‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 11 sur 135 · Tome II, p · texte numérisé non relu

Tome II, p

2. Dans l'appendice n° III, on trouvei^a un récit de la disgrâce des Brûlarts, conservé à la Bibliothèque nationale, et quelques lignes d'une lettre du nonce sur ce sujet.

3. « En somme — dit le Roi au nonce — les motifs qui m'ont poussé à cette résolution sont qu'ils m'ont caché la plus grande partie des affaires qui passoient par leurs mains, qu'ils ont retenu pour eux-mêmes une grande partie de l'argent sur lequel on devoit payer des pensions aux étrangers, comme en Allemagne, en Flandre, en Italie, et beaucoup d'autres choses encore. » Ce sont les accusations formulées contre le père et le fils dans le tome III des Mémoires et qui seront renouvelées dans les pages suivantes.

mieux se sauver avec honte dans la solitude que se défendre publiquement avec péril*.

Jamais on n'a vu ministre se trouver bien de ne chercher aucun appui dans les actions publiques et avantageuses aux États où ils servent. Celui qui n'oublie rien de ce qu'il peut pour bien dignement servir son maître n'a pas peu à craindre si les événements ne sont conformes à ses désirs : à plus forte raison celui qui néglige les intérêts publics pour penser aux siens.

Une fois, Henri IV® gourmanda extraordinairement ledit Chancelier; le P. Coeffeteau- étoit présent. 11 le tenoit pour homme qui prenoit des deniers de toutes parts et l'avoit en si mauvaise opinion qu'il le vouloit éloigner des affaires. Le Chancelier, le voyant en colère, lui dit qu'il étoit bien affligé de voir que ses ennemis l'avoient mis en si mauvaise conception en son esprit. Le Roi lui répondit plusieurs fois : « Dites vos actions et vous direz vrai. »

M. de Sully me dit à Saint-Germain qu'il ne l'avoit

1. Le Mercure francois (année 1624, p. 43) dit simplement que « Monsieur le Chancelier, pour sa grande vieillesse, fît porter et remettre les sceaux entre les mains du Roi au commencement de cette année ». Bassompierre ne fait qu'un récit très bref des événements de février; il dit, à tort, que la lettre du Roi au Chancelier lui prescrivait de se retirer, ainsi que son fils, « en une de leurs maisons hors de Paris » (t. III, p. 183).

2. Nicolas Coeffeteau, de l'ordre des Dominicains, né en 1574, docteur en théologie de la Faculté de Paris, fut prédicateur ordinaire du Roi, conseiller d'Etat, vicaire général de son ordre, puis, en 1617, évêque de Dardanie et suffragant de Metz. En 1621, il fut appelé à l'évêché de Marseille mais ne put prendre possession de son évêché; il mourut le 21 avril

jamais vu opiner dans les Conseils qu'avec faiblesse, qu'il ne s'étudioit qu'à gagner temps et replâtrer^ les affaires, au lieu de les assurer avec dignité ; l'ambassadeur de Venise^ : que ses gestes répondoient plus à sa langue que son cœur, et qu'il eût été meilleur comédien que ministre.

On ne l'a jamais vu conclure que dans ses intérêts, mais là il parloit avec franchise et les poursuivoit avec courage.

Il n'avoit que mille livres de rente de naissance, et de sa femme ^ il avoit eu vingt-cinq mille écus en mariage. Il est sorti de la cour avec soixante mille écus de rente, quantité de pierreries et deux cent mille livres qui courent à l'intérêt à l'Épargne.

1. La France mourante, qui le surnomme Don Nicolas plâtreux, jouant sur le mot sceaux, dit : « Il a à présent deux seaux à ses côtés, l'un plein d'eau bénite, de laquelle il donne copieusement à un chacun, et l'autre rempli de plâtre raffiné avec lequel il a accoutumé de radouber les choses publiques. »

2. Jean Pesaro, né en 1590 de Victor Pesaro et d'Hélène Soranzo, fut envoyé comme ambassadeur en Savoie en 1620. Nommé ambassadeur ordinaire en France en mars 1621, il arriva le 15 novembre de cette année à Toulouse; le 26 avril 1624, il fut désigné comme ambassadeur en Angleterre et quitta Paris au mois de juillet. Il passa à Londres l'année 1625. En 1630, il fut envoyé en résidence à Rome. Le 24 juin 1641, il fut nommé procureur de Saint-Marc et réformateur des études à Padoue. En 1648, il fut élevé à la dignité de « sage » du Conseil de Venise, charge qu'il remplit vingt-quatre fois. En 1658, il fut élu doge et mourut en fonctions en décembre 1659 (voyez les Relations des ambassadeurs vénitiens, France, xvii« siècle, t. II, p. 153-155).

3. Claude Prudhomme, qui avait épousé le chancelier de Sillery le 24 novembre 1574, était la fille puînée de Louis Prudhomme, seigneur de Fontenay-en-Brie, trésorier de France à Rouen, et de Marie L'Huillier de Boulencourt.

Dès sa jeunesse, il s'étoit tellement accoutumé à prendre, qu'au temps où, ayant de quoi vivre avec abondance, il devoit chercher à mourir avec honneur, il ne peut même en perdre l'habitude*.

Six mois avant son éloignement, il prit de la Reine régnante neuf mille écus pour l'expédition des lettres du don que le Roi lui avoit fait de la survivance des secrétaires.

Lui et La Vieuville gagn oient deux cent mille livres sur les treize cent mille qui avoient été accordées à M. de Nemours, tant pour les dettes par lui prétendues que pour le rachat des domaines de Chartres, Pont et Nogent^. Le Roi, en ayant eu avis, ne voulut pas passer l'affaire qu'elle n'eût été soigneusement revue.

Celle des vingt mille écus que Puyzieulx avoit pris sur les deniers de Hollande fut clairement justifiée.

Douchant^ a vu une lettre que Puyzieulx écrivoit à

1. Sur les malversations reprochées au Chancelier, les Mémoires nous ont déjà édifiés (t. III, p. 293-295); mais on peut s'étonner qu'il n'y soit pas fait mention d'une dernière faute que signalent Arnauld d'Andilly [Journal, p. 7) et le nonce (B. Zeller, op. cit., p. 238). Quand il rerail au Roi, le 2 janvier, la boîte contenant les trois sceaux, Puyzieulx oublia d'y mettre le plus important. « On calcule, dit le nonce, que ce manque de mémoire a fortement accru la bourse de Puyzieulx au moyen de sceaux secrets. C'est là un procédé de domestique à l'égard de son maître. » D'après le nonce (lettre du 27 janvier 1623), les Brûlarts prenaient « de l'or et de l'argent à tous ceux qui avoient besoin d'eux ».

2. Les terres de Pont-sur-Seine et de Nogent-sur-Seine (Aube), données par François \" au duc de Nemours, avaient été engagées par son petit-fils Henri (1572-1632) pour payer ses dettes.

3. Le sieur Douchant, mentionné à plusieurs reprises dans les Mémoires et les Lettres de Richelieu, était en 1627 officier dans un corps de troupes françaises alors au service de Hol-

Maurier * par laquelle il le prioit de n'en faire pas davantage de bruit et que s'il se rencontroit une pareille affaire on lui en donneroit la conduite^.

On donna plusieurs mémoires contre eux^ par lesquels il paroissoit manifestement qu'on ne faisoit nulles affaires de finances au Conseil èsquelles ils n'eussent part, jusques à favoriser même les rabais et dédommagements injustes, faire donner les fermes à moindre prix qu'elles ne valoient, détourner les enchères, maintenir les anciens fermiers pour les pensions qu'ils lui donnoient et semblables voleries trop accoutumées au Conseil depuis quelque temps et qu'il y laissa le premier prendre cours avec une licence trop effrénée^.

lande. Voyez une lettre de lui, du 30 septembre 1623, adressée à Richelieu (A£P. étr., France 778, fol. 77, 78) qu'il signe Ouchant. Il fut chargé, en juillet 1627, d'aller saluer le prince d'Orange de la part de Richelieu, en l'assurant des bonnes dispositions du Cardinal à son égard et de celles du Roi pour les États et pour lui (lettre de Richelieu au prince d'Orange, 12 juillet 1627, dans Avenel, t. II, p. 503).

1. Benjamin Aubery, sieur du Maurier (voyez tome II, p. 378).

2. Il a été parlé de cette affaire, avec plus de détails, au tome III des Mémoires, p. 319-320; on lit dans la Voix publique , p. 38 : « Il est constant que Puyzieulx a eu par ci-devant 20,000 écus des Hollandois pour être payé du secours que V. M. leur donna l'année dernière. » On peut comparer ce qu'en disait le Roi au nonce (ci-dessus, p. 14, note 3).

3. On lit au tome III des Mémoires, p. 275 (année 1623), qu' « on les [Sillery et Puyzieulx] dépeint dans un livre satirique de leurs véritables couleurs ». Ici, c'est à la Voix publique et au Mot à l'oreille que Richelieu fait évidemment allusion.

4. La Voix publique écrit : « Les voleries se commettent plus impunément dans l'épargne que par ci-devant, le beau-père et le gendre [Beaumarchais etLa Vieuville], avec tous leurs commis, s'entre-donnant l'esteuf l'un à l'autre... Lui [La Vieuville]

Et, non seulement emploient-ils ces moyens infâmes pour avancer leurs affaires, auxquelles ils donnent toutes leurs pensées ; mais ils dérobent même au Roi la connaissance des siennes*.

S. M. s'étant enquise de Puyzieulx, la veille de son congé, d'une Ligue de Bavière qu'il avoit traitée à son désu avec un capucin nommé Valeriano l'espace de quatre mois, il lui dit qu'il n'étoit pas encore temps d'en parler*^.

Au commencement du pontificat de Grégoire XV ^, on fit offre de marier le neveu de S. S. avec une Françoise au choix de S. M. : la chose n'étoit pas à négliger pour le poids que donne Rome aux affaires publiques. Le Roi n'en eut aucune nouvelle.

et Beaumarchais font tout ce que faisoient Puyzieulx et le Chancelier, voire en un seul mois dérobant eux deux autant d'argent à V. M. que les deux autres en ont volé en leur vie. »

1. « On lui reproche — écrivait l'ambassadeur florentin le 26 février 1624 — d'avoir bien souvent donné aux ambassadeurs des ordres de lui-même sans que le Roi en sût rien, d'avoir même très souvent modifié les ordres qu'il recevoit » (B. Zel- 1er, op. cit., p. 242).

2. Le P. Valeriano Magni, capucin, avait été envoyé en France en septembre 1622 par le duc de Bavière. « Il venait négocier, — écrit M. Fagniez dans le Père Joseph et Richelieu (t. I, p. 250), — une alliance entre la Ligue Catholique et notre pays, obtenir notre adhésion à la translation de la dignité électorale au profit de son maître, peut-être notre appui pour l'acquisition du Bas-Palatinat, proposer un expédient pour terminer l'affaire de la Valteline. » Il devait aussi parler du projet de Ligue chrétienne contre les Turcs, si cher au duc de Nevers. Il ne quitta la France qu'en juin 1623. Cf. B. Zeller, op. cit., p. 193-195, et Rott, Histoire de la représentation diplomatique de la France en Suisse, t. III, p. 621 et 666-669.

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