‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 1 sur 135 · ANNÉE · texte numérisé non relu

ANNÉE

Cette année^ commença par la chute du Chancelier^, grand colosse de faveur, qui s'étoit maintenu dix-neuf ans durant, sous le règne de deux rois, sans recevoir aucune atteinte qu'une seule fois, en un orage si grand qu'aucun des ministres ne se put garantir du naufrage^. Encore se releva-t-il au bout d'un an et non seulement se maintint, mais augmenta toujours en autorité jusques à maintenant que, voulant seul tout

1. Les pages 1 à 22 de ce volume ne figurent pas dans les éditions antérieures ; elles se trouvent seulement dans une copie des Mémoires, le manuscrit français 17542 de la Bibliothèque nationale. Nous donnons dans l'appendice n° I quelques indications sur ces pages et sur les pamphlets avec lesquels elles ont une singulière similitude.

2. Nicolas Brûlart de Sillery, garde des sceaux depuis décembre 1604 et chancelier depuis le 10 septembre 1607.

3. Voyez tome II, p. 15, 24, 229, 273. Il avait dû rendre les sceaux le l*"" mai 1616 et sa disgrâce avait été suivie de celle de Villeroy, Jeannin et Puyzieulx ; ils avaient été rappelés aux affaires le jour même du meurtre du maréchal d'Ancre.

faire en un âge décrépit* et sous un prince jeune, il succomba sous le faix et attira son fils^ quant et lui, dans sa ruine. Ils étoient tous deux venus dès la fin de l'année dernière en une si grande querelle avec La Vieuville qu'ils disoient tout publiquement qu'il falloit qu'ils jouassent au boute-hors et qu'ils ne pouvoient plus se souffrir.

La Vieuville en parla à la Reine dans cette liberté, voulant l'embarquer avec lui pour chasser les autres, lesquels il disoit savoir par beaucoup de moyens être ses ennemis^.

1. « Il s'estimoit encore assez fort pour faire seul les affaires de l'État » (tome III des Mémoires, p. 274; cf. p. 285, 291, 316). Le pouvoir des ministres était à son apogée depuis le début de l'année. « Ils commencent à avoir une autorité encore plus absolue que le duc de Luynes », avait constaté le nonce dans une lettre du 27 janvier 1623, mais il avait ajouté : « Alors même qu'ils ne seroient pas entraînés au fond de l'abîme par le naturel variable du Roi, ils le seroient toujours par l'âge du Chancelier qui, ayant soixante-dix-sept ans, est bien voisin de la mort. » L'ambassadeur vénitien écrivait le 15 décembre 1623 : « Cette monarchie est divisée entre trois roitelets, le Chancelier, Puyzieulx et La Vieuville » (B. Zeller, Richelieu et les ministres de Louis XIII, p. 177-180).

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