Le mariage du prince de Galles avec l'infante d'Espagne
tout ce qu'il y tient ne consiste qu'au trafic qui va toujours diminuant, pour trois raisons : la première, pour le peu de puissance qu'il a en ses mers; la deuxième, pour la grande puissance que les Anglois et HoUandois y ont, et la troisième, pour l'envie que tous les princes des Indes portent à la tyrannie et superbe des Portugais, ce qui leur fait rechercher les autres nations, toutes lesquelles étant jointes contre lui peuvent apporter du péril en ses affaires; qu'es Indes occidentales, bien qu'il n'y ait des ennemis puissants, ils ne laissent de conférer avec ses ennemis qui ont de grandes forces en mer et que, pour conserver les Indes, il faut qu'il s'en rende seul seigneur; que ce qu'il tient en la côte d'Afrique est plus de dépense que de profit en ce qu'il ne tient la Barbarie en bride, ne leur empêche le passage de Gibraltar ni ne diminue le nombre des corsaires pour leur avoir ôté quelques havres; et pour ceux de Guinée, Congo et Angole, il les perdra du tout ou verra diminuer le bénéfice qu'il en tire à l'occasion des autres nations et la puissance des HoUandois qui se rendront maîtres desdits havres et de plusieurs autres endroits de cette côte ou du moins très puissants en icelles s'il n'y est promptement remédié; que, pour cet effet, le roi d'Angleterre est celui de l'amitié duquel il peut tirer plus de profit, tant pour être la situation de son royaume avantageuse oontre la France et la Flandre que pour sa puissance en la mer, pour sa richesse des hommes et marchandises, pour les alliances de Danemark et d'Allemagne, pour être chef des protestants et leurs alliés, arbitre des affaires d'Allemagne, Pologne et Suède, qui peut troubler l'élection de l'Empereur, ou la faciliter avec ceux de son parti, et surtout empêcher le progrès des HoUandois en quelque temps qu'il voudra. La cinquième est qu'étant nécessaire au roi d'Espagne de maintenir l'Empire en la maison d'Autriche par le moyen de ce mariage il aplanira toutes les difficultés qui se rencontrent
en ce sujet. La sixième est que le roi d'Espagne peut s'assurer des mouvements qu'il peut craindre de France et d'Allemagne, ceux de France devant être divertis par le moyen d'Angleterre et ceux d'Allemagne divisés par les parentés du même roi. La septième est l'utilité que les deux royaumes d'Espagne et d'Angleterre tireroient mutuellement pour toutes les marchandises, tant pour celles qui sortent d'Espagne comme de celles dont l'Espagne aura nécessité. La huitième est que, s'alliant en France, les Anglois, par ce moyen, courroient hasard d'être sujets aux Ecossois et François, lesquels sont entre eux anciens amis et tous deux grands et vieux ennemis des Anglois. Mais, si le roi d'Espagne eût tiré tant d'utilité de ce mariage, cet avantage n'étoit pas réciproque à l'Angleterre, à laquelle il étoit bien plus profitable de s'unir avec nous. » Si l'on compare ce passage du manuscrit A avec le document des Affaires étrangères écrit par Charpentier (Correspondance politique, Angleterre 26, fol. 243 et suiv.), on voit que le document écrit par Charpentier porte, au lieu de « la cinquième est qu'étant nécessaire..., etc.. », ces mots, qui ont été ensuite biffés : « La cinquième est que si de ce mariage s'ensuit la liberté de conscience en Angleterre, le roi d'Espagne éternisera sa gloire, ayant jeté un principe pour délivrer encore une autre fois l'Eglise en ce royaume et réuni au giron de l'Eglise catholique. » A la marge, on lit : « La première fois que l'Espagnol remit la religion catholique en Angleterre fut par le mariage de Philippe IP avec Marie, fille d'Henri VHP. » On lit encore sur ce document, au lieu des mots : « La huitième est que s'alliant..., etc.. », ceux-ci : « La huitième est que le roi d'Angleterre se doit plutôt allier à l'Espagne que la France, non seulement pour plus grand dot et meilleur lignage, mais aussi pour se délivrer de l'importunilé de la France, si voisine de ses terres, au lieu qu'il ne peut tirer que de la commodité
d'Espagne et que, s'alliant en France, les Anglois pour ce moyen... »
Appendice X.
Extraits de libelles sur les ambitions de l'Espagne.
On' ne saurait résumer ici les idées que les pamphlets du temps ont exprimées sur les ambitions de l'Espagne. On se bornera donc à donner quelques brèves citations de plusieurs faclums parus en 1624.
Le t'éritable ou le mot en ami sur l'état présent de ce royaume s'exprime ainsi : « Ce seroit épouser aujourd'hui une forme de gouvernement du tout contraire aux sages conseils de ceux qui vous [la Reine mère] ont si fidèlement assistée durant votre régence s'il falloit voir en nos jours altérer ce que vous avez si saintement conservé... Si quelque rupture doit arriver, ce ne sera pas du côté de la France, et... le roi d'Espagne ne mettant ni bornes ni limites à son ambition s'élève toujours plus en opprimant nos voisins et nos alliés. »
Le bon génie de la France, présenté au roy Louis XIII, parle des artifices des Espagnols et des « difficultés que l'on trouve à se défendre par armes de leurs ambitieux desseins ».
Enfin, un pamphlet tout entier est consacré aux ambitions espagnoles; c'est le Manifeste français contre In trop grande présomption des Espagnols. Le début est significatif : « Accourez tous, vrais François..., non seulement vous, mais tous vos alliés pour voir convaincre de faux ces audacieux qui s'élèvent sur tous les peuples de la terre, qui se promettent, s'attribuent la monarchie universelle. Cette nation, taxée par les anciens, par eux-mêmes