Pierre Brûlart, marquis de Puyzieulx, secrétaire d'Etat
3. Il a été raconté déjà dans les Mémoires (tome III, p. 285, 294, 313, 315) comment La Vieuville chercha à décider la Reine mère à s'entendre avec lui à l'insu et au détriment des Brûlarts. Le prince de Joinville (duc de Chevreuse) aurait, d'après les Mémoires (tome III, p. 312), poussé La Vieuville dans cette voie ; il lui aurait dit « qu'il falloit qu'ils entreprissent de débusquer Puyzieulx, que la Reine mère seroit de la partie, qu'il avoit charge de lui en parler; à quoi elle ne pensa jamais. » C'est à partir du mois de décembre 1623 seulement que la correspondance de l'ambassadeur de Venise signale l'hostilité manifeste du Chancelier et de La Vieuville (B. Zeller, op. cit., p. 233-
Elle n'avoit eu que trop de preuves de leur mauvaise affection, de la bouche du Roi et de celle des plus grands de la cour. Cent fois le Roi lui avoit dit que Puyzieulx neTaimoit point ^ ; le Chancelier disoit ouvertement qu'il n'appréhendoit rien tant que son autorité.
Le Colonel^ lui avoit dit que, pour empêcher que le Roi n'eût confiance en elle, Puyzieulx avoit assuré S. M.
235); mais leur rivalité datait de plusieurs mois (voyez au tome III les pages 278, 282, 284 et 285 relatives aux intrigues de février et mars 1623). On doit conclure des documents qui ont date certaine que les conversations dont parle Richelieu dans le texte ci-dessus eurent lieu vers la fin du mois d'octobre, durant le mois de novembre et au début de décembre. La défiance et l'antipathie réciproques de la Reine mère et des Rrûlarts s'étaient révélées dans plusieurs incidents dès les premiers mois de l'année 1G23, mais avaient été dissimulées par des replâtrages ; elles furent particulièrement marquées à dater de la fin de juillet. On peut comparer le récit de Richelieu (tome III, p. 309 et suiv.) aux dépêches diplomatiques citées dans le livre de Zeller. Ce serait une tâche bien difficile de préciser et de dater tous les faits dont parlent les Mémoires, dans le passage que nous commentons et dans les dernières pages du tome III. Cette partie des Mémoires présente, en effet, de singuliers défauts de composition ; les mêmes faits s'y retrouvent exposés plusieurs fois ; quelques-uns ne sont rapportés qu'en termes obscurs ou simplement par voie d'allusion; et l'ordre chronologique de leur succession n'est pas toujours exact, il s'en faut. L'unité de l'inspiration est pourtant incontestable dans ces morceaux mal soudés et qui font double emploi.
1. « Le Roi souvent l'en avertit par sa bonté » [Mémoires, tome III, p. 278). L'auteur des Mémoires a aussi rapporté (tome III, p. 305) un entretien que le Roi eut à ce sujet avec sa mère (en mai ou juin 1623) et d'autres paroles significatives de ce prince (p. 311) et qu'il aurait tenues au mois d'août (cf. B. Zeller, op. cit., p. 224, qui cite une dépêche de l'ambassadeur vénitien datée du 10 août).