lequel il la supplia détenir ce conseil secret,
mt qu'il venoit d'apprendre, par un homme qui
1 Sur la consultation des ambassadeurs de Venise et de Savoie, Morosini et Scaglia, favorables l'un a la paix et l'autre à la guerre, voyez Négociation du cardinal Barberin, fol. 334.
avoit de bonnes habitudes chez le légat, que le fondement de leur obstination venoit de ce qu'ils jugeoient qu'on leur accorderoit tout ce qu'ils voudroient, parce que, à quelque prix que ce fût, on vouloit la paix ; que ce qui lui faisoit croire cet avis étoit que celui qui le savoit l'avoit appris par voie très secrète; qu'ils disoient que S. M. n'avoit point d'argent, que les huguenots la pressoient, et que tous ses sujets catholiques étoient mal affectionnés à cette guerre ; ce qui le confirmoit de plus en plus en l'assemblée ci-dessus, vu que par là le contraire paroîtroit indubitablement, et surtout qu'il étoit important qu'on ne crût point que S. M. se souciât que le légat s'en allât.
Le Roi, trouvant cet avis très utile à son service, commanda que l'on convoquât cette assemblée au plus tôt.
Le légat, sans vouloir attendre, partit dès le lendemain1 de la nouvelle que le Roi reçut de la victoire que son armée navale avoit remportée sur Soubise et les hérétiques ; mais il promit de séjourner en Avignon
1. Le légat quitta Fontainebleau le 24 septembre après avoir été reçu en audience privée par le Roi. « Ce parteraent si brusque fut trouvé un peu extraordinaire à la cour » {Négociation du cardinal Barberin, fol. 331). Louis XIII avait lui-même annoncé au légat la convocation de l'assemblée dans « les deux dernières audiences » (22 et 24 septembre) qu'il lui avait accordées (Aff. étr., Rome 57, fol. 232). Le marquis de Saint-Chamond, qui le rejoignit à Sens, écrivait le 27 à Herbault : « Je n'ai reconnu autre cause de son prompt départ de Fontainebleau que la créance qu'il a eue que le Roi assembloit le lendemain les princes, pairs et officiers de sa couronne pour faire condamner par eux son procédé au traité de paix, et a cru qu'il étoit plus avantageux pour lui d'en être loin que près en cette occasion » (Aff. étr., Rome 37, fol. 223).
ftatptâ i M qu'il eût su la (kluKtCJ volonté de S. M., qui, 00 partant, lui bailli une lettre1 pour S. S., en laquelle elle lui mandott queoe qui avoit empêché que la paix, selon son désir, n'avoit pu être conclue, c'étoit, qu«- S. S. ne lui avoit pas proposé les conditions auxquelles S. M. la pût consentir, n'y ayant personne qui ^ it bien qu'elle ne pouvoit ni devoit en façon qurlron |ur permettre que les Grisons, ses anciens ■Blés, foMeol dépouillés de ce qui leur appartenoit; quelle étoit et seroit toujours d'autant plus ferme
1 Le manuscrit A, dans sa forme primitive, reproduisait
textuellement la lettre de Louis XIII du 30 septembre 1625,
la légat par le marquis de Saint -Charaond. Mais
Sancy, lors de la revision du manuscrit, a supprimé d'un trait
de plume la première partie de la lettre et l'a remplacée par
-impie transition qui devait figurer sur une des feuilles de correction, comme l'indique au bas du fol. 192 v° la mention mirante : « V[oir] corrections o. Voici le passage supprimé, tel qu'il existait dans le manuscrit A : « Très Saint-Père, il nous est imposable de ne témoigner pas à V. S. que nous avons vu de très bon œil notre cousin le cardinal Barbarin, et
nnu en lui beaucoup de conduite, de piété, de zèle et en général toutes les bonnes qualités qu'on y sauroit désirer. Vous saurez de lui, je m'assure, comme toutes les occupations que nous avons au dehors de notre royaume ne nous ont pas erapè-
•< de faire pour l'extirpation de l'hérésie tout ce qu'on eût pu attendre d'un autre en pleine paix. En cela, nous avons suivi votre Inclination et vos désirs; nous poursuivrons toujours le dessein que nous avons de procurer l'avantage de l'Eglise en Lte occasion, si nous n'en sommes empêchés par ceux mêmes que nous savons qui désirent nous y aider. Nous nous sommes contormés en ce qui nous a été possible au désir que notre
in le légat nous a témoigné que vous aviez de la paix en
In- tienté ; si elle n'a réussi, nous ne doutons point que vous ne reconnoissiez que ce qui l'a empêchée est que V. S., nous y conviant, ne nous a pas proposé des conditions... »
en cette résolution qu'elle n'empêchoit point de vouloir procurer toutes les sûretés qu'on sauroit raisonnablement souhaiter pour la religion1, que S. S. ne voudroit pas lui conseiller d'en user autrement, et elle se pouvoit assurer qu'elle ne feroit jamais rien qui ne fût digne du bonheur qu'elle avoit d'être successeur de plusieurs rois qui ont servi et secouru le Saint- Siège lorsqu'il étoit opprimé par d'autres; qu'elle prioit Dieu de n'avoir jamais occasion de faire connoitre, par effet, à toute la chrétienté que leur zèle n'avoit point passé le sien; mais, quoi qu'il arrivât, elle auroit toujours la volonté de lui faire paroître qu'il n'y a personne au monde qui l'égalât au respect et en la vraie affection qu'elle lui portoit.
En cette assemblée2, après que le Roi eut remis au Chancelier à faire entendre le sujet pour lequel il les avoit fait appeler, et que ledit Chancelier y eut satisfait3, le Cardinal parla4 à la recommandation de la
1. La lettre originale précisait : a en la Valteline » (Arch. nat., KK 1362, fol. 198).
2. Elle eut lieu le 29 septembre au château de Fontainebleau dans le cabinet de l'Ovale.
3. C'était Etienne d'Aligre. Il « représenta sommairement l'affaire depuis son origine, ce qui s'étoit traité avec M. le Légat, les difficultés échues en la négociation, savoir sur l'article du passage duquel on refusoit d'assurer la possession à la France seule, comme elle en avoit toujours joui, et sur la souveraineté des Grisons qu'on vouloit abolir, à quoi S. M. ne pouvoit se résoudre pour l'intérêt de cet État, de sa réputation et de ses alliés, et qu'elle désiroit que chacun de ceux qui étoient présents en dît librement son opinion » {Négociation du cardinal Barberin, fol. 338 v°). Après Aligre, prirent la parole Schônberg, le premier président au Parlement, de Verdun, les cardinaux de Sourdis et de la Valette.