France 246 : « On a nouvelle que Gabor est aussi armé
Le nom est demeuré en blanc dans les manuscrits A et B, BOMM dans le mémoire original.
Qu'aux Indes un chacun savoit les pertes qu'y avoient faites les Espagnols, tant à la baie de Todoslos-Santos1 qu'à la dernière flotte, qui fut défaite par celle de l'Hermite, et que les Hollandois seuls étoient capables d'occuper tous les armements de mer qu'ils sauroient faire;
Qu'il se préparoit un grand armement de cent voiles en Angleterre, tel que de deux cents ans on n'en avoit vu nu pareil, qui n'avoit autre fin que l'abaissement d'Espagne, tant le roi d'Angleterre se tenoit offensé en ce qui s'étoit passé sur le fait de son mariage2;
Que les Espagnols n'avoient point d'argent, ni en Espagne, ni en Flandre, ni en Italie; tous leurs peuples étoient extrêmement mécontents de leur gouvernement, harassés et ruinés des gens de guerre qui, n'ayant point été payés, ont vécu à discrétion et à la foule du pays, particulièrement en Flandre et en Italie.
Quelque effort qu'ils pussent faire pour défendre l'Italie, il étoit difficile qu'ils la pussent garantir, vu, principalement, que l'Italie avoit toujours tiré son secours de Gênes3 quant à l'argent et d'Allemagne
i. San-Salvador ou Bahia (Brésil), sur la baie de Todos-los- Santos, fut pris par les Hollandais le 9 mai 1624; mais, le 28 avril 1625, les Espagnols s'emparèrent à nouveau de la ville, sous le cora mandement de Don Frédéric de Toledo. Voyez Mercure françois, t. XI, p. 396.
2. France 246 et première rédaction du manuscrit A : « au projet fait de son mariage ».
3. Sur les levées de troupes allemandes faites en 1625 par Feria avec l'argent de Gênes, voyez Capriata, Libri dodici ne quali si contengono tutti i movimenti d'arme successi in Italia dal MDCXin sino al M DCXXXIV. Genève, 1640, p. 650.
pour les hommes; ce qu'elle ne sauroit faire, supposé la prise de Gènes et les troubles qu'on voyoit naître M Allemagne;
Que le Roi avoit force argent devant lui et, sans hyperbole, pouvoit faire «tat de douze millions de l pour le fonds de la guerre*;
Que ses armes étaient victorieuses en la Valteline et «lu enté de Génee sa réputation très grande; il avoit, mii* ses frontières de Champagne et Picardie, des armées considérables et considérées de ses ennemis, i|iii les iv^ardoient avec crainte;
Ont le roi d'Angleterre, avec qui il contractoit une nouvelle alliance, en la naissance desquelles on en tire ton jouis quelque profit , rfciiroil la guerre avec Espagne et ne pouvoit aisément s'y réconcilier à cause de ses intérêts;
Que le duc de Savoie, qui avoit un cœur de roi et ne 1 « toit pas de sa naissance, n'avoit autre but que la guerre, somme le seul moyen2 par lequel il le pouvoit devenir, mi dépens d'Espagne ou de ses alliés ;
Que Venise, qui craint et hait la puissance d'Espugne, «Mimant le t«mps propre à la diminuer, désiroit passionnément qu'on le fît et crai^noit que, si on perdoit cette occasion, Il attendit son temps
pour en prendre revanche à leurs dépens, puisqu'elle le pouvoit (aire [dus ijeémeul sur en que sur aucuns antree;
(^ic tous les princes d'Italie qui étoient attach
1. Dix millions de livres, d'après une lettre du Cardinal à I archevêque de Lyon, Marquemont, 13 mars 1625 (Avenel, t. II. », 70).
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l'Espagne, l'étant plus par crainte que par amour, n'attendoient autre chose qu'à voir qui sera le plus fort pour s'y joindre, et que c'étoit chose sans doute qu'ils suivroient la fortune du victorieux, de peur qu'en voulant s'y opposer ils en fussent la proie ;
Que le Pape même voudroit que les Espagnols fussent hors de l'Italie, et ne prendroit nul intérêt en cette affaire, sans celui qu'il y prétend avoir, en ce que ses gens ont été délogés de la Valteline ;
Que tous les protestants d'Allemagne étoient obligés de jouer leur reste en cette occcasion et s'y préparoient. Le duc de Bavière1 même ne s'intéresseroit pas en la diminution de la maison d'Autriche, pourvu qu'il fût assuré qu'on ne le voulût point priver de la qualité d'électeur2, ni de quelques autres avantages dont il étoit aisé de s'accorder avec lui ;
Que le roi de la Grande-Bretagne vouloit se servir de cette occasion pour le rétablissement de son beaufrère3, en considération duquel il préparoit l'armement de mer mentionné ci-dessus ;
Que, par toutes ces considérations, il sembloit qu'il n'y eût une si belle occasion au Roi d'augmenter sa puissance et rogner les ailes à ses ennemis; mais qu'il falloit tourner le feuillet et voir quelles autres considérations pouvoient contre-peser celles qui sont ci-dessus déduites ;
Qu'il ne mettroit point en avant qu'il semble qu'il
1. Maxirailien de Bavière, duc de Bavière (1597), électeur et chef de la ligue catholique allemande (1610-1625).
2. Elle lui avait été conférée par la diète de Ratisbonne, le
25 février 1623.