‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 12 sur 135 · Alexandre Ludovisio, élu pape en février · texte numérisé non relu

Alexandre Ludovisio, élu pape en février

Le nonce* ayant écrit au Roi, sur les mouvements des huguenots, qu'il le prioit de ne suivre pas des exemples de Catherine de Médicis qui souvent leur avoit donné la paix au préjudice des avantages qu'elle en pouvoit tirer, Puyzieulx envoya sa lettre à la Grande- Duchesse^, nièce de ladite Catherine, pour lui faire mal de ce qu'il avoit écrit pour le bien de l'État.

Le même me dit qu'il avoit découvert, par une lettre écrite d'Espagne à l'ambassadeur 3, qu'il avoit ordre de ne se fier en France qu'au Chancelier et à son fils et de suivre entièrement leurs conseils^.

Ces messieurs ayant été chassés pour ces justes rai-

1. Octave Corsini (voyez tome III, p. 248). C'est au mois d'août 1622 qu'il intervint auprès du Roi pour l'empêcher de négocier la paix avec les huguenots (B. Zeller, op. cit., p. 126).

2. Christine de Lorraine, fille de Charles III, duc de Lorraine, et de Claude de France, fille d'Henri II, était petite-fille (et non pas nièce) de Catherine de Médicis, qui l'éleva; elle épousa, le 30 avril 1589, Ferdinand I", grand-duc de Toscane de 1587 à 1609, et mourut le 20 décembre 1636.

3. Antoine de Tolède et d'Avila, marquis de Mirabel, maître d'hôtel et grand veneur de Philippe IV, était fils de Pierre d'Avila et d'une Henriquez. Il avait épousé Françoise de Zuniga et d'Avila, marquise de Mirabel. Il fut ambassadeur ordinaire en France de 1621 à 1629.

4. Le nonce écrivait le 27 janvier 1623 : « Le Chancelier abhorre l'idée d'une rupture ouverte avec le Roi Catholique. » On parla même de vénalité, et c'est probablement ce que Richelieu veut insinuer. Le fait est que Sillery, Puyzieulx et jyjme jg Puyzieulx recevaient des cadeaux des ambassadeurs étrangers. A vrai dire, les moeurs du temps ne s'opposaient pas absolument à ces pratiques. Mais la France mourante insinue à plusieurs reprises que les Brûlarts étaient d'accord avec la « faction étrangère » ; elle parle de « ceux qui ont l'haleine espagnole » et dit que le « mithridate » dont se servait Sillery, propre à guérir tous les maux, était « mêlé de vermillon d'Espagne ».

sons*, la Reine néanmoins ne put se réjouir de ce changement parce que, bien qu'elle y perde deux ennemis, l'État n'y gagnoit pas beaucoup.

Elle voyoit que ce n'étoient pas leurs crimes qui les avoient chassés ni le désir de faire mieux, mais l'ambition que La Vieuville avoit de n'avoir ni maître ni compagnon dans l'administration des affaires^.

Elle savoit qu'il n'étoit pas moins attentif à ses intérêts que les autres, beaucoup moins capable de penser aux publics.

Elle lui avoit toujours vu le nom du Roi en bouche, mais son particulier établissement au cœur^.

1. Le pamphlet la Voix publique disait des Brûlarts : « L'un [Puyzieulx] fol à porter marotte et l'autre [Sillery] malicieux comme un vieux singe, qui, par bonheur, a eu plus de réputation à contrefaire l'homme de bien qu'il n'a eu de prudence à le témoigner par effet, étant une maxime que jamais patelin ne fut judicieux, La multiplicité de ses actions sordides sont preuves suffisantes du naturel du personnage qui n'a su sagement vivre dans le monde ni honorablement s'en retirer, quoiqu'il en ait eu toutes les occasions à souhait et le pouvoir tout ensemble, s'il eût été doué d'autant de prévoyance que de sale avarice. » En rapprochant ce sévère jugement des pages précédentes des Mémoires, on constate l'identité des idées, sans qu'il y ait analogie dans les expressions employées.

2. La Voix publique (p. 52) : a Sitôt qu'il [La Vieuville] vit les choses disposées à chasser le Chancelier, il fit sa brigue, comme il fit encore pour faire tomber les sceaux au président Le Jay; » et, p. 28 : « Quand il a travaillé à l'expulsion du Chancelier et de Puyzieulx, ce n'a été que pour empiéter leur crédit. »

3. La Voix publique écrit (p. 50) : « Il n'est pas votre ministre. Sire, mais bien celui de ses passions et intérêts,

méprisant toutes les affaires générales pour se maintenir

au préjudice de tout le monde. » Et p. 52 : « Il est impossible qu'un homme qui n'aime à vous rapporter aucune affaire qu'il

Comme on proposa l'éloignement de M"*® de Chevreuse et de laDu Vernet*, elle avoit vu que, sous pré texte de l'honneur du Roi, mais, en effet, parce qu'elle étoit amie de M™" de Puyzieulx, il avoit fait donner congé à la première et avoit maintenu la dernière, qui avoit [plus] accoutumé de se faire voir dans les lieux infâmes que dans les cours, parce qu'elle n'étoit pas son ennemie^.

Elle se souvenoit qu'il avoit fait^ une fois, par Madame la Comtesse, ouverture de la chasser, si elle vouloit demander sa charge en faveur de sa nièce de Joyeuse^ : ce que n'ayant pu obtenir, pour ce qu'elle^ ne s'en pouvoit honorablement mêler, il aima mieux la laisser avec honte que l'éloigner sans profit^.

Le"' sieur de la Vieuville, estimant ne pouvoir éviter

n'ait premièrement trouvé dedans un notable intérêt pour lui, puisse jamais dignement servir le public, ni manier vos affaires comme il faut. » Richelieu écrit : « Il s'en trouve [des conseillers d'État] qui, n'ayant rien que le bien de l'Etat dans la bouche, ont une ambition déréglée dans leur cœur » [Testament politique, chap. vni, section III).

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