‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 122 sur 135 · Voyez ci-dessus page · texte numérisé non relu

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V Histoire du temps de Louis Guron^ à rapprocher du texte de nos Mémoires relatif à l'entrée de Richelieu au Conseil :

Déageant, Mémoires (p. 309) : « [La Vieuville] craignoit sur toutes choses que la Reine mère obtînt enfin du Roi d'admettre M. le cardinal de Richelieu dans le Conseil et au maniement des affaires ; il s'efforçoit continuellement de le mettre mal dans l'esprit de S. M. et conseilloit de l'envoyer résider à Rome, l'assurant que la Reine mère ne s'en formaliseroit pas beaucoup, pourvu qu'on lui redonnât le sieur Barbin exilé en Flandre. »

Louis Guron, Histoire du temps (p. 21-26) : « Cependant, il se fit à la Cour tant de partis contre lui [La Vieuville] que jugeant ne les pouvoir supporter, il changea de dessein et proposa lors de mettre le Cardinal, qu'il avoit voulu perdre, dans les Conseils du Roi. Il en parla plusieurs fois h la Reine qui, h la supplication de celui qui y avoit le principal intérêt, le refusa toujours absolument.

« Le Cardinal ne désiroit pas entrer dans les Conseils du Roi, parce qu'il appréheudoit que La Vieuville, dont la mauvaise volonté lui étoit connue, en eût formé le dessein pour le faire tomber de plus haut et, par sa chute, ruiner la Reine. Et parce aussi qu'il estimoit du tout impossible que ce personnage pût subsister dans les affaires et qu'il n'y avoit point d'apparence d'y entrer par son intervention pour l'en voir déchoir aussitôt, sans v pouvoir apporter remède.

« Il étoit impossible de ne prévoir pas la chute de cet esprit inconsidéré, vu ses déporlemenls et la connoissance que le Roi donuoit tous les jours à la Reine des mécontentements qu'il en avoit.

« Comme il jugea ne pouvoir plus supporter la tempête,

1. M. Delavaud a démontré que cet ouvrage de Guron fut écrit en 1631 ou 1632 [Rapports et notices, t. II, p. 159 et

suiv.).

il dit à la Reine que le Roi vouloit absolument se servir du Cardinal dans ses Conseils et qu'il la prioit d'y consentir et de l'y faire résoudre.

« La Reine y résista encore, aux instances pressantes du Cardinal qui conjura plusieurs fois La Vieuville de n'y penser point, tant par les raisons susdites que parce aussi que la vie tranquille qu'il menoit lui faisoit appréhender les épines qu'il étoit impossible de ne trouver pas parmi les roses d'une plus haute fortune. Mais, tant s'en faut que les instances de la Reine et ses supplications arrêtassent les pensées de ce personnage qu'au contraire ils lui donnèrent lieu de chercher un expédient qui les conduisît à ses fins sans qu'ils y pussent résister. Pour cet effet, il conseilla au Roi de déclarer si absolument qu'il vouloit que le Cardinal entrât dans ses Conseils que ses volontés fussent suivies d'obéissance ou le refus qu'on en feroit accompagné de crime.

« S. M. suivit son ouverture étant h Compiègne; elle fit connoîlre sa résolution à la Reine et envoya quérir au même temps le Cardinal, à qui il dit son intention de sa propre bouche avec tant de bonté et d'autorité tout ensemble qu'il n'y pût répoudre par autre voie que par une entière soumission à ses commandements.

« Dès lors, il prit la hardiesse de dire franchement à S, M. qu'il savoit bien que tous ceux qui l'avoient servi, le passé, dans ses affaires, avoient tenu pour crime d'être et de se dire serviteurs de la Reine sa mère, mais que lui n'en feroit pas ainsi, avouant franchement qu'il n'avoit point de plus grand dessein que de les servir tous deux ensemble; qu'il n'oublieroit rien de ce qui lui seroit possible, à ce que les jalousies qui avoient eu grand lieu jusques alors cessassent tout à fait, et que Leurs Majestés vécussent en l'union qui étoit nécessaire et pour le bien de leurs personnes et pour l'avantage de cet État.

« Cependant, les mécontentements que le Roi avoit de

La Vieuville vinrent jusques à ce point qu'il déclara h la Reine et à tout son Conseil qu'il ne pouvoit plus le supporter. On en empêcha la chute par deux fois; mais, outre qu'enfin il fut impossible d'en arrêter le cours, il ne fut pas jugé à propos de détourner le Roi de la résolution qu'il prit un malin de l'éloigner sur quelque nouvelle découverte qu'un religieux homme de bien lui fit de sa conduite.

« Il ne fut pas plutôt sorti du maniement des affaires, dont il avoit la charge, que le Roi découvrit franchement que jamais il ne lui avoit proposé de mettre le Cardinal au Conseil que pour persuader au monde que tout ce qui arrivera de mal viendroit de lui; et, de fait, il n'y fut pas plutôt entré qu'il ne lui fit, contre toute sorte de raison et d'apparence, disputer le rang qu'il devoit- avoir par le connétable d'Esdiguières [sic), dont la modestie étoit si grande que, quand même il n'eût pas reconnu comme il fit qu'il l'avoit embarqué à cette prétention, il n'y eût eu personne qui n'eût bien jugé que la seule suscitation de ce personnage l'avoit porté à cette entreprise, dont l'équité et l'autorité du Roi le firent départir.

« Le Roi, qui témoignoit déjà beaucoup de confiance au Cardinal, y en prit une si entière qu'il trouva bon la proposition qu'il lui fit des sieurs de Champigny et de Marillac pour le maniement de ses finances. Ensuite, il supplia S. M. qui avoit si bonne opinion de lui qu'elle l'estimoit seul capable de supporter seul le principal faix de ses affaires et étoit résolu de l'en charger, de ne prendre point cette résolution.

« Plusieurs considérations trop longues à décrire le portèrent à en user ainsi et à proposer le rappel du sieur de Schomberg, particulièrement par deux raisons : la première parce qu'il le tenoit homme plein de cœur et de sincérité, la seconde parce que le Cardinal ayant à gloire d'être reconnu pour créature de la Reine il senibloit qu'il

fût raisonnable que le Conseil fût balancé par quelqu'un qui ne fût pas de cette condition, afin que les affaires ne pussent être conduites par caballe, mais qu'elles le fussent par la pure force de la raison.

« Le Roi approuva fort ces pensées et loua grandement la sincérité de celui qui agissoit si sincèrement et si nettement. »

Appendice ÏX.

Trois pages du ms. A ne figurant pas dans les Mémoires.

La' leçon du manuscrit B, que nous avons adoptée comme texte des Mémoires, depuis « ce qui lui seroit un grand avantage... » (ci-dessus, p. 40) jusqu'à « premièrement pour ce qu'il arriveroit au roi d'Angleterre... » (p. 41) est un résumé de trois pages du manuscrit A, les folios 13 v° et 14 en entier. Ce passage du manuscrit B est écrit sans ratures et il ne figure pas sur le manuscrit A; il est vraisemblable que sa première rédaction a été faite soit sur une feuille volante, soit sur ce manuscrit A', dont nous avons parlé au tome II des Rapports et notices (p. 324-327) et cidessus, p. 39. Voici l'important passage du manuscrit A que le manuscrit B résume seulement : « La troisième [raison] est que par cette alliance ^ le roi d'Espagne attirera à lui le roi de Danemark, beau-frère du roi d'Angleterre, qui confine avec les Hollandois, et tous les autres royaumes et nations qui sont en amitié avec ces deux rois. Et, de plus, celui de Danemark, étant duc d'Olsace (sic) [Holstein], remportera partie de la correspondance qu'ont les villes hanséatiques avec les Hollandois, qui est un point de grande considération. La quatrième est que le roi d'Espagne, ayantes Indes orientales pour voisins tous les Mahométans et infidèles,

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